Auxiliaire de vie, un métier en quête de reconnaissance

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Auxiliaire de vie, un métier en quête de reconnaissance

PAR LATIFA ABADA

La prise en charge d’une personne en perte d’autonomie incombe toujours à un membre de la famille. Appelé « l’aidant », cette personne est contrainte de faire des sacrifices au détriment de sa vie sociale et ses perspectives professionnelles. Pourtant, des auxiliaires de vie peuvent assurer cette tâche.

En Algérie, la demande est grandissante, des personnes qualifiées pour chaque pathologie sont formées annuellement, cependant il y a un manque de structure pour organiser ce métier. Abdelkader Bensadia a créé la fondation « Maison pour tous » qui aspire, entre autres, à faire la jonction entre les familles et les auxiliaires de vie.

Abdelkader Bensadia forme actuellement une dizaine de femmes à Dar El Hassana. « Il s’agit d’une formation d’initiation au métier d’auxiliaire de vie d’une durée de deux mois. Les candidates vont apprendre les premiers gestes à apporter à une personne vulnérable. Des médecins, neurologues, infectiologues et psychologues interviennent pour leur
expliquer les particularités de certaines maladies et le comportement à adopter avec le malade. Elles devront également s’exercer avec des personnes en difficultés afin d’évaluer leur apprentissage », décrit Abdelkader Bensadia.

Le formateur qui est dans ce domaine depuis plusieurs années déplore que ces futurs auxiliaires de vie doivent se débrouiller seules pour exercer leur métier. Rien n’est prévu par la loi pour les protéger. La formation n’étant pas reconnue par l’Etat, les auxiliaires de vie comptent sur le bouche-à-oreille pour exercer leur profession.

Pour trouver un auxiliaire de vie, il faut se rendre sur les réseaux sociaux où des groupes de discussion mettent en relation les familles et les auxiliaires de vie. Souvent les familles, dont un des membres a besoin d’un accompagnement, expriment leur désarroi quant à la difficulté de trouver une personne qualifiée. Du côté des auxiliaires de vie, ils déplorent l’insuffisance des tarifs pratiqués.

Ces difficultés et bien d’autres compliquent la relation entre les familles et les auxiliaires de vie. Dans l’absence d’un cadre professionnel, cette relation reste conflictuelle.

« La maison pour tous », chacun y trouve son compte

Abdelkader Bensadia a été formé en 2014 chez l’association humanitaire « Caritas Algérie ». Une formation de huit mois, suivie d’un emploi au sein d’une famille qui a duré cinq mois. Abdelkader Bensadia rejoint ensuite la structure d’aide à domicile de l’association où il était chargé de faire l’interface entre les familles et les auxiliaires de vie.

Ces années passées au sein de cette structure et le centre de jour d’Alzheimer lui ont permis d’acquérir une grande expérience. Le formateur définit les besoins de chacun, gère les conflits éventuels et trouve les solutions.

« La maison pour tous est une fondation créée par un acte notarié. Je suis actuellement en phase d’élaboration des programmes. La fondation aura pour mission la formation des auxiliaires de vie. La participation à l’élaboration d’études dans le domaine, et aussi la sensibilisation des autorités concernées afin de reconnaître le métier d’auxiliaire de vie ».

La formation des auxiliaires de vie est très complexe, explique Abdelkader Bensadia. La personne chargée de prendre soin d’une personne vulnérable doit connaître les bons gestes. Dans le cas contraire, c’est une forme de violence contre le malade, met-il en  garde. En tant que formateur, Abdelkader Bensadia veille à apprendre aux auxiliaires de vie l’empathie. Certaines pathologies réduisent complètement les capacités physiques de la personne.

Cependant, cette personne est là et est sensible à tout ce qui se fait et se dit. L’auxiliaire de vie doit être capable d’apporter le soutien nécessaire pour gérer les angoisses et les inquiétudes de la personne malade. « C’est un milieu très sensible. L’auxiliaire de vie va se retrouver dans un environnement où il devra faire preuve de beaucoup de patience. Faire appel à une personne étrangère est souvent difficile pour la famille. Déléguer ce rôle provoque des craintes. Il faut donc être rassurant et accepter les remarques », souligne-t-il. Abdelkader Bensadia explique que le plus urgent est qu’il y ait un intermédiaire entre les familles et les auxiliaires de vie.

« Quand j’étais chargé de la structure d’aide à domicile, j’ai mis en place une un plan d’action. J’ai compris au fil des années que le manque d’information et de communication entre ces deux parties était à l’origine de tous les conflits. J’ai donc élaboré ce qu’on appelle les projets de soins individualisés. Une sorte de contrats qui définit les tâches des auxiliaires de vie. »

Le projet de soins individualisé établit la relation entre la famille et l’auxiliaire de vie. Abdelkader Bensadia se déplaçait au domicile de la famille pour évaluer l’espace de travail. Lors d’un entretien avec la famille, il tente de connaître la personne concernée par la prise en charge, son caractère, ses habitudes, etc. Une fois toutes ces données réunies, il fera le programme de la prise en charge. Une rencontre sera ensuite organisée afin de discuter de ce programme et de la rémunération.

« La question du salaire est délicate. Certaines familles trouvent la prestation chère et oublient que cette personne travaille sans statut. C’est aussi un travail physiquement soutenu, la personne a besoin de se reposer pour pouvoir assurer sa mission », ajoute-t-il.

À travers cette démarche, Abdelkader Bensadia explique qu’il tente de prévenir certains conflits. Cependant, ce n’est pas suffisant. Il explique que c’est un métier astreignant, des personnes passent leur vie à le pratiquer et se retrouvent sans retraite, car il n’est pas reconnu par l’Etat. « L’Etat a tout à gagner en organisant la profession. Il y a une forte demande d’embauche. Ça absorbe le chômage et ça donne une opportunité de carrière. Il est important aussi que ces personnes aient un statut et que les familles soient protégées. Une fois qu’un cadre professionnel sera défini, on peut créer des entreprises chargées de placer des auxiliaires de vie et de répondre aux demandes des familles », conclut Abdelkader Bensadia.

L. A.