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Béjaïa : «Da Saïd» raconte l’horreur des massacres du 8 mai 1945

Said Allik, l’un des rares survivants des massacres perpétrés à Kherrata le 8 mai 1945, est manifestement un homme brisé, torturé par les horreurs et les déprédations subies et dont il a été le témoin alors.

A 90 ans, sa mémoire flamboyante débite encore des flots de souvenirs, vécus et gardés jalousement, dans le détail et qui, a chaque rappel, sonne encore dans sa tête comme un coup de fouet. Il ne veut pas oublier, le peut-il seulement. Personnage ultra-sensible et malgré lui, il est souvent la proie d’une submersion d’émotion, du moins à chaque fois que la célébration ou l’évocation de cette date martyre le croise. Sa réaction immédiate est pavlovienne : il en pleure. Ce samedi, à l’occasion de la tenue d’un colloque national sur les tragiques et douloureux massacres du 8 mai 1945, organisé au cinéma de la ville, alors qu’il était installé aux premières loges, il n’a pu se retenir, malgré son effort de discrétion, d’écraser quelques larmes. L’un des conférenciers, évoquant le sort réservé à sa famille, a remis, malgré lui, le doigt sur la plaie et a fait agir ses glandes lacrymales. Son histoire, en effet, est de nature à faire dresser d’émotion, tous les poils du corps, comme l’a souligné le conférencier, tant elle est singulière, insupportable et tragique. Le 08 mai 45 « Da Said » comme l’appellent tendrement tous ses vis-à-vis, n’avait que 12 ans. Il a vu mourir, son père, sa mère, deux frères et une sœur, Yamina, âgée a peine de six mois, tous exécutés sans sommation par la soldatesque coloniale, qui avait fait irruption dans leur modeste chaumière, à la recherche de manifestants. Après avoir dévasté leur humble demeure, tués les bêtes de l’écurie et fait taire les chiens, les soldats ont dirigé leurs fusils contre ses occupants. Lui a eu la vie sauve et pour cause. Il s’était caché et retranché derrière un rocher non loin du lieu du massacre d’où il a suivi tout le spectacle de désolation et les exactions commises, auquel il a été exposé. Il en sortira indemne mais traumatisé et marqué au fer rouge. Si bien que 9 ans après, à l’appel au sacrifice pour la libération du pays, il n’eut aucune hésitation à prendre les armes et à s’enrôler dans les rangs de l’ALN, dont l’engagement lui a valu d’autres péripéties et d’autres douleurs, notamment la mort de ses frères d’armes et d’autres membres de sa famille. Mais pour lui, le 8 mai 45 a laissé des traces indélébiles, car outre le drame familial, il a vu des centaines de cadavres d’Algériens semés tout autour de la périphérie de Kherrata et des dizaines d’autres transportés par camion et jetés vifs dans les ravins rocheux de ‘Chaabet El Akra’. « C’était une horreur absolue », dira-t-il, encore une fois submergé par l’émotion.

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