Dr Merabet : «Seul le pass vaccinal peut nous sauver»

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/Dr Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique revient sur les dernières mesures annoncées par le gouvernement dans la lutte anti-Covid.

Le gouvernement vient d’élargir le pass sanitaire. Pensez-vous que cette nouvelle mesure va booster la vaccination ?

Bien que cela intervienne tardivement, l’instauration du pass sanitaire dans les lieux de rassemblement est une excellente chose et le seul et unique moyen d’atteindre les objectifs visés par la campagne de vaccination. La campagne vaccinale a commencé aux alentours du mois de mars et ce n’est qu’a la fin du mois de décembre, soit huit mois après que le gouvernement a eu le courage d’aller vers la pass sanitaire. L’Algérie affiche un taux vaccinal très bas qui avoisine les 20% selon ma constatation car je pense que le chiffre avancé de 27% est exagéré, la vaccination est pratiquement à l’arrêt dans de nombreuses wilayas. Tous les pays ayant atteint un taux de vaccination satisfaisant ont commencé par instaurer le pass sanitaire ou pass vaccinal. Nous avons beaucoup trop attendu pour prendre les bonnes décisions car il est bien clair que nous n’étions pas sur la bonne voie.

Avec le lancement de la campagne de dose de rappel, les experts ont décidé de réduire la durée d’attente entre les 2e et 3e doses à 4 mois, qu’en pensez-vous ?

Les avis divergent beaucoup sur la question de la 3e dose ou la dose de rappel. En effet, beaucoup de voix  s’élèvent contre le fait de voir des pays riches bénéficier de 3e et même de 4e alors que les campagnes vaccinales n’ont même pas encore commencé dans certains pays africains par manque de moyens. Des appels d’ailleurs ont été lancés pour que ces doses en plus soient données aux pays pauvres notamment via la plateforme Covax qui milite pour une vaccination équitable. Je voulais juste souligner ce point pour que les gens comprennent qu’ils sont plus ou moins privilégiés quant à la disponibilité du vaccin anti Covid en Algérie. Pour ce qui est de la révision de la durée d’attente entre la 2e et la 3e dose qui passe de 6 à 4 mois, je trouve parfaitement regrettable l’attitude de nos responsables qui prennent des décisions hâtivement sans avoir préparé le terrain pour. Je vous cite l’exemple de cette décision car, moi-même en tant que praticien, j’ai reçu des patients venus pour l’administration de l’éventuelle 3e dose alors qu’ils n’ont même pas complété les 6 moins recommandés depuis leurs 2e dose et cela à cause de la déclaration du ministre de la Santé qui a affirmé que la durée d’attente a été réduite à 4 mois. Cependant, l’accès à la plateforme est impossible car cette nouvelle donne n’a pas été introduite. Nous sommes des professionnels de la santé et nous travaillons sur la base de circulaires et décisions et non pas de déclarations. De nombreuses études ont conclu que l’immunité persiste à une moyenne de 6 mois, ces révisions qui ne sont pas accompagnées sur terrain ne servent qu’à semer le doute chez les gens et aussi chez les professionnels de la santé. Je pense que la communication doit rester claire.

Allons-nous vers l’obligation vaccinale ?

Comme déjà expliqué auparavant, les pays ayant atteint un taux de vaccination élevée sont les pays qui n’ont pas eu peur d’imposer le pass sanitaire ou vaccinal. Trouvez-vous normal que le taux de vaccination chez le personnel de la santé publique ne dépasse pas les 20% ? Cela est ahurissant ! Le gouvernement doit vraiment agir sur ce point et aller vers l’obligation du vaccin dans certains secteurs clés qui sont en contact direct avec la population à l’instar de l’éducation, l’enseignement supérieur, les transports, la poste, les entreprises comme Sonatrach sans oublier le secteur de la santé. La campagne de vaccination en direction des personnels de l’éducation a été un véritable fiasco. Nous nous sommes retrouvés, nous en tant que personnels de la santé, en train de supplier les travailleurs de l’éducation pour se faire vacciner. Cela a été une véritable perte de temps et d’énergie pour un personnel qui est épuisé et sollicité sur tous les fronts. La raison de cet échec est simplement due au fait que cette décision a été prise à la hâte sans consulter les professionnels de la santé au préalable. A mon avis, le pass vaccinal doit être imposé dans certains secteurs de façon graduelle».

Le comité scientifique a décidé de changer de méthode pour aller vers une sensibilisation pédagogique, votre avis ?

Face à la conjoncture actuelle, j’estime que cette nouvelle approche n’a plus de raison d’être et que seul le pass sanitaire ou vaccinal nous fera sortir d’affaire. S’il y a un effort à faire, c’est au niveau de la communication. Il faut bombarder les citoyens d’informations et être présents sur les réseaux sociaux qui nous ont démontré toute leur puissance lors de cette pandémie. Il ne faut pas hésiter à aller au plus près du citoyen et expliquer l’importance du pass sanitaire et lui faire prendre connaissance de sa responsabilité envers la société car il faut que le citoyen comprenne qu’il a le devoir de préserver la sécurité sanitaire de son pays.

Avec la propagation du virus en milieu scolaire, la question de la vaccination des enfants fait beaucoup parler, êtes-vous pour ?

Personnellement, je pense que parler de la vaccination des enfants est un sujet précoce car nous sommes loin du compte. Je fais partie des personnes qui pensent que la priorité est à la vaccination des adultes, ce n’est qu’en réalisant un taux de vaccination respectable que l’on passera aux enfants surtout que les cas de complications chez les enfants sont minimes. Quant à son obligation ou pas, je crois que si le gouvernement décide d’aller vers la vaccination des enfants, il ne doit pas refaire la même erreur que chez les adultes, c’est-à-dire, laisser la vaccination au choix. Si l’Etat vient à décider de faire vacciner les enfants, cela sera pour tous les enfants car laisser le choix aux parents n’a pas de sens et nous conduira à la même situation, celle que nous connaissons aujourd’hui avec les personnes adultes qui refusent de se faire vacciner.

W. S.