En officialisant ses accords militaires avec Israël : Le Maroc fait son coming out

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/Israël devrait largement remercier le Maroc pour sa victoire contre les ennemis». Cette déclaration n’a pas été faite hier à l’occasion de la visite du ministre de la Défense israélien à Rabat, mais elle fait référence à la Guerre des six jours qui a eu lieu en 1967.   

Toujours selon les révélations d’un ancien chef des renseignements militaires israéliens rapportées par une publication de l’entité sioniste Times of Israël, Hassan II, le père de M6, avait permis à une équipe commune des renseignements intérieurs et extérieurs israéliens, le Shin Bet et le Mossad, connue sous le nom des «Oiseaux», à occuper un étage entier du luxueux hôtel de Casablanca où se déroulait la conférence des dirigeants des pays arabes. Les «Oiseaux» avaient réussi à plomber les lieux en enregistrant l’ensemble des débats.  

Hassan II a fait pire

C’est dire qu’en termes de collaboration, le père de l’actuel souverain marocain avait placé la barre très haut et le chemin emprunté  par Mohamed VI s’inscrit en droite ligne de la politique tracée par ses aïeuls. Cette fois-ci, Israël et le Maroc ont décidé de franchir le pas et d’officialiser une relation de coopération militaire qui remonte à près d’un demi-siècle.  Au lendemain de la signature des accords d’Abraham, Chuck Freilich, ancien conseiller adjoint à la sécurité nationale d’Israël, a quasiment vendu la mèche en précisant que «l’entente avec le Maroc ouvre une nouvelle ère, mais elle ne change pas substantiellement une coopération sécuritaire qui existait déjà dans les faits». Hier, le ministre israélien de la Défense, l’ancien général Benny Gantz, a signé à Rabat un protocole d’accord de coopération en matière de sécurité qui ouvre la porte aux ventes d’armes et couronne la normalisation des relations diplomatiques que les deux pays ont entamée il y a environ un an sous le patronage des États-Unis. Précisant les termes du partenariat (le premier du genre avec un pays arabe), «cet accord sur le renseignement, l’industrie de défense et la formation militaire va nous permettre de travailler sur des projets communs», a déclaré Gantz à l’issue de la cérémonie de signature avec son homologue marocain, Abdelatif Loudiyi.

Maroc : isolement régional

Depuis que l’ancien président américain, Donald Trump, a concocté un deal visant à reconnaitre la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, Rabat était prête à tout accepter dans le pack américain, y compris assumer une normalisation de ses relations avec Israël. Les répercussions de cet accord sont multiples. Sur le plan interne, le Makhzen fait face à une contestation interne grandissante. La population, mis à part la facture grandissante de l’armement israélien, n’arrive pas à quantifier l’apport dudit accord. Sur le plan régional, le Maroc a changé d’attitude. Avec l’Algérie, il n’a cessé de multiplier les provocations, entrainant une réaction ferme et sans appel d’Alger avec comme conséquences une perte économique désastreuse pour le royaume. Avec l’Espagne et une partie des pays européens, la situation n’est guère reluisante. Dès le jour où Trump a apporté son soutien au Maroc, les autorités marocaines ont suspendu le sommet bilatéral avec l’Espagne qui devait se tenir sept jours plus tard à Rabat. Le Maroc a commencé à exiger que l’Union européenne et surtout l’Espagne sortent de «leur zone de confort» concernant le conflit du Sahara Occidental. Se prenant au jeu, le monarque Mohamed VI a lui-même appelé ses partenaires dans un discours prononcé le 6 novembre à afficher «des positions plus audacieuses et plus claires» sur le conflit sahraoui. Même si le Maroc bénéficie de l’assentiment de Washington, sa situation géostratégique n’est guère enviable. Totalement coupé de l’Algérie, en froid avec l’Espagne et en pleine bataille juridique avec l’Union Européenne, le Royaume marocain s’enlise dans une relation aux lendemains incertains.

C. S.

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