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Collecteurs de bouteilles en plastique, ce nouveau phénomène en vogue

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Bien qu’elle existe depuis plusieurs années déjà, la collecte du plastique a explosé ces derniers temps. Elle est même devenue un phénomène en vogue. En tout cas, beaucoup en ont fait leur gagne-pain.

Présents en force à Alger, mais aussi un peu partout dans les autres régions du pays, des adolescents, des jeunes et même des personnes âgées se ruent quotidiennement vers les décharges, la plupart du temps en début de soirée, pour chercher des bouteilles vides et d’autres objets en plastique. Dans un premier temps, ils les récupèrent, les stockent avant de les vendre pour qu’ils soient recyclés. Même si ce business ne rapporte pas beaucoup comme il nous a été révélé par ceux qui en ont fait leur travail, ils continuent à faire le tri des déchets domestiques en attendant des jours meilleurs. Dans ce reportage que nous avons réalisé, on vous fait découvrir le quotidien de ces personnes, les risques qu’ils endurent en fouillant dans les bennes à ordures ménagères, des difficultés qu’ils croisent, mais aussi et surtout ce qu’on leur reproche après chacun de leurs passages.   

«Non, ça ne rapporte pas beaucoup !»

Accosté devant l’une des cités d’Ouled Fayet, notre interlocuteur a refusé de révéler son identité et même de nous parler après avoir su que nous étions journaliste, a fini par se confier à nous après que nous lui avons assuré qu’il ne sera pas filmé. Interrogé à propos de ce business, il nous a dit : «Croyez-moi, ça ne rapporte pas beaucoup contrairement à ce qu’on croit. Si je le fais, c’est tout simplement parce que je n’ai pas trouvé mieux. Pensez-vous que je continuerai à le faire si j’avais un autre moyen de gagner ma vie ? Bien sûr que non. Je suis obligé de le faire et je le ferai jusqu’à ce que je trouve une meilleure option.» Envahi par un sentiment de honte, notre interlocuteur nous a assuré qu’il collecte du plastique depuis 2016 «Pour être franc, c’était mieux avant. Personnellement, j’avais plus de facilités à trouver et récupérer des bouteilles vides. Ces derniers temps, beaucoup se sont mis à chercher des objets en plastique, ce qui a fait que je suis plus souvent en déplacement pour récupérer des pièces qui pourront m’être utiles au moment où j’irai les vendre.»

Voici combien coûte le kilogramme de plastique

Pour ce qui est des prix, cet homme qui a dépassé la cinquantaine nous a révélé : «Je le vends à 43 dinars le kilogramme. Il me faut au moins 2500 kg chaque semaine pour empocher 10.000 DA. Les bouteilles en plastique vides ne pèsent presque rien, donc il faut fournir beaucoup d’efforts pour atteindre ses objectifs. Je suis forcé de faire plusieurs cités et ratisser plusieurs quartiers pour récupérer le maximum d’objets.» Parmi les objets tant convoités figurent aussi les caisses que les vendeurs de fruits et légumes utilisent. «Quand j’en trouve, je me dis que la collecte est bonne, tout comme ma journée mais. Hélas, c’est extrêmement difficile d’en avoir, voire même impossible puisqu’on est nombreux à les rechercher.» Voulant savoir où il finit par vendre le stock qu’il récupère durant la semaine, sa réponse a été la suivante : «J’ai eu beaucoup de peine pour trouver l’endroit qui m’a été indiqué pour vendre mon stock. Moi, je le fais à Boufarik. C’est en dehors de la ville, bien sûr. Je connais un autre dépôt où les propriétaires prennent ce que je leur propose et il se trouve à Meftah. J’ai entendu parler d’autres endroits où on accepte d’acheter les objets en plastique, ils se trouvent à Blida ou encore à Boumerdès.»

Sans masque, ni gants, ils se mettent quotidiennement en danger

Ce qu’il faut noter aussi, c’est que ceux qui collectent du plastique le font sans qu’ils ne soient protégés et une telle situation peut les mettre en danger puisqu’ils risquent de choper des maladies, mais ce n’est pas tout. «Oui, je suis conscient qu’il faut se protéger en mettant un masque et même des gants avant d’entamer le tri mais comme vous le voyez, aujourd’hui, je n’en porte pas. J’ai oublié de le faire avant de sortir de chez moi. Les odeurs fétides qui se dégageant des déchets des fois rendent l’atmosphère irrespirable. Des fois, on tombe sur des objets en verre ou des boîtes de conserve, on s’en sort avec des blessures au niveau des mains. Des fois, les plaies sont tellement profondes qu’on doit faire un saut dans un centre médical pour recevoir les soins qu’il faut. Lorsqu’on est blessés, on doit rester au repos forcé et naturellement cela ne nous arrange pas. C’est pour ça que le mieux est de porter des protections car être protégés nous permet d’éviter de choper des maladies et mettre ainsi nos proches en danger», nous a dit ce père de famille tout en continuant de chercher des objets en plastique. L’autre danger qu’ils risquent, c’est d’être attaqué par des chiens errants «J’ai été une fois attaqué, depuis j’évite de m’y rendre tard la nuit.»

Les éboueurs en rogne

Les collecteurs de plastique sont souvent en conflit avec les éboueurs. Si le courant ne passe pas entre eux, c’est à cause de l’état dans lequel les premiers cités laissent les bennes à ordures après leur passage. Pour chercher des objets à récupérer, ils n’hésitent pas à étaler le contenu des sacs et c’est ce qui met les seconds en difficulté au moment de faire le ramassage. «Il faut voir comment on trouve les bennes lorsque nous  passons les vider. Ça nous met hors de nous car au lieu de faire notre boulot en cinq minutes, ça nous prend beaucoup plus de temps puisqu’il nettoyer les lieux. Ils collectent du plastique ou autre chose, bon courage à eux mais il ne faut pas nous punir et c’est ce qu’ils font pourtant après chacun de leur passage. Ce qu’ils font est juste inadmissible, ils doivent trouver une solution pour qu’on ne soit plus pénalisés dans notre boulot.» Nous avons fait part de ce témoignage au collecteur de plastique que nous avons croisé, ce dernier a reconnu être fautif tout comme ceux qui le font. «C’est vrai que des fois, l’opération de tri nous oblige à chercher profondément dans les sacs. Je tâcherai de faire plus attention à l’avenir, mais ce qui serait vraiment bien, c’est que les gens fassent le tri avant de sortir leur poubelle.»
En attendant qu’une solution soit trouvée qui arrangera toutes les parties, les collecteurs de bouteilles vides et les objets en plastique poursuivent leur business et continueront certainement à faire parler d’eux…

F. C.

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