Géopolitique des ressources minières : L’Algérie se positionne

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Géopolitique des ressources minières : L'Algérie se positionne

PAR ABDELLAH B.

Le monde traverse une situation particulière, marquée par une raréfaction des minéraux qui commence sérieusement à faire se sentir, notamment avec la révolution technologique et la course vers la transition énergétique qui exigent un approvisionnement régulier et en plus grandes quantités de produits minéraux. Outre la dimension socioéconomique du secteur des mines, c’est la géopolitique des ressources minières qui exige « l’accélération » de la valorisation de ressources naturelles du pays.

La problématique s’est invitée hier à l’université de Béjaïa qui a abrité les travaux de la conférence nationale sur « la raréfaction des ressources minières et positionnement de l’Algérie : rôle du gisement de zinc et de plomb de Tala Hamza dans la wilaya de Béjaïa ».

Un évènement qui a rassemblé des chercheurs, académiciens et autorités locales avec la présence du ministre de l’énergie et des mines, Mohamed Arkab, le ministre de l’industrie et de la production pharmaceutique, Ali Aoun, et la ministre de l’environnement, Faïza Dahleb. L’objectif est donc de cerner la problématique de l’exploitation minière dans le pays, avec une prise en considération de la nécessaire intégration de la chaîne de valeur tout en préservant l’environnement.

Intervenant lors de cette rencontre, Arkab a mis en valeur l’importance de ce projet qui devrait jouer un rôle crucial dans le positionnement de l’Algérie sur le marché international du zinc en particulier. Selon ce dernier, le gisement d’Oued Amizour figure parmi les plus importants sur la scène internationale, ce pourquoi les pouvoirs publics redoublent d’effort pour l’accélération de la réalisation de ce projet structurant.

Tala Hamza, un des plus importants gisements de zinc au monde

Outre le cobalt, la bentonite, la baryte, le phosphate ou encore le cuivre, l’Algérie dispose d’un des plus importants gisements de zinc, à la 5e ou 6e place au niveau mondial avec une réserve de 35 millions de tonnes. Situé dans la wilaya de Béjaïa, le gisement de
zinc de Tala Hamza, dont l’installation des premiers ateliers de réalisation du projet est programmée pour le 1er novembre prochain, « renforcera » la position de l’Algérie sur le marché international des « produits minéraux », dans les années à venir.

Selon Arkab, le secteur connaît une nouvelle dynamique, suite aux mesures prises par les pouvoirs publics visant à l’amélioration des performances du secteur des mines dont « l’apport au PIB est faible par rapport aux autres pays, et aussi aux potentiels de l’Algérie, en termes de ressources minières ».

En effet, d’après les universitaires, la rentabilité de tels projets reste tributaire de la capacité de l’Algérie à mettre sur le marché un produit fini. Sur ce point précisément, le ministre de l’industrie, Ali Aoun, a expliqué la position de son secteur est sa « disponibilité » à accompagner de cette dynamique à travers l' »encouragement de l’industrie de transformation ».

Pour Pr Aïssa Mouhoubi, de l’université de Béjaïa, le rôle du secteur des mines dans le développement socioéconomique d’un pays n’est pas à démontrer. Pour lui, l’Algérie ne doit pas se mettre à l’écart dans cette course mondiale vers les minéraux, mais elle doit se positionner comme un acteur clé.

« L’Algérie est parmi les quatre pays qui disposent à la fois de ressources énergétiques fossiles et de la matière première pour la transition énergétique », explique-t-il. De ce fait, le secteur des mines, selon le professeur Mouhoubi, est appelé à rôle jouer un rôle prépondérant dans la diversification de l’économie nationale dans les années à venir tout en insistant sur l’enjeu géopolitique des ressources minières. « Aujourd’hui, l’enjeu
n’est pas uniquement industriel, mais beaucoup plus géopolitique », dit-il, avant d’ajouter que cela ne serait possible que par « la valorisation de l’important potentiel géologique et minier conjugué à une intensification des efforts de recherches explorations ».

Une méthode « 10 fois moins polluante »

Par ailleurs, aborder la question minière sans l’enjeu environnemental est vain. Puisque
les expériences passées ont démontré l’impact de cette activité sur l’environnement, mais qu’en est-il des mesures prises dans ce sens par les pouvoirs publics ? En réponse à cette question qui a suscité un vif débat parmi l’assistance, la ministre de l’environnement affirme que son département « suit de près toutes les étapes de réalisation de ce projet » et veille à ce qu’elles répondent aux normes environnementales.

« Je vous rassure, le projet n’aura pas un impact sur l’environnement et nous avons pris toutes les mesures pour cela », affirme-t-elle. En allant dans les détails de la méthode utilisée à cet effet, Pr Boutaleb affirme que « la technique qui sera adoptée pour l’exploitation de ce gisement est dix fois moins polluante ». Il explique que cette nouvelle méthode, connue sous le nom de « chambre remblayée descendante », garantit la sécurité de la mine souterraine. Elle consiste à « remplir les vides miniers souterrains avec les résidus de l’usine mélangés à du ciment », explique-t-il.

A. B.