Face à la crise mondiale du gaz : «L’Algérie peut devenir le Qatar»

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/Comment les pays producteurs de gaz pourraient endiguer la crise énergétique actuelle ? Le gaz russe peut-il être remplacé dans le cas d’une crise majeur ? Quel rôle pour l’Algérie dans l’échiquier mondial du gaz ? Comment notre pays peut profiter de cette crise pour devenir un acteur majeur ? Le label vert attribué par l’UE aux centrales à gaz est-il une aubaine pour l’Algérie ? Autant de questions d’actualité auxquelles a répondu M. Ali Hached, ancien vice-président de la Sonatrach en apportant son regard d’expert.

Au sujet du rôle que pourrait jouer notre pays à très court terme, l’invité de la rédaction de la Chaîne 3 a estimé que «la marge de manœuvre de l’Algérie est limitée, mais les quantités supplémentaires dont elle pourrait disposer lui permettent de rester un acteur majeur sur le marché du gaz international.» Néanmoins, les perspectives d’évolution sont présentes. «Si nous prenons à bras le corps le développement des réserves du pays, l’Algérie pourrait avoir un grand rôle à jouer à long terme», affirmera M. Hached qui annonce que «nous avons des réserves considérables qui peuvent être exploitées rapidement pour peu que des investisseurs interviennent dans nos gisements». Ce dernier quantifiera les quantités supplémentaires en gaz que pourrait engranger la Sonatrach. «Rapidement, cela pourrait être une source d’approvisionnement extraordinaire qui en quelques années pourrait atteindre 10 milliards de m3 supplémentaires». Il insistera pour que les dirigeants de la compagnie enclenchent très rapidement une dynamique d’investissements qui pourrait déboucher sur une trajectoire de développement de nos réserves avec comme objectif à moyen terme de «redevenir un producteur de gaz majeur sur le marché mondial et plus particulièrement pour l’Europe qui en fait le marché naturel de notre pays», estimera Ali Hached. L’ancien dirigeant de la Sonatrach fixera comme premier objectif les niveaux d’exportation des années 2000 «qu’on pourrait facilement atteindre», dira-t-il. Sur cette période, l’Algérie exportait près de 65 milliards de m3, contre un peu plus que 50 milliards actuellement.

Le label vert de l’UE change la donne

Après que l’Union européenne eut délivré le label d’énergie verte au gaz naturel, les producteurs de gaz dans le monde se verront assurer un marché à long terme sur plusieurs dizaines d’années. «Nous pouvons aller bien au delà des plafonds de production que nous avons connus précédemment si le besoin se fait ressentir», lancera M. Hached qui pousse un veritable coup de gueule sur le retard pris pour l’exploitation des énergies non conventionnelles par notre pays. Pour lui, une des priorités du secteur est de «démarrer le programme de développement des réserves non conventionnelles.» En prenant comme exemple le site d’In Salah où, selon lui, le programme devait débuter en 2014, il dira que le pays a perdu huit ans alors qu’on estime à 10milliards de m3 par an les capacités de production additionnelle. «Imaginez qu’au prix de 25 dollars le btu actuel, nous aurions pu rajouter près de 10 milliards de recettes additionnelles pour l’Algérie. C’est énorme !!!» lancera-t-il à l’adresse de la journaliste de la Chaîne 3. Pour l’invité de la rédaction, le recours au gaz de schiste ne devrait souffrir d’aucune hésitation. «De toute façon, l’ensemble de l’Europe est alimenté par des gaz non conventionnelles à travers les livraisons américaines. Nous pourrions amortir rapidement les investissements et ensuite avec la confiance des investisseurs, on pourra accélérer le programme de production. On peut devenir le Qatar… Ça, les gens ne se l’imaginent pas», dira-t-il en guise de conclusion sur cette question.

Crise russe et sécurité énergétique européenne

La crise russo-ukrainienne et la possible rupture d’approvisionnement qui pourrait affecter l’Europe a été également au centre de l’intervention de M. Hached. Pour lui, «des événements pourraient aboutir à une rupture du flux gazier russe vers l’Europe estimé à 20 milliards de m3/an. La conséquence directe de cette crise affectera les prix du gaz. Ce qui n’est pas une bonne chose car cela engendrera  la destruction de la demande», expliquera l’interlocuteur de la radio algérienne, qui rajoutera que «si la demande s’effondre, ce sont autant de perspectives qui pourraient s’envoler et remettre en cause  l’utilisation du gaz comme source d’énergie.» Pour lui, le défi majeur de la réunion de Doha est de savoir  comment les gros exportateurs de gaz devrait assurer l’ensemble de l’offre mondiale et éviter à tout prix qu’un certain nombre de clients ne puisse pas être livré. 

Concernant la Russie, celle-ci approvisionne l’Europe en gaz à hauteur de 32% de ses besoins en gaz mais son implication en Allemagne se situe aux alentours de 55%, soit environs 50 milliards de m3 de gaz. «Dans le cas d’une rupture de livraison, les solutions de redéploiement pour ce pays ne sont pas nombreuses. L’Allemagne ne disposant pas de terminal de GNL, aura la possibilité de se fournir auprès de la Norvège et dans une moindre mesure la Hollande mais il est clair qu’à court terme, ce pays connaitra des moments très difficiles», estimera M. Hached qui se montrera extrêmement rassurant quant à l’avenir du gaz en Europe avec ou sans la crise russe. A ce propos, il lancera l’idée de transformer le gisement de Hassi Rmel en véritable réservoir en gaz pour l’Europe. «Le gisement de Hassi Rmel est un réservoir qui est en train de décliner. Ce réservoir géant  pourrait être utilisé dans sept à huit ans pour stocker le gaz qu’on aurait extrait d’autres gisements plus au sud. Nous pourrions constituer un stock stratégique pour le marché européen qui jouera le rôle de véritable banque du gaz pour le vieux continent», dira-t-il à ce propos.

C. S.