Bamako propose un dialogue inter-malien : Les Touaregs disent non au plan Goïta

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PAR DJILALI B.

Dans son discours à la nation à l’occasion de la nouvelle année, le chef de la junte
militaire au pouvoir à Bamako a annoncé la réappropriation du dialogue pour la paix et la
réconciliation nationale. En effet, Assimi Goïta avait annoncé dans son allocution la
mise en place d’un dialogue direct inter-malien pour la paix et la réconciliation. Le
but, selon le chef des putschistes, est  »d’éliminer les racines des conflits communautaires et intercommunautaires » et pour  »privilégier l’appropriation nationale du processus de paix ». Autrement dit, les nouveaux maitres de Bamako englués dans une transition élastique et sans issue tentent de s’approprier un processus engagé depuis 2015, à
défaut d’entrevoir mieux, pour le relancer dans un cadre et des participants  »intramuros » choisis par la junte, puisque les contestataires des méthodes de Bamako en sont de
facto exclus et considérés comme des terroristes.

D’ailleurs, Assimi Goïta a indiqué pour rassurer ses troupes et ses soutiens que  »la lutte contre les groupes armés terroristes », incluant dans ce qualificatif générique, les
groupes rebelles touaregs,  »se poursuivra jusqu’à la pacification totale du pays ».
Que cherche la junte au pouvoir à Bamako à travers ce dialogue qui exclut la
principale partie, à savoir les groupes rebelles touaregs ? S’il est évident que Assimi
Goïta pense pouvoir se désengager de l’accord d’Alger en se l’aliénant sans consultation des signataires, son offre se présente comme une assurance pour ses soutiens du
sud du pays, contre les populations du Nord à majorité touarègue lésées par Bamako.

Les groupes rebelles du Nord, signataires de l’Accord d’Alger en 2015, ont accepté de ne
pas toucher aux principes immuables de la souveraineté, de l’unité territoriale et du
caractère laïc de l’Etat, pourquoi insister sur ces caractères déjà tranchés, peut-on à juste titre se demander ? Il est cependant, à titre informatif, utile de rappeler que le Mali demeure sous le coup d’un second paquet de sanctions de la Cédéao le mois de mars prochain si la junte ne détermine pas le calendrier électoral pour revenir à l’ordre constitutionnel. Ne serait-ce pas ce délai qui a motivé cette précipitation à mettre la charrue avant les bœufs dans ce laborieux processus ?

Simulacre

Pour preuve, la réplique des groupes touaregs qui est sans appel :  »Nous pensons
que c’est (le dialogue inter-maliens) une façon de prononcer la caducité définitive de
l’accord et de mettre la médiation internationale à la porte », a déclaré Mohamed
Elmaouloud Ramadane, un porte-parole de la rébellion touaregue signataire de l’Accord
de paix sous l’égide d’Alger en 2015, selon l’AFP.

Et de poursuivre :  »Nous voyons que c’est un rejet d’un accord déjà signé par
toutes les parties et garanti par la communauté internationale, et nous ne sommes
pas prêts à prendre part à un processus de paix qui ne sera qu’un simulacre », a-t-il
ajouté en dénonçant cette remise en cause d’un cadre déjà négocié et qui a fait l’objet
d’un accord supervisé par la communauté internationale.

Le retrait des forces françaises et des contingents de l’ONU, la Minusma, ont donné lieu à des affrontements entre les groupes rebelles du Nord et les forces armées maliennes soutenues par les éléments de la société russe Wagner. Bamako voulait instaurer son autorité sur tout le territoire du Mali mais a buté sur l’hostilité des groupes rebelles du Nord qui lui reprochent d’ailleurs le gel de la mise en œuvre de l’Accord d’Alger.

L’armée malienne a repris Kidal et s’est installée dans le nord du pays. Cette offensive a été dénoncée en raison des exactions perpétrées par les FAMa et les éléments de Wagner dont l’emblème a été déployé à Gao. Les groupes du Nord avaient dénoncé un massacre de populations et ont entamé des consultations et des rencontres notamment avec les autorités algériennes en tant que chef de file du suivi de la mise en œuvre de l’accord de 2015. Survint dans le même sillage la visite à Alger de l’imam Dicko, un des acteurs du mouvement contre le président Goïta, aujourd’hui hostile au prolongement du mandat illégal de la transition au Mali.

La frilosité des militaires maliens a engendré une crise diplomatique avec le rappel des ambassadeurs. Une démarche contreproductive avec un pays voisin dans une région déstabilisée et en quête de paix et de sécurité.

D. B.