BHL, de l’amnésie à la myopie politique !

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BHL de l'amnésie à la myopie politique

Par Djilali B.

«Ainsi donc, l’Algérie a choisi son camp», a tranché le philosophe des impérialismes contemporains et des interventionnismes occidentaux dans le reste du monde pour marquer sa présence médiatique, en évoquant la visite de Abdelmadjid Tebboune en Russie. Quelle mouche a donc piqué ce philosophe médiatique français, converti selon les événements qui se déroulent dans le monde en théoricien des «tueries» et journaliste inventeur d’un nouveau genre qu’il a appelé le roman filmé. Bernard-Henry Lévy, qui trouvait dans les années 1990 un matériau pour nous expliquer le terrorisme en Algérie, se ravise désormais pour accuser le pays qui a livré, deux décennies durant, et seul, une guerre contre le terrorisme, de choisir «le camp du terroriste». Victime peut-être d’une amnésie, BHL n’a pas trouvé terrain pour son existence médiatique à défaut de productions philosophiques et universitaires, accroche ses actions à ses convictions ; ses douteuses convictions, est-il loisible de dire, tant elles s’inscrivent dans des perspectives guerrières.
Il est d’ailleurs autant loisible de constater que partout où est passé BHL, le sang n’a jamais manqué de couler. Au nom de la liberté et de la démocratie, clamait-il, traversant les décombres provoqués par l’intervention de l’Otan en Libye. Le chaos actuel témoigne des belles visions occidentales pour la Libye. Quid de la situation de l’ex-Yougoslavie, morcelée après l’intervention de l’Otan dont les plaies demeurent indélébiles. BHL y est allé avec sa caméra filmer de «pauvres soldats dans les tranchées, tirer sur des ennemis pour se défendre».

Un philosophe en manque d’existence médiatique

Son revirement au sujet de l’Algérie ne peut en aucun cas être dicté par des considérations «philosophiques», mais plutôt par le souci de demeurer à jour, dans la droite ligne du système français, «d’exister» médiatiquement, à défaut, faut-il encore le rappeler, d’exister par des apports et des productions de facture universitaires pouvant contribuer à améliorer le débat dans une société française dans le besoin.

«Ainsi donc, l’Algérie a choisi son camp, celui du terroriste Poutine, du maffieux Prigozlin, du crime contre l’humanité sans nombre», a décrété le philosophe de salon et des médias français dans une mesquine tentative de mettre au banc des accusés l’Algérie dont il feint d’ignorer, sauf cas d’amnésie, le sacrifice et la contribution au combat contre ce fléau à travers le monde.

Que vaut, en définitive, l’avis douteux d’un philosophe en manque de notoriété, et politiquement marqué extrémiste assumé, lorsqu’il s’agit de questions internationales liées aux bouleversements géostratégiques où les Etats sont appelés à se déterminer ? A choisir leur camp, pour réutiliser le terme de BHL dont les paradigmes de perception sont sélectifs. Racistes. Le constat aujourd’hui est que ces «causes» soutenues par BHL, bombardées par l’Otan, ne se sont jamais relevées. De l’Afghanistan, en Irak, en Syrie en passant par la Libye, les passages de BHL ont, comme qui dirait, porté malheur. Bien plus. Ces interventions ont donné vie au terrorisme. En connaissance de cause ou aveuglément, le philosophe va en guerre, s’est même évertué à soutenir le mouvement Enousra comme un mouvement révolutionnaire et démocratique, pourtant, reconnu aujourd’hui par plusieurs capitales occidentales comme un groupe terroriste.

Les omissions voulues de BHL

N’a-t-il d’ailleurs aucun sens de la mesure ; se croit-il semble-t-il en droit de se permettre des écarts et des excès, pour s’aventurer à accuser des Etats, des pays et des gouvernements de terrorisme, de crime de guerre ou de génocide en surfant sur la vague, d’ailleurs largement vague, des positions très discutables de l’Europe et de la France particulièrement. Sinon comment lire ce tweet de M. BHL qui tranche hâtivement : «Ainsi donc, l’Algérie a choisi son camp, celui du terroriste Poutine, du maffieux Prigozlin, des crimes contre l’humanité sans nombre, de guerre contre les démocraties, de la défaite, au moins des choses sont claires.» Sans trop verser dans l’analyse de texte, les pluriels «démocratiques» de M. BHL dénotent d’une confusion et d’un manque d’arguments pour justifier cette prise de position «lamentable» ; le philosophe étant à cette occasion interpellé pour nous disserter sur ces «démocraties» nées d’on ne sait quel processus politique ou philosophique. Parce qu’avec son assertion, BHL milite, sans le savoir, pour la mort de la démocratie. Dans sa version occidentale.

Dire avec une telle légèreté que l’Algérie a pris option pour le camp du terrorisme relève, M. BHL, de la myopie politique, pour ne pas dire de la bêtise. Car il serait absurde d’accuser l’Algérie de soutenir le terrorisme ; pays qui n’a pas encore «exorcisé les démons» des années 1990, pansé ses plaies pour se voir, de cette manière éhontée, traité par BHL dont le nom est lié aux drames du monde arabe des années 2000.

D.B