Arezki Larbi, l’esthète aux multiples facettes

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Arezki Larbi, l'esthète aux multiples facettes

Qu’il s’agisse des arts plastiques, de cinéma ou de théâtre, Arezki Larbi est un artiste accompli dont les œuvres sont empreintes de poésie. Peintre de renom, cinéaste singulier, il est devenu, au fil des décennies une figure incontournable de la scène artistique algérienne.

PAR DELLOULA MORSLI

Arezki Larbi naît à Aït Laâziz en 1955. Diplômé de l’école des beaux-arts d’Alger aux débuts des années quatre-vingt, son projet de fin d’études portait sur les tatouages traditionnels en Algérie.

Cet attrait pour le symbolisme ancestral marquera d’ailleurs l’ensemble de son œuvre. D’Alger à La Havane, de Dakar à Paris, les peintures, sculptures et dessins du natif de Bouira ont été exposés aux quatre coins du monde. Dessinateur de presse au début de son parcours, Arezki travaille ensuite pour le théâtre et le cinéma en tant que décorateur et scénographe. Il collabore à la création des décors et des costumes de grands films algériens à l’image de « Machaho » et « El Manara » de Belkacem Hadjadj, « La montagne de Baya » de Azzeddine Meddour ou « Morituri » d’Okacha Touita.

Il fréquente également la cinémathèque algérienne du temps de son ancien directeur
Boudjemaa Karèche, ce dernier lui confie la création d’une vingtaine d’affiches pour le cinéma. Dans sa peinture, Arezki explore l’intime, les méandres de l’être. Ses toiles, souvent graphiques, laissent transparaître une recherche aiguë de la matière et un savoir-faire incontestable.

A sa dernière exposition « Alter Ego » qui s’est tenue à l’Espaco (Oued Tarfa) en 2018, Arezki rend hommage à ses amis avec l’œuvre « Memo’art », des planches sur lesquelles on retrouve une multitude de minuscules photographies représentant les visages des siens. « C’est un chemin du cœur, mélancolique parfois, éclairé par des envolées de poésie involontaire et, comme souvent dans la solitude, la candeur n’ayant pas de but, elle trébuche sur des souvenirs.

La mémoire n’est pas un film qui se déroule en séquences organisées, c’est des replis dans
l’ombre, des entassements d’oublis et d’écritures vaines (…) Des centaines de photographies, prises de face et de profil, de personnes côtoyées dans la vie ou dans le travail ne sont pas que des clichés figés mais des vies, des moments bleus. Des pans de vie qu’il m’est donné de manipuler ludiquement, pour déramer les empilements et redessiner autrement ceux qui me peuplent et me portent (…). Il est assez curieux de constater en faisant ce travail que la vie de mes amis, c’est aussi un peu la mienne. Le sel de ma vie », déclara l’homme discret.

Arezki le cinéaste est tout aussi talentueux. Ses deux courts métrages de fiction, « Winna »
(2019) et « Le chant de la sirène » (2022), ont fait le tour des festivals de cinéma. Adaptés d’un recueil de nouvelles dont il est l’auteur, ces deux films portent l’empreinte du plasticien. Les dialogues sont relégués au second plan et une attention particulière est accordée à la couleur, aux décors et aux accessoires. Celui pour qui le cinéma est le prolongement de la littérature poursuit son cheminement sur le sentier de la création pour notre plus grand plaisir.

D. M