Avec le déchaînement des avocats du Crif, la Lirca et la LFP : La procureure de Nice a voulu enfoncer Atal

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Mis en examen dans le cadre d’une enquête préliminaire pour provocation à la haine raciale, Youcef Atal a comparu hier devant le tribunal correctionnel de Nice.

La procureure chargée de l’affaire a requis une peine de 10 mois de prison avec sursis, assortie d’une amende de 45 000 euros. De plus, il a été demandé que la décision de justice soit diffusée sur son compte Instagram pendant une période d’un mois. Suspendu par son club, l’OGC Nice, l’arrière latéral droit connaîtra la décision finale de la justice le 3 janvier 2024 à 13h30, soit une semaine avant le début de la coupe d’Afrique des nations 2023 prévue en Côte d’Ivoire.

N’étant plus concerné l’interdiction de quitter le territoire français, le natif de Tizi Ouzou
devra souffler et continuera à se préparer avec son club pour les prochaines échéances
avec l’équipe nationale, et peut-être même faire ses valises, car il compte quitter l’OGC
Nice cet hiver, sinon en fin d’année.

Atal défendu par l’un des avocats les plus puissants de France

Après le réquisitoire de la procureure, l’avocat de Youcef Atal a pris la parole pour réclamer la relaxe de son client dans cette affaire. « On a analysé son matériel informatique et téléphone et alors, fait rare, on n’a rien trouvé », dira maître Antoine Vey dans sa
défense de Youcef Atal, avant d’ajouter : « Qu’est-ce qu’on a pour dire qu’il a intentionnellement répercuté ce message, dont on ne contexte pas qu’une formule peut être lue comme incitation à la haine. Elle est à la toute fin. » Et de se plaindre de l’arrestation arbitraire du défenseur pendant la procédure : « Pourquoi aller le matin au stade et essayer de le choper devant tous ses camarades ? Pardon le parquet de Nice, mais ce n’est pas vraiment nécessaire. On le convoque, il se présente, il s’explique », tonne
Me Vey. « 35 secondes, c’est long sur une vidéo comme ça. Je ne vais pas faire l’exercice rhétorique d’attendre 35 secondes pour reprendre ma phrase, mais imaginez-le.

L’algorithme Instagram est tellement complexe qu’il est compliqué d’affirmer que l’on
tombe sur des vidéos d’imam parce qu’on regarde des vidéos d’imam », a lancé Me Vey.
« Quand on a une personne qui une fois que la vidéo est signalée, l’a retirée et a publié un
message d’excuse. Il ne faut pas faire le procès de celui qui a fait la vidéo. On lui prête
une solidarité à des propos diffusés dans tous les réseaux, mais celui qui les porte
n’est pas ici au tribunal. Si on veut aller au bout de la logique, interdisons ce type de
vidéo sur Instagram. » Et l’avocat de Youcef Atal d’ajouter : « Youcef Atal n’est ni un
homme politique ni un théologien, un religieux… Jean-Marie Le Pen n’a jamais eu
l’amende maximale pour les propos qu’il a tenus », a enchaîné Me Vey qui termine : « On
attend que les juges soient un rempart vis-àvis de ces thèses et de ce climat. »

Il faut dire que Me Vey est l’un des meilleurs pénalistes en France. Il a participé aux procès de Jérôme Georges Tron, l’affaire Théo, le scandale de la viande de cheval, les victimes de l’amiante, le procès de Abdelkader Merah, l’affaire Air Cocaïne… Il a aussi défendu Patrick Balkany dans l’affaire Balkany. En 2019, GQ le classe à la 8e place du classement des 30 avocats les plus puissants de France.

Atal malmené par les avocats de la partie civile

Interrogé par la procureure et aussi par les avocats de la partie civile (LFP, associations juives comme le Crif…), l’international semblait très ému. « Je pensais vraiment que c’était un message de paix, c’est la vérité. Avec du recul, je me dis que c’est des trucs importants et j’aurai dû regarder la vidéo jusqu’à la fin. Je regrette par rapport à ça. Je voudrais juste rajouter que je ne suis contre personne, je ne suis que footballeur. Je suis contre la haine, chacun a le droit de faire ce qu’il veut. Moi j’étais touché parce que je ne veux pas que les gens souffrent, je ne veux pas que des gens meurent. Je ne suis ni contre les juifs ni contre les chrétiens… Je suis avec la paix », étaient les mots de Atal.

Selon le compte rendu de RMC qui a couvert tout le procès, Youcef Attal a été malmené de la manière la plus sévère par la procureure, mais aussi et surtout par les avocats de la
partie civile, à leur tête ceux de la LIRCA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) fondée par des militants juifs en 1927 pour défendre exclusivement les
victimes d’antisémitisme. Si le Crif et la LFP ont réclamé 1€ symbolique, la LIRCA a réclamé une grosse somme comme dommage et intérêt.

Pour mieux mesurer l’atmosphère qui régnait dans ce tribunal, voici une des questions posées à Atal : « Pourquoi porter une écharpe de la Palestine lors du dernier match des Verts à Annaba ? » La réponse du joueur était : « J’ai fait la photo avec une écharpe parce qu’en Algérie tous mes coéquipiers soutiennent la Palestine. »

L’avocat de la LIRCA enchaîne : « Vous dites être allé jouer à Tel-Aviv et que ça n’a pas posé de problème. En quoi faire un match de football à Tel-Aviv serait problématique pour vous si vous n’êtes qu’un joueur de football ? » « Je ne suis pas antisémite, je ne suis contre personne. »

Un autre avocat est allé jusqu’à lui reprocher de pratiquer une politique d’évitement, arguant que ses réponses n’étaient pas sincères tout comme sa repentance… Youcef Attal a peut être échappé à la prison, mais il venait de passer la pire journée de sa vie.

A. C.