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Abderrahmane Hadef, économiste : «L’ouverture des capitaux des banques publiques est une décision audacieuse»

/L’économiste Abderrahmane Hadef revient dans cet entretien accordé à l’Algérie Aujourd’hui, sur la décision du gouvernement visant à l’ouverture du capital des entreprises publiques en difficulté financière et en particulier sur celle des banques publiques. Pour l’économiste, cette décision est «audacieuse», mais son application sur le terrain doit se faire dans la «transparence». 

Que pensez-vous de la décision du gouvernement visant à l’ouverture du capital des entreprises publiques ?

C’est une décision audacieuse qui reflète la volonté du gouvernement d’aller loin dans l’assainissement réel du secteur économique public marchand, du réseau bancaire en particulier. Je crois que cette démarche s’inscrit dans une nouvelle orientation qui prône la performance et la compétence. Il y a une réelle volonté pour sauver les entreprises publiques en difficulté, et ce, à travers l’encouragement des partenariats public-privé dans l’objectif d’améliorer la productivité et de la compétitivité des entités publiques. A travers cette décision, on peut dire que le gouvernement veut marquer une rupture avec le mode de gestion ancien et jouer un rôle de régulateur au lieu de gestionnaire.

Cette décision aura-t-elle des répercussions positives sur la vie des entreprises en question ?

Effectivement, elle aura un impact positif sur la vie des entreprises en question. Il faut savoir dans quel état se trouvent, aujourd’hui, certaines entreprises publiques. L’investisseur privé peut apporter son savoir-faire notamment en matière de management dont le Premier ministre a déjà pointé du doigt les lacunes que rencontrent ces dernières en la matière. On peut dire que l’introduction du privé dans le capital de ces entreprises est primordiale, non seulement pour leur survie mais aussi pour l’amélioration de leurs performances économiques. C’est d’ailleurs ce dont l’économie nationale a besoin dans cette période de relance. Autrement dit, nous avons besoin d’entreprises performantes, compétitives et productives surtout et ce ne sera possible que par un partenariat public-privé. Je pense que les pouvoirs publics veulent passer à une nouvelle forme de gestion des actifs publics basée sur la performance et la compétence.

Cette décision est-elle applicable sur le terrain ?

Effectivement, la réussite de l’application de cette décision est dépendante de la volonté réelle des pouvoirs publics d’en finir avec la gestion archaïque des entreprises publiques. C’est pour cela que j’insiste sur les mots «transparence» et «égalité» des chances. Il y a un travail qui doit se faire notamment en matière d’assainissement des actifs de ces entreprises publiques et surtout ceux des banques. On a déjà tenté l’ouverture du capital de la banque CPA (Crédit Populaire Algérien), mais cette tentative a été un échec, car il y avait des éléments toxiques dans les bilans de cette entreprise. Donc avant d’entamer la procédure de l’ouverture du capital, il faut commencer par l’assainissement des actifs des entreprises en question et faire en sorte que les choses se fassent dans les règles.

Le climat actuel est-il favorable à l’introduction des privés dans le capital des entreprises publiques ?

En fait, l’Etat table sur la redynamisation de l’activité économique du pays durant l’année prochaine. Si on se réfère aux déclarations des pouvoirs publics l’année 2022 sera celle de la relance économique. Des décisions importantes ont été prises dans ce sens pour permettre aux investisseurs privés ou publics de participer à l’amélioration des indicateurs économiques du pays. Pour ce qui est de l’investissement privé, il faut dire que les investisseurs seront gagnants, et ce, pour plusieurs raisons. Les entreprises publiques sont déjà présentes sur le terrain. Elles ont des commandes et des marchés publics, donc l’apport de l’investisseur privé sera beaucoup plus dans le mode de gestion. Donc le privé n’aura à apporter que son argent et son savoir-faire dans le domaine de management, et le développement du réseau commercial qui sont aujourd’hui les deux points noirs des entreprises publiques. Il est temps d’impliquer les investisseurs privés, qui ont souffert depuis des années de marginalisation, dans la relance de l’économie nationale, notamment durant cette période des plus difficiles.

  1. B.

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