Après les déclarations sur l’«autodétermination» du peuple sahraoui : Vent de panique à Rabat

0
18
Sahara Occidental UE

Un vent de panique s’est emparé du royaume chérifien au lendemain des déclarations du haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell, dans lesquelles il met l’accent sur le soutien de l’UE et de l’Espagne à la solution au conflit du Sahara occidental qui passe par l’organisation d’un référendum d’autodétermination du peuple sahraoui.

A Rabat, où les déclarations de Borrell ont eu l’effet d’une douche froide, le palais s’est muré dans un silence gênant, mais les médias font état de la volonté de Nasser Bourita de convoquer sous peu l’ambassadrice européenne Patricia Llombart pour demander des explications après les propos de Josep Borrell sur la question du Sahara occidental, et rapporté des propos offensants de sujets marocains dont un membre de la chambre des conseillers considérant que la déclaration était «non seulement inappropriée et incohérente, mais elle est en déphasage avec les développements qu’a connus le dossier depuis un certain temps».

L’espoir des Sahraouis

En revanche, la sortie de Borrell a suscité de l’espoir chez les Sahraouis. Le Front Polisario s’est félicité des déclarations à TVE de Josep Borrell, chef de la politique étrangère de l’Union européenne, dans lesquelles il a assuré que l’Espagne et l’Europe des Vingt-Sept n’ont pas changé leur position concernant le Sahara occidental et défendent «la réalisation d’une consultation afin que ce soit le peuple sahraoui qui décide comment il veut que soit son avenir». Peu de temps après, la représentation du Polisario en Europe a salué les déclarations «courageuses» du représentant européen, car elles reflètent «l’échec de tous les plans ou propositions» qui cherchent à «imposer une solution en dehors de la volonté» du peuple sahraoui. «Nous accueillons cette déclaration avec l’espoir qu’elle se concrétise en faits concrets», concluait une note publiée hier.

Le représentant du Front Polisario pour l’Europe et l’Union européenne, Oubi Bachir, a en effet considéré que c’est «un pas positif» que Borrell ait insisté pour que ce soit le peuple sahraoui qui décide de son avenir, comme indiqué sur son compte Twitter. «C’est l’avenir pour résoudre le conflit», a-t-il déclaré. Selon lui, l’important est que l’UE s’engage pour une solution par référendum et non «pour une solution imposée comme [c’est] la proposition marocaine».

Pour le Front Polisario, unique représentant légitime du peuple sahraoui qui a rompu le contact avec l’exécutif espagnol depuis mars, lorsque Pedro Sanchez a annoncé son ralliement aux thèses marocaines sur le Sahara occidental, la déclaration de Borrell représente «un pas positif» qui mériterait d’être traduit sur le terrain. Aussi, les représentants du peuple sahraoui se réjouissent que Borrell revienne pour parler spécifiquement d’un référendum, que l’ONU propose depuis la résolution 3437 de 1979.

Borrell a expliqué lors de l’interview que la position de l’Espagne «est et était» que les Sahraouis eux-mêmes votent pour leur avenir. «Le gouvernement espagnol ne s’est jamais éloigné de cette position», a-t-il déclaré sur TVE. La déclaration de Borrell est un désaveu clair et net au roi du Maroc qui avait appelé les Etats partenaires de son pays à soutenir son occupation du territoire sahraoui. A plusieurs reprises, Borrell a recadré le Makhzen dans son forcing pour arracher des soutiens diplomatiques, dont la dernière fois remonte à presque quinze jours, lorsque le haut représentant de l’UE a déclaré que la position de l’UE sur la question de la décolonisation au Sahara occidental «est connue et n’a pas changé», soulignant son soutien aux efforts de suivi du processus politique dans la région.

Le PP condamne la politique «erratique» de Sanchez

Réagissant de son côté, le Parti Populaire espagnol a profité des propos de Borrell pour qualifier la politique de Pedro Sanchez sur le Sahara occidental d’«erratique». Le sous-secrétaire aux institutions du Parti populaire, Esteban Gonzalez Pons, a déclaré que les propos du représentant européen confirment que le gouvernement «mène avec le Maroc et l’Algérie une politique contraire à celle définie par l’Union européenne». «Alors que la France a des réunions successives avec l’Algérie pour parler d’énergie, le gouvernement a fermé le robinet de gaz espagnol au moment où nous en avions le plus besoin. Parfois, cela donne le sentiment qu’il n’y a pas de ministre des Affaires étrangères, et s’il y en a, il devrait appeler Borrell et clarifier», a condamné le leader populaire.


A. R.