Agriculture : la nouvelle vision de l’État

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Agriculture : la nouvelle vision de l'État

PAR NABIL M.

Ce qui était auparavant un simple slogan et un projet théorique est devenu aujourd’hui une réalité palpable. L’Algérie a décidé de mettre le paquet pour développer une agriculture stratégique lui assurant sa sécurité alimentaire.

L’investissement agricole au sud est actuellement au centre de l’action du gouvernement, qui s’attelle à l’élaboration du cadre juridique et réglementaire pour encadrer ce secteur. L’objectif est celui de « créer de mégapoles intégrées pour le développement des filières stratégiques afin d’assurer la sécurité alimentaire et l’exportation de l’excédent », a indiqué hier le ministre de l’agriculture et du développement rural, Youcef Cherfa.

S’exprimant en marge des travaux de la rencontre nationale sur l’investissement agricole dans les wilayas du sud, organisée sous le haut patronage du président de la République, en présence de membres du gouvernement, de walis du sud et d’organisations patronales, Cherfa a affirmé qu’en plus du principal objectif d’assurer la sécurité alimentaire au citoyen, cette mobilisation du gouvernement vise également à garantir une exploitation efficace des potentialités foncières et hydriques des régions du sud.

Ainsi, une importance capitale a été accordée à cette rencontre sur l’agriculture au sud, avec la présence de quatre ministres (agriculture, industrie, énergie et hydraulique), afin de soutenir le développement de mégapoles agricoles, qui permettront de couvrir les besoins nationaux et exporter l’excédent. « Nous sommes venus en mission gouvernementale et avec tous les acteurs du secteur agricole, suite à la décision du président et aux orientations du premier ministre », a indiqué le ministre de l’agriculture.

« Le but est de mettre en œuvre toutes les facilitations pour accompagner les grands investisseurs et créer ainsi des pôles pour toutes les agricultures stratégiques au niveau national », a-t-il souligné, ajoutant dans ce sens qu’une décision de financement des investissements agricoles dans les régions du sud, a été prise suite aux orientations du chef de l’Etat.

Une convention-cadre avec l’Abef pour élargir les financements

Dans le cadre des facilitations aux investisseurs, une convention-cadre a été signée en marge des travaux de cette rencontre entre le ministère de l’agriculture et l’association des banques et établissements financières (Abef), dans le but de généraliser le financement des projets agricoles par les représentants de la place bancaire, conformément aux instructions des autorités publiques.

Dans ce sillage, le ministre a appelé les investisseurs locaux et étrangers à adhérer
massivement à cette démarche pour promouvoir l’investissement agricole au sud, rappelant qu’un couloir vert leur sera consacré pour bénéficier du foncier ou d’autres facilitations pour le forage de puits ou le raccordement au réseau d’électricité.

Cherfa a mis l’accent sur les gros investissements ciblés par l’Etat répondant aux produits agricoles stratégiques définis par la politique du gouvernement, notamment les céréales, le lait, la viande, le sucre et le coton. « Ce sont des gros projets qui nécessitent du foncier et des financements importants, qui ne sont supportés que par de gros investisseurs », a expliqué le ministre, soulignant que ces opérateurs traiteront directement avec la tutelle.

Étendre le foncier agricole pour soutenir l’agroalimentaire

Par ailleurs, le ministre de l’industrie et de la promotion pharmaceutique Ali Aoun a indiqué que le secteur industriel représente un appui important au secteur agricole, soulignant que les investisseurs dans la transformation des produits agricoles dans les wilayas du sud ne sont malheureusement pas nombreux.

« Il existe quatre ou cinq investisseurs qui activent dans ce secteur, mais dans des superficies minimes », a fait savoir Aoun, expliquant que si le tournesol n’est pas cultivé sur des espaces allant de 20 000 à 30 000 ha, « il n’a aucune utilité industrielle », soulignant que la production de 80 ha de tournesol couvre les besoins de l’usine pour seulement une journée.

Dans ce contexte, Aoun a affirmé que ses services, en collaboration avec les responsables de ces wilayas du sud, travailleront à élargir ces superficies agricoles pour augmenter la production au niveau de ces exploitations agroalimentaires.

De son côté, le ministre de l’hydraulique Taha Derbal a mis en avant l’importance des ressources hydriques pour l’irrigation des terres agricoles, insistant sur l’économie de cette ressource, en utilisant des moyens techniques modernes pour mieux l’exploiter. Il a également souligné l’importance des transferts d’eau vers les zones manquant de cette ressource, en plus de l’utilisation des eaux à partir des stations de dessalement existantes ou en cours de réalisation.

L’apport de l’agriculture saharienne

Lors de cette rencontre, il a été indiqué que les méga-pôles intégrés doivent commencer par la production agricole, passant par la transformation, l’emballage et le transport pour aboutir au produit final. Pour ce faire, le ministre de l’agriculture a préconisé le développement des industries manufacturières, en leur fournissant des intrants agricoles produits localement, citant en particulier les huiles, le sucre, la poudre de lait, les céréales, les légumes secs et le coton destiné à l’industrie textile.

Il s’agit d’une « nouvelle vision » qui permettra un saut qualitatif dans les domaines de la production et de la transformation, a affirmé Cherfa, soulignant que ces mégapoles agricoles intégrées « sont à même de créer une dynamique pour réaliser le développement socioéconomique et renforcer la sécurité alimentaire »

Par ailleurs, Cherfa a révélé que la contribution des régions du sud à la valeur globale de la production agricole était d’environ 26%, affirmant que la superficie des terres agricoles dans ces régions représente 7% de la surface agricole nationale totale utilisée. Cette surface contribue à l’approvisionnement du marché national en produits agricoles à hauteur de 11% pour les céréales, 26,4% pour les légumes et 32% pour les pommes de terre.

N. M.