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Algérie-Italie, ça ne sera pas que le gaz

Dans un entretien accordé à l’agence de presse italienne, Agenzia Nova, et dont l’intégralité a été publié hier, l’ambassadeur algérien en Italie, Abdelkrim Touahria, est revenu sur l’ensemble des secteurs stratégiques qu’abordera le président de la République lors de sa visite officielle prévue la fin de ce mois de mai sur invitation de son homologue italien.

Ce qui en ressort, en premier lieu, c’est que la coopération entre l’Algérie et l’Italie et qui remonte à des décennies ne se limite pas au seul domaine gazier, même si ce secteur fait l’actualité avec le conflit russo-ukrainien. Sur ce point, l’ambassadeur algérien reviendra sur l’accord d’augmentation des volumes de gaz qui seront expédiés à l’Italie dès cette année, tout en précisant qu’il est question, à la faveur des intentions des groupes pétroliers algérien (Sonatrach) et italien (ENI) «d’intensifier l’exploration de nouveaux gisements pour satisfaire d’abord le marché local puis de s’orienter vers les marchés étrangers et, pourquoi pas, de commercialiser des produits énergétiques». A la question de savoir si le projet d’un deuxième gazoduc reliant directement l’Algérie à l’Italie sans passer par la Tunisie (Galsi) allait être réactivé, l’ambassadeur d’Algérie dira que celui-ci n’a pas été complètement abandonné, mais suspendu. «Peut-être pourrions-nous reprendre les discussions pour le réactiver. Ce serait un plus pour l’Italie et l’Algérie». Il confirmera, par contre, les opportunités offertes aux entreprises italiennes dans le projet Solar 1000, mais aussi dans l’hydrogène vert. Selon l’ambassadeur algérien, la signature, à Alger, par le premier ministre italien, Mario Draghi, en présence du Président algérien, Abdelmadjid Tebboune, d’accords allant dans le sens de l’intensification des relations dans le domaine énergétique pour encourager la recherche d’énergies nouvelles et de matières premières en est la plus belle preuve, tout en reconnaissant que l’hydrogène vert est une nouvelle source qui pourrait renforcer les relations avec l’Italie. Abdelkrim Touahria qui révèlera que d’autres pays européens, à l’image de l’Allemagne, voudraient intensifier la collaboration dans ce secteur, avouera que «la relation entre l’Algérie et l’Italie permettra à cette dernière d’en tirer profit».

Les petites et moyennes entreprises et construction navale en point de mire

Sur la prochaine visite du Président Abdelmadjid Tebboune en Italie, l’ambassadeur algérien évoquera les projets mis en place, dont les petites et moyennes entreprises qui focaliseront une attention particulière dans la mesure où, le diplomate algérien reconnaît le leadership de l’Italie qui reste un modèle à suivre dans ce domaine, et le souhait de l’Algérie consiste à exploiter l’expérience italienne et son savoir faire dans ce domaine et celui de l’agro-alimentaire. En effet, et même si l’Algérie parvient à produire des matières premières, un soutien dans l’industrie de transformation de ces produits pourrait apporter un plus. L’ambassadeur algérien citera d’autres secteurs sur lesquels les deux parties pourront échanger, comme le bâtiment, les travaux publics, l’industrie pharmaceutique et la production de médicaments, l’Internet, l’informatique et les télécommunications, la restauration de bâtiments anciens.  L’ambassadeur algérien en profitera pour signaler l’intérêt de l’Algérie pour la construction navale, un autre domaine sur lequel les deux pays pourraient discuter. Et à ce sujet, il notera que, lors de sa visite dans la région des Marches, fin février dernier, il s’est rendu chez le groupe Fincantieri auquel il a proposé de créer une société mixte pour la construction de navires civils et marchands.  Le tourisme n’est pas en reste, même si l’Italie ne passe pas pour être un leader en la matière. Mais l’ambassadeur algérien évoquera la maîtrise des Italiens dans la gestion de ce secteur pour faire profiter l’Algérie et ses nombreux endroits «magnifiques» qui n’ont pas encore été exploités. «Tout cela fera partie des sujets qui seront au centre des discussions lors de la visite du Président Abdelmadjid Tebboune en Italie, et feront l’objet d’accords lors de la 4e session du sommet intergouvernemental qui se tiendra les 17 et 18 juillet en Algérie». Ahmed Touahria n’omettra pas de signaler qu’en marge de la rencontre, il y aura aussi une rencontre avec des entreprises des deux pays, un Business Forum, le 18 juillet.

Développer l’agriculture saharienne, le tourisme et les échanges universitaires

A l’instar du gaz qui se trouve impacté par la conflit russo-ukrainien, l’agriculture saharienne est l’autre sujet d’intérêt pour l’Algérie qui voudrait mieux exploiter ses larges étendues de terres agricoles dans le sud pour moins dépendre des importations. Là-dessus, Abdelkrim Touahria manifestera l’intérêt de l’Algérie pour l’expérience de l’Italie et des investisseurs qui pourraient profiter de tous les avantages pour s’y lancer et y travailler, l’objectif étant d’assurer la sécurité alimentaire du pays et, avec la situation actuelle en Ukraine et la crise céréalière mondiale, permettrait de «mettre de côté la menace alimentaire et, pourquoi pas, devenir exportateurs». Il abordera, aussi, les échanges interuniversitaires en faisant référence à ses séjours en Sicile où il a rencontré des étudiants algériens en robotique, et dans les Marches où le diplomate a relevé de nombreuses possibilités, notamment dans le domaine des hautes technologies. «Dans la région des Marches, il existe quatre universités de premier plan dans le secteur technologique et tout cela peut être un facteur de coopération et de développement entre l’Algérie et l’Italie», soulignera-t-il.

Le conflit russo-ukrainien et la situation en Libye passés en revue

L’interview ne pouvait être conclue sans aborder le côté politique et les relations internationales. Sur la situation en Libye, Ahmed Touahria rappellera la position algérienne qui consiste en un règlement libyo-libyen. «Notre position sur la Libye est constante et ne changera pas. Nous pensons, en Algérie, que les Libyens doivent résoudre les problèmes par eux-mêmes, et que les ingérences étrangères n’ont pas consolidé la paix, voire l’ont empêchée de se réaliser», dira-t-il à ce sujet. Sur le conflit russo-ukrainien, le diplomate algérien affirmera que la position de l’Algérie est neutre «même si nous sommes favorables à une solution négociée», précisant que l’Algérie entretient d’excellentes relations avec les deux pays. Il ne manquera pas de rappeler que l’Algérie a fait partie d’une délégation arabe qui s’est rendue à Moscou et en Pologne pour rencontrer, respectivement, les Russes et les Ukrainiens et essayer de trouver une solution. Et de préciser que «si cette guerre devait se poursuivre, les répercussions internationales et économiques seraient désastreuses pour tous les pays du monde, tant sur le plan économique que stratégique». Sur les relations avec l’Espagne,  Ahmed Touahria se contentera de dire que «le chef du gouvernement espagnol a changé la position traditionnelle de l’Espagne sur le Sahara Occidental, on ne sait pas pourquoi. Mais concernant la réexportation de gaz, l’Algérie a publié une déclaration officielle dans laquelle elle déclare que si l’Espagne devait réexporter du gaz vers d’autres pays, l’Algérie ne respecterait plus ses engagements, car l’Espagne aurait choisi de ne pas les respecter en premier». Le diplomate algérien n’omettra pas d’ajouter que «nous n’avons aucun problème avec le peuple espagnol. L’Algérie a toujours respecté, et continue de respecter ses engagements concernant la part du gaz à l’Espagne».

B. A.

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