Banques, bourse et monétique : Une réforme financière sur trois fronts

0
409
Ministère des finances

PAR R. AKLI

A la traîne depuis plusieurs années, le chantier de la modernisation du système financier et bancaire national connaît désormais un début de mise en œuvre effective depuis le début de l’année en cours. Un état de fait qui se traduit notamment par la concrétisation d’une première opération de privatisation bancaire partielle, mais aussi à travers les différentes actions initiées pour réanimer le marché boursier local et pour favoriser le développement des moyens de paiement électroniques et le passage graduel à la digitalisation des transactions financières. Considérée à juste titre comme la mère des réformes structurelles à mener pour moderniser l’appareil économique dans son ensemble, la réforme du système
financier national est ainsi engagée sur trois fronts différents, à la fois imbriqués et distincts, avec en point de mire l’amélioration de l’inclusion financière et la canalisation vers les circuits officiels des fonds colossaux qui continuent à circuler hors système bancaire.

Au cœur de cette nouvelle stratégie de réforme, la modernisation du secteur bancaire cible
ainsi en premier lieu l’amélioration de son efficacité à la fois dans le financement de l’économie nationale et la collecte des ressources financières. Selon les dernières évaluations de la banque d’Algérie (BA), la part de la circulation fiduciaire hors banques continue en effet de croître ces quelques dernières années, atteignant 32,9% du total de la masse monétaire globale à fin septembre 2023, contre 32,2% à fin 2022, soit un accroissement de 8,6% entre les deux périodes. Celle-ci est évaluée ainsi, selon la même institution, à plus de 8000 milliards de dinars à fin septembre 2023, contre un peu plus de 7392 milliards de dinars à fin décembre 2022. Des chiffres qui dénotent de l’importance des efforts que les banques de la place sont appelées à consentir pour améliorer la collecte de l’épargne et accélérer l’inclusion financière en développant surtout de meilleurs services bancaires et de meilleurs produits financiers à même d’aider à capter l’argent thésaurisé et celui circulant dans l’informel.

Pour ce faire, la réforme bancaire mise en place depuis le début de l’année en cours s’appuie dans une première phase sur une démarche de refonte en profondeur du management et de la gouvernance des banques publiques, qui accapare, faut-il le souligner, une part prépondérante de l’activité bancaire globale. Appelée à cesser de fonctionner comme de simple caisses ou de simples guichets, les banques étatiques entreprennent désormais d’intégrer des modes de gestion privative dans leur système de gouvernance afin d’avantager de nouveaux critères de commercialité et de profitabilité et d’attirer ainsi davantage de clients et de ressources. En ce sens, la réforme ciblée a d’emblée commencé à prendre forme avec la décision de l’Etat de lancer des opérations d’ouverture de capital de deux ou trois de ses grandes banques commerciales à la participation privée, dont celle du crédit populaire d’Algérie (CPA) qui a bouclé avant-hier son offre publique de vente d’actions (OPV) avec des résultats très probants selon les premières évaluations.

Suivra dans les prochaines semaines une deuxième opération similaire pour la banque de
développement local (BDL) et vraisemblablement une troisième banque étatique à privatiser partiellement en bourse dans les mois à venir, selon les projections officielles annoncées en ce sens. Tout en œuvrant ainsi à remodeler le management des banques étatiques en ouvrant la voie à l’entrée d’actionnaires privés dans leur capital social, les pouvoirs publics agissent en même temps sur un autre front pour concrétiser une réforme financière globale, à savoir celui de la relance du marché des capitaux local en optant justement pour la mise en œuvre de ces privatisions bancaires partielles via la bourse d’Alger. Une bourse dont l’apport au PIB du pays demeure des plus marginaux et que l’Etat entreprend désormais de relancer et de moderniser pour la rendre plus active dans le financement de l’investissement et la collecte de l’épargne, notamment celle échappant aux circuits officiels. Outre l’amélioration de son niveau d’activité et de sa capitalisation avec l’arrivée attendue à la cote du CPA et de la BDL,  le marché boursier d’Alger, faut-il le souligner, fait également l’objet d’une réforme de son cadre d’organisation et de fonctionnement à travers l’instauration de nouvelles conditions d’admission assouplies pour attirer les entreprises privées, mais aussi l’accélération du processus digitalisation de son système de cotation et de transaction. Une digitalisation qui s’accélère par ailleurs dans le domaine de la monétique et de la généralisation des moyens de paiement électroniques, l’autre front essentiel pour mener à bien la réforme financière en cours et améliorer le taux de bancarisation des populations afin de parvenir à terme à réduire le poids de la thésaurisation et de l’informel.

R. A.