Exportations hors hydrocarbures : Ali Bey Nasri : «Nous sommes au début du processus»

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Exportations: Faid et Zitouni présideront un atelier

Le gouvernement s’attelle à réunir les conditions idoines pour booster davantage les exportations hors hydrocarbures (EHH).

Les récentes mesures prises dans ce cadre par l’exécutif plaident pour la concrétisation d’une telle perspective. Il n’est point un hasard d’ailleurs si les plus hautes autorités du pays, à leur tête le président de la République, ont fixé une valeur de 13 milliards de dollars d’EHH pour la fin de l’exercice 2023. Les pouvoirs publics ont décidé de prendre les choses en main en mettant en place tous les dispositifs à même de faciliter au mieux l’acte d’exporter. L’installation de banques algériennes, de bureaux de change, de showrooms, de salons, de comptoirs de produits algériens à l’étranger, notamment en Afrique, revendication traditionnelle de longues années durant des organisations patronales et autres opérateurs économiques, dénotent clairement de la volonté politique de renforcer les exportations en dehors du pétrole et du gaz. L’on peut citer à ce propos l’Algerian Union Bank (AUB), première banque algérienne ouverte à l’étranger, inaugurée la fin septembre dernier dans la capitale mauritanienne Nouakchott.

Une deuxième banque algérienne, Algerian Bank of Senegal, ainsi qu’un salon permanent des produits algériens ont été ouverts également à Dakar, capitale du Sénégal. Tous ces espaces devraient constituer une plateforme idéale pour exposer les produits et les services algériens et renforcer le commerce intérieur et extérieur, surtout avec l’entrée en vigueur de la vaste zone de libre-échange africaine (Zlecaf). Et pour une meilleure maîtrise des opérations du commerce extérieur, Abdelmadjid Tebboune a même instruit le gouvernement afin que les transports terrestre, aérien et maritime soient développés encore plus.

La dernière action en date est l’inauguration récente de la ligne aérienne Alger-Douala (Cameroun) qui contribuera de manière concrète dans l’augmentation du volume des échanges algéro-camerounais. Toute cette panoplie de décisions se veut en fait une annonce d’un « véritable décollage des EHH en Algérie », estime Ali Bey Nasri, consultant et formateur dans l’export.

Décollage…

Encore faut-il, nuance-t-il, que la réglementation des changes soit assouplie davantage. Ce qui permettra aux entreprises algériennes, explique cet expert, de développer leur réseau commercial au sein de ces pays africains. Car, argue-t-il, « avec un réseau de distribution, des moyens matériels et financiers ainsi que leurs compétences dans leur créneau d’activité, ces opérateurs sont en mesure de contourner les lobbies de l’import ».

A la faveur de la mise en place de leurs showrooms, ils peuvent, par voie de conséquence, capter les micro-achats, modèle de commerce pratiqué au sein de ces pays, et s’adresser directement aux consommateurs. La révision de la réglementation des changes facilitera aussi la prise en charge par les entreprises exportatrices de la garantie des pièces de rechange défectueuses qu’elles doivent assurer dans le service après-vente.

« Nous sommes encore au début du processus », reconnaît Ali Bey Nasri. Ces diverses installations confirmeront néanmoins, relève-t-il, la présence physique de notre pays sur le continent et garantiront un maillage de l’offre algérienne auprès des consommateurs africains. Cela étant, même si le montant des 13 milliards de dollars d’EHH escompté n’est pas acquis pour l’année en cours, il en demeure pas moins qu’il avoisinerait les 10 milliards de dollars, selon les prévisions de l’ancien président de l’association nationale des exportateurs algériens (Anexal).

Une valeur importante, soit dit au passage, étant donné les décennies de disette qu’a vécu, dans ce domaine, l’Algérie. En effet, si ce chiffre est atteint, il serait multiplié par 5 en comparaison à l’année 2020 où la valeur était de l’ordre de 2,2 milliards de dollars uniquement. Parmi les produits qui ont émergé et ayant concouru à la concrétisation d’un tel volume, l’on doit évoquer ceux issus du secteur de la sidérurgie, le rond à béton, le ciment pour lesquels l’Algérie consacrait, il y a à peine 5 années une enveloppe de plus
de 5 milliards de dollars afin de les importer.

Ce n’est plus le cas de nos jours, d’autant plus que les investissements réalisés dans ce secteur ont fait basculer l’Algérie d’un pays importateur net à un vrai exportateur. Mieux, les exportations de produits sidérurgiques ont apporté à l’Algérie plus d’un milliard de dollars en 2022. Les exportations de ciment ont été évaluées à 500 millions de dollars durant l’exercice précédent.

Ce créneau peut mieux faire puisqu’il enregistre un excédent de 17 millions de tonnes, mais faute de capacités de chargement jugées insuffisantes, ce surplus n’a pas été exporté. D’où la nécessité d’installer des moyens de chargement plus rapides des navires. « Dans nos ports, les navires attendent trois jours pour être chargés, alors que la moyenne ne dépasse pas une journée seulement », déplore Ali Bey Nasri. Une problématique qui devrait être
résolue rapidement, au grand bonheur des exportateurs.

B. K.