Il était l’un des soutiens précieux de la cause algérienne : Il y a un an s’éteignait Adolfo Kaminsky

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« Rester éveillé. Le plus longtemps possible. Lutter contre le sommeil. Le calcul est simple. En une heure, je fabrique trente faux papiers. Si je dors une heure, trente personnes mourront… »

PAR DELLOULA MORSLI

Le 9 janvier 2023 s’éteignait, à l’âge de 97 ans, le photographe de talent, le faussaire de génie, Adolfo Kaminsky. Engagé dans la résistance française contre le nazisme, il était également l’un des soutiens précieux de la cause algérienne et d’autres mouvements de libération dans le monde. Adolfo naît le 1er octobre 1925 à Buenos Aires, de parents juifs russes réfugiés en Argentine.

La famille Kaminsky s’établit en France mais la guerre éclate et l’occupation allemande les recense. Ils se retrouvent internés dans le camp de Drancy en 1944 et échappent miraculeusement au triste sort qui leur est réservé grâce à l’intervention du consulat d’Argentine à Paris. Dès lors, Adolfo rejoint la résistance française, en mettant à profit ses connaissances en chimie, pour sauver des milliers de vies en falsifiant des papiers d’identité. La légende du « Faussaire de Paris » est née, il n’avait alors que 18 ans. Après la libération de la France, le faiseur de faux n’arrêta pas. Il continue son travail clandestin pour une nouvelle cause qui lui tient à cœur, celle de la résistance algérienne. « La France utilisait la torture, les méthodes nazies, de la Gestapo, j’ai trouvé ça absolument inadmissible », déclara-t-il. En épousant la cause de l’indépendance algérienne, le faussaire fournissait en faux papiers les militants du Front de libération nationale (FLN). Dix ans après l’indépendance de l’Algérie, quelques jours seulement avant l’année 1972, Adolfo débarque à Alger.

Nouvel An, nouvelle vie, nouveau départ. Il enseigne les techniques photographiques, la photogravure et l’imprimerie aux étudiants des beaux-arts. Son séjour algérois, censé durer une année, s’étalera finalement sur dix ans après la rencontre de la mère de ses enfants, Leila. De cette union, naîtront, à Alger, Atahualpa Ismail, José Youcef, rappeur connu sous le nom de Rocé, et Sarah, autrice et scénariste qui a recueilli l’histoire de son père dans le livre « Adolfo Kaminsky, une vie de faussaire ». Ce dernier est paru aux éditions Casbah en 2013. Un an s’est écoulé depuis le décès de celui qui est toujours resté fidèle à ses convictions humanistes et à sa volonté de bâtir un monde de justice et de liberté ; ce révolutionnaire, héros de l’ombre et grand ami de l’Algérie.

D. M.