Algérie-Mali : Bamako fait un pas vers l’apaisement

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PAR DJILALI B.

Prévue ce jeudi devant l’ambassade d’Algérie au Mali, une manifestation organisée par une plate-forme de la société civile malienne, Malidenw, a été interdite par le gouverneur de Bamako. Opportunément, cette plateforme voulait par cette manifestation devant la représentation diplomatique algérienne apporter son soutien aux autorités de transition au Mali ainsi que son appui aux dernières décisions qu’elles ont prises dans le cadre de la tension née entre Bamako et Alger qui ont d’ailleurs rappelé leurs ambassadeurs respectifs pour consultation. Aussi, cette organisation de la société civile a accepté finalement le refus réservé à sa demande par le gouverneur de la région qui le justifie par le risque de trouble à l’ordre public.

En effet, cette action de rue en soutien aux autorités qui accusaient l’Algérie d’ingérence en recevant des représentants des groupes rebelles signataires de l’Accord de paix au Mali, dit Accord d’Alger, dont la mise en œuvre est pilotée par l’Algérie en tant que chef de file de la médiation internationale, pouvait dégénérer en un mouvement de foule que ni les services
de police ni l’association elle même ne sont en mesure de canaliser. Mais la tension garde
toujours Alger et Bamako à distance. « Le gouverneur refuse l’autorisation de manifestation devant l’ambassade de l’Algérie à Bamako par mesure de précaution », a indiqué Malidenw dans un communiqué rendu public, ce jeudi.

« Cette décision a été motivée par des préoccupations légitimes liées aux risques potentiels de perturbation de l’ordre public. Bien que nous soyons profondément attachés à notre droit constitutionnel à manifester, nous reconnaissons la responsabilité partagée de préserver la sécurité et la stabilité de notre communauté », est-il ajouté dans le document. Et d’ajouter : « Notre association demeure engagée envers la défense des idéaux et des valeurs qui nous sont chers. Nous explorons actuellement d’autres voies pour exprimer nos préoccupations de manière constructive et pacifique. Nous encourageons nos membres et
sympathisants à rester informés des développements futurs ».

Ce recul, cette compréhension qu’induit le refus de l’administration locale d’accorder son autorisation de la manifestation porte l’empreinte des hautes autorités de Bamako qui, sans se déjuger ouvertement par rapport à ses accusations contre Alger et les lourdes décisions qu’elles ont prises conséquemment, tente par ce petit geste d’éviter d’envenimer davantage la situation. Bamako chercherait désormais une issue à cet imbroglio qu’il a créé autour de la relation avec l’Algérie voisine qui a d’ailleurs rappelé à juste titre son attachement à la souveraineté territoriale du Mali.

L’exemple du Niger

Cela est d’autant plus plausible que le Niger, dont la relation avec l’Algérie a traversé elle aussi une période de froid provoquée par une incompréhension autour de la médiation avec les autorités militaires de Niamey pour la transition, s’est rattrapé cette semaine avec la visite de son ministre des Affaires étrangères, Bakary Yaou Sangaré, reçu à Alger par son
homologue Ahmed Attaf. L’équivoque a été levée. Bamako ne pourra pas entretenir non plus cet état de tension avec Alger au risque de s’isoler davantage sachant que l’engagement de la junte au pouvoir au Mali auprès de la Cédéao pour organiser l’élection présidentielle expire le mois de mars prochain. De ce fait, les autorités de Bamako doivent discuter avec les représentants du Nord, sous la supervision d’Alger, tenter de relancer la mise en œuvre de l’Accord d’Alger, la société civile pour aboutir en fin de processus à l’élection présidentielle pour élire un Président civil et mettre fin à la période de transition.

Le Mali ne peut pas se permettre le luxe d’ouvrir d’autres fronts alors qu’il subit les effets des sanctions que lui a imposées la Cédéao. Par ailleurs, les trois pays, Mali Burkina et Niger, engagés dans des transitions après des coups d’Etat, ont constitué une alliance – Alliance des Etats du Sahel – peinent à dessiner les contours de cette alliance hormis l’aspect militaire concrétisé dans le sillage de la menace d’intervention de la force de la Cédéao pour rétabli le président Mohamed Bazoum à Niamey. Leurs ministres des Affaires étrangères avaient évoqué l’éventualité de la création d’une monnaie unique, d’une confédération…

Vendredi, ce sont les Premiers ministres qui se réunissaient à Niamey  » pour discuter coopération ». La matérialisation de ces vœux nécessite cependant des appuis et soutiens
externes, dont celui du voisin du Nord, l’Algérie, contre des gages et des engagements fermes de revenir à l’ordre constitutionnel. Ce qui expliquerait ce petit pas du Mali et le rapprochement franc du Niger avec l’Algérie.

D. B.