Albares relativise au sujet du report de sa visite à Alger : Madrid veut des relations « excellentes » avec l’Algérie

0
3000

PAR ZINE HADDADI

Après s’être muré dans le silence pendant deux longs jours, le ministre espagnol des affaires étrangères José Manuel Albares a fini par évoquer le report de sa visite en Algérie prévue lundi dernier. Le chef de la diplomatie espagnole n’a pas pu échapper aux questions sur l’Algérie lors d’une visite officielle hier. En évoquant le report de sa visite en Algérie qu’il devait effectuer lundi dernier et qui devait sceller le dégel des relations algéro-espagnoles,
José Manuel Albares a surtout tenu à relativiser la chose.

« Les reports de voyages à l’étranger sont des choses qui arrivent parfois », a-t-il déclaré aux journalistes. Le message est clair : il ne faut surtout pas voir en ce report un retour à la case départ dans les relations entre l’Algérie et l’Espagne. Du côté des autorités espagnoles, la ligne de conduite depuis le début de la brouille diplomatique, causée par l’alignement inattendu de l’Espagne sur la position marocaine d’autonomie du Sahara occidental, est la même. L’Algérie est un partenaire stratégique et un voisin avec lequel il faut maintenir d’excellentes relations.

L’Algérie, un pays « ami » et un partenaire « stratégique » pour l’Espagne

C’est d’ailleurs ce qu’a de nouveau martelé José Manuel Albares en répondant aux questions sur le report de sa visite en Algérie. « Le plus important est que nous continuions à travailler pour avoir d’excellentes relations avec l’Algérie comme celles que nous avons avec tous nos voisins et tous les pays arabes », a expliqué le ministre espagnol des affaires étrangères. C’est le même discours tenu par le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez le mois dernier. Lors d’une réunion avec le corps diplomatique, Pedro Sanchez avait qualifié l’Algérie de « pays ami » et de « partenaire stratégique ».

Le chef du gouvernement espagnol a utilisé à quelques détails près les mêmes éléments de langage que ceux utilisés par son ministre des affaires étrangères hier. « L’Algérie est un pays ami et nous continuerons à œuvrer pour maintenir les relations avec ce partenaire stratégique », avait déclaré Sanchez devant les diplomates en janvier dernier. Il ressort clairement que, depuis Madrid, la relation avec l’Algérie est perçue comme une priorité.

Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que ces derniers mois Pedro Sanchez n’a pas réitéré, du moins dans ses déclarations publiques, son appui au plan d’autonomie marocain, annoncé par Rabat en mars 2022. C’est justement ce qui a permis, de l’aveu même du ministre algérien des affaires étrangères Ahmed Attaf, de renouer contact avec la partie algérienne et d’ouvrir la voie à un dégel des relations diplomatiques et commerciales qui étaient au point mort depuis respectivement mars et juin 2022.

Madrid tient au rétablissement total des relations avec l’Algérie

En septembre, en parallèle à des contacts avec le côté algérien, Pedro Sanchez a affirmé lors de l’assemblée générale des nations unis que l’Espagne œuvrait à une solution dans le cadre des résolutions de l’ONU et de son conseil de sécurité, opérant ainsi un retour à la neutralité qui a toujours caractérisé la position espagnole sur le Sahara occidental.

Ce changement positif d’un point de vue algérien a rendu possible le retour en novembre 2023 de l’ambassadeur d’Algérie à Madrid. Au-delà du voisinage et des relations diplomatiques, Albares devait venir à Alger pour officialiser le dégel des échanges commerciaux. Ce sera pour une prochaine fois, même si le processus est déjà enclenché,
puisque l’Algérie a autorisé depuis le début de l’année 2024 l’importation depuis l’Espagne des intrants avicoles et des viandes rouges fraîches.

L’Algérie est un marché important pour l’économie espagnole, mais surtout le principal fournisseur en énergie. Le gaz acheté depuis deux ans en format liquéfié coûte autrement plus cher que celui que l’Espagne reçoit d’Algérie via le gazoduc. Le rendez-vous devant marquer la fin de la brouille entre l’Algérie et l’Espagne est ajourné à une date ultérieure, qui n’est pas encore fixée.

En tous cas, du côté espagnol, tout est fait en matière de communication pour dire l’attachement de Madrid à des relations « excellentes » avec l’Algérie.

Z. H.