Covid 19 : Le lourd tribut de l’armée blanche

0
13

/Les professionnels de la santé qui mènent une véritable bataille contre un ennemi invisible qu’est le virus du Covid-19 viennent de perdre encore un des leurs. Il s’agit d’un infirmier qui est passé de vie à trépas hier faisant ainsi grimper à 439 personnes, le bilan des pertes enregistrées parmi cette corporation depuis l’apparition de la pandémie. 

Parmi ces décès, l’on compte 74 infirmiers a indiqué hier le président du syndicat algérien des paramédicaux, Lounès Ghachi, en relevant l’écart du nombre des décès du personnel paramédical par rapport à celui des autres catégories notamment les médecins qui déplorent un grand nombre de pertes, surtout ceux exerçant dans le secteur libéral. Cependant, les questions qui  reviennent à chaque nouvelle victime sont celles-ci, les moyens de protection sont-ils disponibles ? Ya-t-il eu vaccination des personnels de la santé, tous corps confondus ? M. Ghachi, que nous avons contacté hier, a indiqué que «mis à part les personnels qui travaillent dans les services dédiés à la lutte anti-Covid, notamment dans la réanimation, les personnels des autres services ne sont pas bien protégés contre cette pandémie. Ils n’ont que leur propre blouse. Donc, ils peuvent êtres facilement contaminés».

S’agissant de la vaccination en milieu médical, il a réitéré son appel dans ce sens aux professionnels du secteur. «J’ai déjà appelé les gens à aller se faire vacciner, mais il y a toujours des réticences. Certains refusent d’être vaccinés, alors les vaccins sont disponibles en quantité. Mais, s’il est question d’obliger les personnels des hôpitaux, alors il faut le faire».

Interrogé sur l’opportunité d’une éventuelle campagne de sensibilisation, notre interlocuteur a estimé qu’il s’agit d’une tentative vaine au vu du rejet catégorique qui a été exprimé par les concernés, mais la seule option qui reste est celle de suivre les exemples en vigueur dans d’autres pays, à savoir rendre la vaccination obligatoire. «Ceci dans leur intérêt. Moi-même, je suis vacciné et j’ai même eu ma 3e dose, sans que personne ne m’y oblige», a-t-il soutenu.

A. R.

Dr Merabet : «Il faut rendre obligatoire la vaccination dans le secteur de la santé»

Le président du SNPSP, Lyès Merabet, estime que le meilleur moyen d’endiguer l’hécatombe qui frappe les professionnels de la santé est de rendre obligatoire la vaccination dans ce secteur.

Nous avons appris le décès d’un infirmier à l’hôpital de Beni Messous, le tribut que paye la corporation médicale dans cette lutte contre le Covid-19 s’alourdit encore…

Vous me donnez l’occasion de réitérer encore une fois mes condoléances à toutes les familles des professionnels de la santé qui ont perdu un être cher depuis le début de cette pandémie dans notre pays. Le chiffre qui est au niveau du Syndicat des praticiens de la santé publique est de 439 cas de décès -tous corps confondus, publics et privés- depuis le début de la pandémie. Nous les considérons comme des martyrs de ce devoir national et professionnel, on ne peut que nous incliner devant leur mémoire et j’espère qu’on n’aura pas encore à allonger cette liste qui est déjà très longue. Je ne sais pas si on est classés les premiers au monde par rapport à cette situation pandémique, quand on parle des cas de décès parmi les personnels de la santé, mais je pense qu’on fait partie des pays les plus touchés, malheureusement.

Cela nous renvoie à la question des moyens de protection, le problème persiste toujours ?

Le problème reste toujours posé. Nous avons beaucoup de difficultés pour assurer aux professionnels de la santé le minimum en matière de moyens de protection pour des raisons diverses. On ne sait même plus à quoi est due cette situation, parce que du côté du ministère de la Santé, on nous dit que les moyens sont disponibles. Malheureusement, au niveau des établissements de santé et dans plusieurs wilayas, nous rencontrons toujours cette problématique, de l’indisponibilité des moyens de protection et quand c’est disponible, c’est de manière temporaire et en quantités qui ne couvrent jamais les besoins réels de cette population des personnels de la santé. Depuis le début, cela a toujours été comme ça. Ça c’est amélioré un moment lors du début de la pandémie en 2020, on l’a senti quand même avec les quantités importées et commandées en urgence, des dons reçus de certains pays et une production qui avait été lancée, mais malheureusement jusqu’à présent, nous sommes confrontés à cette difficulté. Je pense que c’est l’une des raisons qui expliquent pourquoi il y a autant de malades parmi les personnels de la santé et pourquoi lorsqu’on est contaminés, on est sujet à des complications qui peuvent entraîner la mort.

La personne décédée n’était pas vaccinée. comment s’explique selon vous cette réticence à se faire vacciner parmi les personnels de la santé ?

Personnellement, j’ai toujours appelé à l’obligation de la vaccination pour les professionnels de la santé. Il faut le dire, selon les chiffres qui ont été communiqués par le ministre de la Santé, on est à peine 20% des professionnels de la santé qui avons été vaccinés et reçu les 2 doses de vaccins, en attendant d’avoir la 3e dose de rappel. Mais, de manière globale 20% seulement son vaccinés et ça c’est un autre problème, parce que non seulement on est exposés et confrontés directement au risque de la contamination, sans moyens de protection, mais on est aussi dans cette situation de fragilité puisqu’on n’est pas vaccinés. Ce taux concerne même les services où le personnel est hyper exposé. Ce n’est pas normal, et cela renvoie à la responsabilité de la personne concernée mais aussi à des démarches et des instructions qui doivent aller dans le sens de rendre obligatoire cette vaccination parce que c’est un élément qui pourrait protéger de manière claire et significative les professionnels. Ça a été le cas dans beaucoup de pays, notamment en Europe, aux Etats-Unis, au Canada. Et c’est des pays qui ont évolué sur beaucoup de plans, y compris sur le plan des libertés démocratiques et de l’organisation de la société civile, mais cela n’empêche qu’on est passés par cette obligation de la vaccination pour certains professionnels exposés et en premier lieu aux professionnels de la santé. Chez nous, on est en train de tourner en rond et de tergiverser, ce qui fait qu’on a perdu beaucoup de temps et beaucoup de professionnels malheureusement aussi.

A la veille d’un pic de la pandémie qui s’annonce imminent, que préconisez-vous hormis l’obligation vaccinale ?

Il n’y a pas 36.000 solutions, les mesures qui sont valables ailleurs le sont aussi chez nous. Vous remarquez, qu’en Europe, il ya une flambée de la pandémie, malgré que ces pays sont arrivés à des taux de vaccination assez appréciables, avec une moyenne de 70 à 75%, certains ont même dépassé les 90%. On revient justement à la mesure barrière, au protocole sanitaire et le réaménagement du temps de la population qu’on appelle le couvre-feu sanitaire, selon la situation. Parce qu’elle peut évoluer de manière grave dans une région du pays. Je donne l’exemple de ce qui se passe chez nous, où une vingtaine de wilayas ne sont pas vraiment concernées par la pandémie, notamment au sud. Donc, on ne peut pas envisager les mêmes mesures partout. Il y a des mesures qui doivent être élargies à tout le pays, comme le contrôle sanitaire où le pass sanitaire imposé de part et d’autre des frontières, la vaccination, les mesures barrières, selon l’évolution sanitaire d’une région où d’un endroit à un autre. Il y a des mesures qui peuvent être mises en place ici et ailleurs. Tout cela, il faut l’accompagner de campagnes de sensibilisation et d’éducation sanitaire, je pense que même à ce niveau, on a baissé les bras. L’impression qui se dégage est qu’on n’est pas en danger. À coté, il y a bien sûr la prise en charge des malades : les dépistages et les  enquêtes épidémiologiques pour identifier rapidement les foyers, les circonscrire. Donc, ce sont là les démarches à travers lesquelles on pourra réagir à chaque fois qu’il y a une flambée de la pandémie.

A. R.