Aux commandes durant la période la plus critique de l’Algérie : L’homme des choix difficiles

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Nezzar

PAR S. LESLOUS

Décédé, vendredi, quatre jours après avoir soufflé sa 86e bougie, l’ancien chef d’Etat-major de l’ANP et ancien ministre de la Défense, Khaled Nezzar fait partie des personnalités militaires qui ont le plus marqué l’histoire de l’Algérie post-indépendance, à travers ses actes et décisions, parfois polémiques, mais toujours tranchées et assumées, notamment durant la période cruciale de la fin des années 80 et le début des années 90 où s’est joué en grande partie le destin de l’Algérie. Lorsqu’il devint chef d’Etat-major de l’ANP, en
novembre 1988, Khaled Nezzar avait déjà derrière lui une expérience militaire longue
de 39 ans. Une expérience entamée à l’Ecole militaire préparatoire de Miliana qu’il intégra en 1949, puis dans les maquis de l’ALN qu’il avait rejoint en 1958 en désertant l’armée française, puis à l’Ecole de guerre de Paris en 1975, passant par l’Académie militaire Frounze de l’Union soviétique en 1964 et d’autres expériences encore.

Seulement, la situation à laquelle il se retrouve confronté était des plus inédites.
Un mois seulement avant de se voir désigné aux fonctions de chef d’Etat-major de
l’ANP, Nezzar qui était alors commandant des forces terrestres depuis 1986 a été
amené à gérer la révolte d’Octobre 88 qui a ouvert la voie à l’ouverture démocratique.
Un épisode qui a tout de même fait couler beaucoup d’encore et qui a fini, plus d’une
dizaine d’année plus tard, par faire sortir Nezzar de son silence pour donner sa version de la situation en expliquant que ses hommes « n’étaient pas formés pour ce genre de mission et qu’il y avait un manque de moyens ». Moins d’un mois après ces douloureux événements d’Octobre 88, Nezzar fut nommé ministre de la Défense nationale et trois ans plus tard, il se retrouve face à une situation encore des plus compliquées, où l’Algérie était à nouveau face à son destin.

C’était en décembre 1991 lorsque le FIS était donné comme sur le point de prendre le
pouvoir législatif après avoir remporté le premier tour des élections législatives.
C’était compter sans la décision de l’armée qui a pesé de tout son poids pour mettre fin
à ce processus qui allait mettre le pays entre les mains des islamistes radicaux. Dans l’arrêt de ce processus, c’est à Khaled Nezzar que d’aucuns attribuent le rôle central, aux côtés de quelques autres hauts gradés de l’armée à l’époque.

La dissolution, le 11 janvier 1992, de l’APN, suivie par la démission du président
Chadli Bendjedid, a créé une situation d’exception non prévue par la Constitution. Ce
qui a conduit à la déclaration de l’impossibilité de la poursuite du processus électoral,
et à la création, le 14 janvier, un HautComité d’Etat (HCE). Tout comme Octobre 88, l’arrêt du processus électoral a soulevé une interminable polémique à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, mais il n’en demeure pas moins que l’Algérie, en dépit de la violence islamiste qui s’est déchaînée plus d’une décennie durant, a pu préserver son caractère
républicain.

L’arrêt du processus électoral n’était, bien entendu, pas le seul épisode inédit
auquel Nezzar a été confronté en étant à la tête de l’ANP, puisque durant la même
année de 1992, plus précisément le 29 juin, il sera confronté au pire, à savoir l’assassinat, en direct à la télévision, du président Boudiaf. L’homme qui repose désormais à El Alia
met fin à sa carrière militaire et politique à l’arrivée du président Zeroual mais sa
retraite était loin de le faire définitivement éclipser de la scène tant il est souvent
amené à sortir de son mutisme pour dissiper le flou qui entoure un événement ou un
autre lié au destin national qui s’était déroulé du temps où il était l’homme fort de
l’Etat.

S. L.