Ghaza : une trêve si fragile

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Ghaza : une trêve si fragile

PAR AMAR R.

Les palestiniens commencent à peine à respirer au 2e jour d’une trêve humanitaire à Ghaza
globalement respectée jusque-là en dépit des couacs qu’a connus hier l’opération d’échange de prisonniers. Mais après des pourparlers par l’entremise de l’Egypte et du Qatar, le Hamas et les autorités de l’occupant ont finalement annoncé l’échange de 13 détenus de l’occupant et 7 ressortissants étrangers d’un côté, et 39 prisonniers palestiniens de l’autre.

Alors que les deux parties ont échangé un premier lot de prisonniers la veille, l’opération semblait coincée hier suite à un retard de libération des détenus par le Hamas en raison de la violation par l’occupant de l’accord de cessez-le-feu, en l’accusant notamment de ne pas livrer suffisamment de camions à la bande de Ghaza, de libération des prisonniers palestiniens pas réalisée selon les conditions préalablement établies et de survol du sud de la bande de Ghaza par des drones israéliens Selon le chef du mouvement Hamas, Oussama Hamdan, « il y a des violations commises par les Israéliens dans l’application des termes de la trêve, dont certaines ont eu lieu hier et se sont répétées aujourd’hui ».

« En conséquence, Al-Qassam a décidé de suspendre la libération du deuxième groupe de prisonniers, et des communications ont été publiées pour remédier aux violations et y mettre un terme « , at-il indiqué. L’Egypte et le Qatar ont tenté alors le forcing pour la libération du deuxième groupe de prisonniers, après celui qui a vu, vendredi, 13 otages sionistes libérés au moment où l’occupant a libéré 39 détenus palestiniens, dont 24 femmes et 15 enfants, d’un total de 7500, dont 72 femmes et 250 enfants dans les prisons de l’occupation.

Un enthousiasme de courte durée

La trêve dans l’enclave constitue pourtant une opportunité pour les Ghazaouis qui respirent enfin après 47 jour de bombardements. Les aides internationales commencent enfin à rentrer à travers le poste frontalier de Rafah, apportant carburant pour le fonctionnement des hôpitaux et denrées alimentaires, même si les 200 camions qui sont rentrés au 1er jour de la trêve n’étaient pas au volume suffisant pour combler le déficit des sinistrés.

Mais l’enthousiasme des Palestiniens aura été de courte durée et a laissé place à la frustration, parce que cela ne leur donne pas la possibilité de retourner chez eux dans partie nord de l’enclave. Ceux qui tentent de prendre la direction du nord de la bande de Ghaza pour rejoindre leurs domiciles sont systématiquement refoulés par les forces d’occupation qui tirent à vue.

Hier, un jeune Palestinien a reçu une balle dans les jambes par un tireur d’élite israélien alors qu’il tentait de se déplacer vers le nord. Les sionistes n’en sont pas à leur première violation des accords, puisque des restrictions israéliennes sur les ambulances et les déplacements des civils sont imposées même pour transporter les blessés et les personnes âgées.

La finalité étant d’empêcher que les Ghazaouis découvrent l’ampleur du désastre laissé par les bombardements sur leurs domiciles par l’occupant qui a détruit 50 000 maisons et réduisant 60% du total des habitations de l’enclave palestinienne à un amas de gravats, ainsi que des quartiers entiers complètement délabrés, des écoles saccagées et des routes défoncées.

Au lendemain de leur retrait de l’hôpital al-Shifa, les forces d’occupation ont laissé derrière elles un charnier humain, en sus de cadavres des Palestiniens qui restent encore sous les décombres, et que personne n’a pu récupérer ni secourir.

Bruxelles et Madrid pour la reconnaissance de la Palestine

Dans ce contexte, l’entité sioniste est au cœur d’une énorme pression internationale, notamment en Europe, de la part des gouvernements qui ont basculé en faveur de la Palestine. Après l’Irlande, c’est autour des gouvernements d’Espagne et de Belgique de condamner les assassinats de milliers de civils et appeler à « la reconnaissance de l’Etat de Palestine ».

A partir du poste frontière de Rafah entre l’Egypte et Ghaza vendredi, le chef du gouvernement espagnol a ainsi appelé à un « cessez-le-feu humanitaire durable » dans la bande de Ghaza et a condamné les assassinats de milliers de civils en Israël et en Palestine. Pedro Sanchez a appelé aussi à « la reconnaissance par la communauté internationale et Israël de l’Etat de Palestine ».

Le premier ministre belge Alexander De Croo a également accusé Israël de tuer des civils dans la bande de Ghaza, déclarant que c’était « inacceptable ». « Mon collègue Pedro et moi-même sommes venus avec un message de solidarité et d’humanité.

De l’autre côté de cette frontière, d’horribles combats ont eu lieu. Trop de civils ont été
tués. Les premières victimes sont toujours les femmes et les enfants. Des familles ont été déchirées. Des communautés ont été détruites », a déclaré Alexander De Croo.

« L’opération militaire menée par Israël pour mettre fin aux attaques terroristes doit respecter le droit international humanitaire. Les meurtres de civils doivent cesser (…) La destruction de Gaza est inacceptable », a-t-il ajouté.

Les chefs de gouvernement d’Espagne et de Belgique ont suscité par leurs critiques l’ire du gouvernement sioniste qui a convoqué les ambassadeurs des deux pays européens, pour « une réprimande sévère », accusant les dirigeants espagnol et belge de « soutenir le terrorisme ».

Le président de l’Etat de Palestine, Mahmoud Abbas, a reçu, quant à lui, le premier ministre espagnol Pedro Sanchez, dont le pays assure la présidence de l’union européenne, et le premier ministre belge Alexander De Croo, dont son pays assurera la présidence de l’union européenne à partir de janvier 2024.

A. R.