France : après la présidentielle, vers des législatives « cruciales »

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Les élections législatives françaises seront « cruciales » cette année, selon des analystes, car ni Emmanuel Macron ni Marine Le Pen ne sont en bonne position pour remporter une majorité parlementaire et avoir les mains libres pour mener leur politique. « Ces législatives sont cruciales », souligne Emeric Bréhier, directeur de l’Observatoire de la vie politique française de la Fondation Jean Jaurès, après le premier tour de l’élection présidentielle qui a vu le président sortant centriste et la candidate d’extrême droite se qualifier pour le second tour. Emmanuel Macron a fait irruption il y a 5 ans dans l’arène politique et son parti, même s’il a conquis la majorité à l’Assemblée nationale en 2017 en surfant sur la nouveauté, n’est pas bien implanté sur tout le territoire. De son côté, la formation de Marine Le Pen, marginalisée depuis des années malgré son nombre croissant d’électeurs, n’a que très peu de députés en raison du système de vote. Les deux finalistes de la présidentielle n’ont donc pas derrière eux une « machine de guerre » pour conquérir l’Assemblée et avoir les mains libres politiquement. L’élection des députés pour un mandat de cinq ans se fait au scrutin uninominal majoritaire à deux tours. Il n’y a aucune part de proportionnelle dans ces élections couperet.

Elargir le spectre d’alliances

Elles sont prévues les 12 et 19 juin pour élire les 577 députés, qui ont le dernier mot sur les sénateurs dans l’approbation des lois en cas de désaccord. « Il faudra que le président ou la présidente obtienne une majorité… ; ces élections (…) peuvent préfigurer ce que sera une restructuration de la vie politique française dans les années à venir », ajoute M. Bréhier.  Si Emmanuel Macron va probablement compter au second tour de la présidentielle le 24 avril sur un report de voix de barrage à l’extrême droite, ces votes ne seront pas disponibles aux législatives. « Il faudra voir si Macron est en volonté et en capacité d’élargir son spectre d’alliances et y compris dans les investitures aux législatives », relève M. Bréhier.  Dans son discours dimanche soir après sa qualification, le président sortant a lancé un appel aux électeurs de gauche notamment. « Je suis prêt à inventer quelque chose de nouveau pour rassembler les convictions et les sensibilités diverses afin de bâtir avec eux une action commune ». Lundi, le numéro deux du parti de gauche radicale LFI Adrien Quatennens a répondu vouloir « imposer une cohabitation » à M. Macron lors des législatives. De nombreux élus socialistes – dont la candidate Anne Hidalgo qui a été sèchement éliminée mais qui compte 25 députés et un solide appareil politique, certes déclinant – ont appelé à une « union des forces de gauche » aux législatives. Sylvie Ollitrault, directrice de recherches au CNRS en sciences politiques, estime que ces législatives « sont à risque, même pour Macron, parce qu’il va falloir gouverner. Il faut avoir un soutien, une chambre ». Et en cas de victoire de Marine Le Pen, ces législatives, qui « jusqu’à présent ont un statut mineur dans le paysage politique français (…) redeviendront vraiment un juge de paix », dit à Luc Rouban, directeur de recherches au CNRS et au Centre de recherches politiques de Sciences Po.

« Il y aura vraiment une concurrence de légitimité politique. L’aspect décisif de l’élection présidentielle serait remis en cause », poursuit-il.

« Grande inconnue »

Si Le Pen est élue au second tour, « c’est la grande inconnue parce qu’elle a peu d’implantation territoriale », relève M. Rouban. « Le vrai problème c’est comment s’entendre avec la droite libérale représentée par d’un côté (la candidate des Républicains Valérie) Pécresse (droite) et de l’autre côté (le candidat d’extrême droite Eric) Zemmour ». Si Mme Le Pen ne parvient pas à former sa majorité, « ce sera très instable… », analyse-t-il. « Il faudra voir si il y a une coalition possible (…) elle aurait une majorité très faible avec une petite partie des Républicains ».  Le premier tour de la présidentielle a été marqué par une désagrégation spectaculaire des deux partis historiques français, qui ont réalisé le pire score de leur histoire : moins de 5% pour Valérie Pécresse et moins de 2% pour Mme Hidalgo. Les partis traditionnels, « de gouvernement », de gauche et de droite sont laminés. Les Républicains, qui sont en « perte de vitesse très forte », « vont essayer de sauver leurs circonscriptions », relève M. Rouban. De nouveaux enjeux vont émerger lors des législatives liés à l’effondrement de ces partis.  Ainsi pour Emeric Bréhier, « le véritable enjeu » est la « probable restructuration politique qui suivra ». Ces législatives « vont être un grand moment de négociation, de renégociation et puis peut-être de recomposition partisane ; c’est un grand de moment de turbulences en terme de structures partisanes », estime Sylvie Ollitrault.