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Le Monde

Embargo sur le pétrole russe : La proposition de l’UE ne fait pas l’unanimité

/L’Union européenne va intensifier sa pression sur Moscou avec une interdiction progressive des importations de pétrole et de nouvelles sanctions afin de « faire payer le prix fort » au président russe Vladimir Poutine pour sa guerre contre l’Ukraine, a annoncé hier la présidente de la Commission européenne.

Le chef de l’Eglise orthodoxe russe, le patriarche Kirill, soutien affiché de cette guerre, figure au nombre des nouvelles personnalités ajoutées sur la liste noire de l’UE avec la famille du porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, et de nombreux militaires soupçonnés de crimes de guerre à Boutcha. « Nous adressons ainsi un autre signal fort à tous ceux qui mènent la guerre du Kremlin : nous savons qui vous êtes, et vous devrez rendre compte de vos actes », a lancé Ursula von der Leyen lors de la présentation des grandes lignes de ce 6e train de sanctions aux députés européens à Strasbourg. La proposition a été transmise dans la nuit de mardi à mercredi aux Etats membres appelés à la valider. Elle doit être approuvée à l’unanimité. Des noms peuvent être retirés et des propositions atténuées. L’objectif est une entrée en vigueur pour la célébration de la 72e journée de l’Europe le 9 mai. Cette date est également célébrée en Russie comme le « jour de la Victoire » sur l’Allemagne nazie. La Commission préconise « une interdiction de tout le pétrole russe, brut et raffiné, transporté par mer et par oléoduc », a expliqué Mme von der Leyen. Les sanctions frappent également le secteur financier avec l’exclusion de la plus importante banque russe, la Sberkank, qui représente 37% du marché, et de deux autres établissements du système financier international Swift.

L’Allemagne s’attend à des «perturbations»

« Ce ne sera pas facile », a reconnu la présidente de l’exécutif européen. Mais « Poutine doit payer le prix fort pour sa brutale agression », a-t-elle affirmé sous les applaudissements. « Le désir de sanctionner des Américains, des Européens et d’autres pays est une arme à double tranchant. En essayant de nous faire mal, ils devront aussi payer le prix fort. Ils le payent déjà. Et le coût des sanctions pour les citoyens de l’Europe va croître de jour en jour », a averti Dmitri Peskov. « Nous ne pouvons pas garantir dans cette situation qu’il n’y aura pas de perturbations » dans les approvisionnements en pétrole en Allemagne, a reconnu le ministre allemand de l’Energie Robert Habeck. L’UE a déjà décidé de cesser ses achats de charbon et trouvé d’autres fournisseurs aux Etats-Unis pour un tiers de ses achats de gaz russe. L’arrêt des importations de pétrole sera « progressif et ordonné, de manière à mettre en place d’autres voies d’approvisionnement et réduire au minimum l’impact (de cette décision) sur les marchés mondiaux », a affirmé Mme von der Leyen. « L’UE devrait renoncer aux livraisons de brut dans les six mois et de produits raffinés d’ici la fin de l’année », a-t-elle précisé. Plusieurs pays sont « fortement dépendants », a-t-elle reconnu. Une dérogation est proposée pour permettre à la Hongrie et à la Slovaquie de poursuivre leurs achats à la Russie jusqu’à fin 2023, car ces deux pays sont enclavés et totalement dépendants des livraisons par l’oléoduc Droujba faute de connexions avec le reste de l’UE, ont précisé deux responsables européens.

La Hongrie rejette la proposition  « dans sa forme actuelle »

Mais cette dérogation n’a pas suffi pour convaincre la Hongrie. Ce pays a rejeté hier la proposition « dans sa forme actuelle », jugeant qu’une telle mesure « détruirait complètement la sécurité énergétique » de la Hongrie. Le projet bruxellois « ne peut pas être soutenu dans sa forme actuelle. En toute responsabilité, nous ne pouvons pas voter pour », a déclaré le ministre des Affaires étrangères Peter Szijjarto, dans un message vidéo diffusé sur sa page Facebook. La dérogation pour un délai d’un an ne suffit pas, a insisté M. Szijjarto. « La livraison de pétrole russe, « nécessaire pour faire fonctionner » la Hongrie, « serait interdit à partir de la fin de l’année prochaine », a précisé le ministre.  Impossible selon lui : « ce n’est pas une question de manque de volonté politique ou de calendrier, mais simplement la réalité physique, géographique et d’infrastructures ». « Chaque nouveau paquet de sanctions contre la Russie est plus difficile à adopter car il impose des choix politiques à chaque Etat membre. L’unanimité est nécessaire et rien n’est garanti pour son adoption », a souligné un des responsables européens. Les Européens se sont engagés en mars à se défaire « progressivement » et « dès que possible » de leur dépendance au gaz, au pétrole et au charbon russes. En 2021, la Russie a fourni 30% du brut et 15% des produits pétroliers achetés par l’UE. Elle fournit annuellement 150 milliards de m3 de gaz. « Diversifier les sources, les approvisionnements et les bouquets énergétiques prend du temps et nécessite des infrastructures », souligne Eric Maurice, directeur de la Fondation Schuman à Bruxelles. Mais les achats européens financent l’effort de guerre de la Russie, a rappelé mardi le président du conseil italien Mario Draghi. Depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, les importations européennes de gaz, pétrole et charbon ont rapporté 44 milliards d’euros au Kremlin, indique une étude du Crea, centre de réflexion basé en Finlande. Les quatre principaux acheteurs sont l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas et la France.

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