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Benbahmed poursuit son combat contre les lobbys : «L’Algérie n’est pas un comptoir colonial»

L’industrie pharmaceutique s’impose, au fil des ans, comme un secteur stratégique dans le système de santé nationale, en témoigne sa dotation d’un ministère qui lui est entièrement dédié depuis 2020.

Avec la crise sanitaire qui a emboité le pas à la crise pétrolière, l’industrie pharmaceutique qui a réussi à s’imposer en un temps record pour pallier au manque de médicaments, et en contribuant à la réduction de la facture d’importation, entend, aujourd’hui, aller vers l’exportation. Il est vrai que de nombreux opérateurs activent, déjà, dans l’export des médicaments depuis quelques années, mais l’ambition serait d’aller vers des opérations plus organisées, plus ciblées et bien plus consistantes.  Invité, hier, de la rédaction de la radio chaîne 3, le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Lotfi Benbahmed, a abordé l’ensemble des réalisations, contraintes et ambitions du secteur qu’il dirige depuis plus de 2 ans.

L’Algérie organise du 17 au 19 mai à Dakar le salon de l’industrie pharmaceutique

«Le ministère de l’Industrie pharmaceutique organise, du 17 au 19 mai 2022, le 1er Salon de l’Industrie pharmaceutique à Dakar, avec la participation de 70 laboratoires nationaux». C’est la principale annonce faite par le ministre de l’Industrie pharmaceutique qui indiquera que de nombreux accords de partenariat seront conclus durant cette manifestation.  «Des contrats seront signés entre des opérateurs algériens et des opérateurs locaux, ainsi que des plateformes de distribution locales», a révélé Lotfi Benbahmed, rappelant que Dakar est l’une des portes commerciales de l’Afrique, et que lors de cette manifestation, l’ensemble des plateformes de l’Afrique de l’Ouest, notamment celles organisées au sein de l’association africaine d’achat des médicaments essentiels seront présents.

L’invité de la rédaction de la chaîne 3 soulignera, en outre, que la volonté de l’Algérie «est, non seulement d’exporter, mais surtout de créer un climat de confiance et de faire connaitre notre industrie pharmaceutique».

196 producteurs nationaux et une couverture à 70% des besoins nationaux

Plus encore, le ministre Benbahmed assurera que «l’assainissement du secteur a permis l’émergence de 31 nouvelles  unités de production, portant, ainsi, le total de producteurs nationaux à 196». Un chiffre qu’il qualifiera de «très important, réalisé dans un laps de temps très court». Le ministre de l’Industrie pharmaceutique précisera, au passage, que «la production nationale couvre, ainsi, 70% des besoins nationaux en médicaments, et représente près de 3 produits sur 4, en volume, pour les médicaments essentiels».  Plus détaillant, le ministre révèlera que «le secteur comptabilisait 890 distributeurs et que, après l’assainissement opéré par son département, 286 grossistes ont reçu leurs nouveaux agréments, alors que sur la centaine d’importateurs qui existaient, il ne reste plus que 25, aujourd’hui, et qui sont forcément des gens qui fabriquent aussi. Par ailleurs, le ministre a annoncé le lancement, en juin prochain, d’une campagne de communication et de sensibilisation autour de la qualité des produits pharmaceutiques nationaux visant le grand public, mais aussi les prescripteurs et les patients. Interrogé sur la qualité des produits pharmaceutiques locaux, le ministre a soutenu que ces produits sont «de qualité», et que les matières premières importées pour leur fabrication obéissent à des normes internationales. Il ne manquera pas de préciser que «le travail d’industrialisation et le travail réglementaire ont été faits. Il reste à œuvrer à la sensibilisation et à impliquer nos prescripteurs et nos patients concernant les produits nationaux, de qualité, qui sont aux meilleurs standards internationaux», a-t-il estimé.

«Le manque de certains médicaments est normal»

Concernant la disponibilité des médicaments au niveau national, M. Benbahmed a estimé que le manque enregistré sur certains produits est «tout à fait normal», citant l’exemple de l’Union européenne qui enregistre un manque de disponibilité de plus de 200 produits. Il notera, cependant, que «la liste des produits indisponibles change régulièrement, et on peut dire qu’il y a un nombre constant compris entre 20 et 30 produits qui manquent régulièrement sur le marché national», a-t-il fait savoir. Il relèvera le fait que certains patients cherchent, parfois, une marque bien précise alors que huit génériques sont disponibles pour le même médicament.

«Pratiques regrettables et non respect des engagements»

L’occasion pour le ministre de l’Industrie de toucher du doigt certains points qui auront déteint sur le secteur en déclarant : «Dans la nouvelle Algérie, en application du programme du président de la République, nous avons expliqué à l’ensemble des multinationales présentes dans l’industrie pharmaceutique nationale que nous avions constaté des phénomènes que nous dénonçons». Et à ce sujet il citera la surfacturation des matières premières, le non respect de certains engagements, des prix plus élevés que chez les opérateurs voisins et surtout, les pratiques de certains laboratoires étrangers qui, en 20 ans de présence, n’ont pas respecté leurs engagements de production nationale.» Sans citer de nom, le ministre évoquera le cas d’un laboratoire étranger qui a même tenté de créer des tensions sur un produit vital comme l’insuline. «Une forme de chantage», dit-il, car «nous leur avons imposé de baisser leur prix de 20%, comme c’était le cas dans de nombreux pays». Le ministre révèlera que «la facture d’importation de ce produit s’élève à quelques 400 millions de dollars, ce qui pèse lourd sur le budget de l’Etat et les caisses de la sécurité sociale».  Lotfi Benbahmed ne manque pas d’avertir que «l’Etat algérien est déterminé à défendre ses intérêts et à mettre en place une politique pharmaceutique basée sur le principe du gagnant-gagnant», ajoutant que «nous ne sommes pas des comptoirs coloniaux où l’on déverse des produits finis à n’importe quel prix en exerçant des lobbyings». Et à ce propos, il annoncera la mise en place prochaine d’une nouvelle législation pour sanctionner «les producteurs qui n’auront pas respecté leurs engagements». Des sanctions financières seraient, ainsi, prévues par cette future législation.

B. A.

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