Abderrahmane Hadef, économiste : «C’est le moment opportun pour réviser l’accord Algérie-UE»

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/L’économiste Abderrahmane Hadef, revient dans cet entretien accordé à l’Algérie Aujourd’hui sur les conséquences de la crise née de l’intervention russe en Ukraine et sur les possibilités de saisir cette «opportunité» pour le développement d’un partenariat gagnant-gagnant tout en rappelant l’importance de la révision de l’accord d’association avec l’Union européenne.        

Maintenant que la Russie est expulsée du système Swift, quelles seront les conséquences d’une telle décision sur les économies des deux parties ?

L’exclusion de la banque centrale russe du système Swift n’aura pas un impact important sur la Russie. Ce pays a anticipé ces sanctions, purement économiques, en développant depuis 2015 avec la Chine leur propre système de transactions financières qui est semblable au système Swift. Ce qui va remettre en cause tous les accords relatifs au système financier mondial comme les accords de Bretton Woods et toutes les règles qui ont été mises en place après la deuxième guerre mondiale, basée sur un système financier unique avec une monnaie d’échange unique qui est le dollar. Ce qui laisse dire qu’on assiste aujourd’hui, à une nouvelle configuration du système financier mondial avec l’entrée sur scène d’un système russo-chinois. L’expulsion du système Swift veut dire qu’il n’y aura plus d’exportation de gaz russe vers l’Europe. Et dans ce cas, les répercussions seront désastreuses sur l’économie européenne. Il ne faut pas oublier que les Européens dépendent à 40% du gaz russe et également de produits agricoles russes qui sont une source importante pour le développement économique.

Pourquoi les pays de l’Union européenne sont-ils exposés à plus de risques ?

L’Europe va subir un choc économique plus important que la Russie. Si cette situation conflictuelle dure, ce sera un désastre pour l’Europe. L’arrêt d’approvisionnement en gaz engendrera des effets néfastes sur l’économie ; explosion de l’inflation, coûts très élevés de la production, augmentation des prix des produits de large consommation… L’augmentation des prix de l’électricité et du gaz (des prix à la consommation) qui sont déjà à des niveaux très importants en Europe, impactera l’industrie européenne et à cela s’ajoute la rareté de la matière première énergétique et agricole, ce qui laisse dire que l’impact d’un arrêt d’approvisionnement de l’Europe en gaz sera plus important que les sanctions financières adoptées par les Occidentaux contre la Russie. Contrairement aux pays de l’Union européenne, la Russie s’est déjà préparée en passant par des canaux alternatifs comme ces relations avec la Chine, qui vont amortir le choc sur son économie. Les effets de ses sanctions européennes ne seront pas  importants, en raison de la situation de l’économie de la Russie dont le niveau de vie n’est pas au même niveau que celui d’autres pays européens. Donc, les effets ne seront pas les mêmes et les Européens vont les ressentir plus. C’est pour cela que je dis que l’impact sera désastreux sur les autres pays européens. 

Coûts de production très élevés, charges très élevées, difficultés d’accéder à la matière première, est-ce le début d’une éventuelle délocalisation de l’industrie européenne en dehors du vieux continent ?     

C’est un peu prématuré pour le dire, mais à long terme, beaucoup de choses seront revues avec le nouvel ordre économique mondial qui se place et la recherche d’un équilibre, en multipliant les partenaires économiques. Je crois que les Européens vont plus gagner en développement avec la verticale nord-sud. Maintenant, c’est aux pays émergents d’essayer d’attirer davantage les investisseurs européens par la mise en place d’un climat d’affaire attractif, pour des partenariats dans des secteurs à forte valeur ajoutée. Comme c’est le cas des énergies en générale et le renouvelable en particulier, les technologies pour l’industrie automobile comme le système embarqué et le système numérique. La même chose pour ce qui est de l’industrie agroalimentaire, l’agriculture et le développement de la filière céréalière.

Est-ce le moment opportun pour la révision de l’accord d’association entre l’UE et l’Algérie pour pouvoir exporter plus de produits algériens vers le vieux continent ?

Je suis de ceux qui ont appelé depuis des années à la révision de l’accord d’association avec l’Union européenne, pour permettre à l’Algérie de profiter également de ce marché. C’est le moment propice, mais il faut que le dossier soit saisi par des spécialistes et non des administrateurs comme cela a été fait dans le passé. Aujourd’hui, l’Algérie est dans l’obligation d’améliorer la compétitive et la qualité de sa production pour pouvoir exporter vers d’autres pays. Nous avons perdu beaucoup de temps et d’argent dans le passé et nous n’avons pas su profiter de ces accords. Il est important de réviser certaines clauses de ces accords pour permettre à l’Algérie de tirer profit de ce partenariat.

A. B.