Faiblesses des rendements agricoles : Les experts pointent le morcellement des terres

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La présente année agricole s’annonce assez compliquée avec la sécheresse qui a marqué les mois de mars et avril, et les pluies tardives qui s’abattent sur le pays depuis début mai. Du coup, les objectifs de productivité et de rendement semblent plutôt difficiles à atteindre.

PAR BRAHIM AZIEZ

Ces points n’ont eu de cesse de faire l’objet de critiques émanant du premier magistrat du pays qui admet mal qu’un pays de l’envergure de l’Algérie importe sa nourriture, quand bien même les importations seraient réduites à moins de 28% des besoins nationaux.

Diverses mesures ont été prises pour y remédier, dont la formation des agriculteurs aux nouvelles techniques de travail de la terre et au respect des parcours techniques, l’irrigation intelligente, l’octroi de divers avantages matériels et fiscaux…

Mais voilà, des experts ne cessent de répéter que la productivité dépend pour beaucoup de la taille de l’exploitation, ou plutôt de la superficie exploitée. En termes plus clairs : plus la parcelle est grande, plus les rendements sont élevés.

Hambli plaide pour la création d’un marché du foncier

Ce point est revenu sur le devant de la scène hier, à travers le président de la chambre nationale de l’agriculture (CNA) qui intervenait sur les ondes de la Chaîne 3.

« Un des principaux problèmes de la productivité est la taille des concessions agricoles. »
Le constat dressé par Yazid Hambli n’est pas nouveau. Ce dernier a pointé du doigt le
morcellement des terres arables.

Il indiquera que « 80% des exploitations agricoles font moins de 8 ha ». Pour lui, « il est
indispensable de préserver les terres arables en créant un marché du foncier ». Il ajoutait : « Pourquoi ne pas créer une banque du foncier agricole comme cela a été fait pour l’habitat. »

Il étayera sa proposition par la nécessité de permettre aux agriculteurs qui n’en ont pas les moyens d’agrandir leurs exploitations agricoles de manière à permettre le remembrement des concessions pour espérer voir leur productivité augmenter.

« La terre doit être considérée comme un outil de production. Indépendamment du fait qu’elle soit publique ou privée », soulignera-t-il en précisant que l’augmentation de la taille des exploitations attirera l’industrie de la transformation.

Les précisions du Pr Bessaoud

Cette affirmation a déjà été mise en avant, en mars 2022, par le professeur Omar Bessaoud, enseignant à l’institut agronomique méditerranéen de Montpellier (IAMM), qui présentait une étude intitulée « De la sécurité à la souveraineté alimentaire ».

Le conférencier rappelait alors que le pays dispose d’une surface agricole utile (SAU) de 8,5 millions d’hectares, mais que 250.000 ha de terres fertiles avaient été rongées par le béton dans le nord, et que la plus grande partie de cette SAU se trouve dans des zones arides et semi-arides.

Selon lui, il n’est pas question de surfaces globales dédiées à l’agriculture, mais de rendements. Il précisait à ce propos que les dimensions des exploitations agricoles
avaient diminué, pour voir leur nombre augmenter. « La moyenne des superficies
des exploitations agricoles est de 6,8 ha, alors qu’elle est de 64 ha dans les pays qui
disposent d’une agriculture avancée dans la rive sud de la Méditerranée », révélait Pr Bessaoud pour expliquer la baisse des rendements.

Pr Daoudi : «Il est temps d’avoir une vraie vision sur le foncier agricole»

Son point de vue avait été conforté par l’intervention de Pr Ali Daoudi, de l’école nationale supérieure d’agronomie (ENSA) qui avait abordé un chapitre influent sur l’évolution du secteur de l’agriculture : « Le foncier agricole au centre des enjeux alimentaires en Algérie ».

Un des points culminants de son intervention avait porté sur le démembrement des terres privées à travers le morcellement (héritages, ventes…) qui affecte la productivité à travers la baisse des rendements.

A ce propos, l’enseignant-chercheur à l’ENSA avait noté que l’augmentation des exploitations agricoles a conduit à la baisse des dimensions de ces exploitations.

Mais pour lui, il est indispensable de revoir les lois sur le foncier agricole du domaine public. « Il est temps d’avoir une vraie vision sur le foncier agricole », disait-il en conclusion.

Mais il faut souligner que, sans trop faire de vagues sur le sujet, le gouvernement
entreprend des actions pour y remédier. En mars dernier, le ministre de l’agriculture
avait annoncé que son département ministériel avait entamé le processus de numérisation du secteur à travers plusieurs opérations sur le terrain, dont le recensement des
terres agricoles en utilisant les satellites et les drones, soulignant que cela a permis
également de recenser les espaces réservés aux filières stratégiques et aux produits de
large consommation.

Abdelhafid Henni avait indiqué que son département œuvrera cette année pour la mise en place d’un plan d’action en vue de l’organisation de l’exploitation du foncier agricole en général, et du foncier agricole relevant des domaines de l’Etat en particulier, en sus des terres agricoles non exploitées, et ce, dans le cadre de la mise en œuvre des instructions du président de la République.

On se rappelle aussi de la réaction du président de la République lors de la rencontre gouvernement-walis tenue le 24 septembre 2022 à Alger, et au cours de laquelle il était revenu sur le secteur de l’agriculture qui ne semblait pas en mesure d’atteindre les objectifs qui lui ont été assignés.

Décision avait été prise alors pour dégager de grandes surfaces agricoles au sud du pays pour encourager les investisseurs à s’y intéresser et favoriser l’agriculture saharienne.

B. A.