Il y a quatre ans disparaissait Idir, monument de la scène musicale nationale

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L’Algérie et le monde de la musique commémorent le quatrième anniversaire de la disparition d’Idir, une icône de la scène musicale nationale et un fervent défenseur de la culture amazighe. Sa voix réconfortante et son jeu de guitare ont porté la chanson kabyle sur la scène internationale pendant près de cinq décennies.

Par Delloula Morsli

En puisant dans l’essence de la culture kabyle, à travers ses traditions et ses mythes, Idir a non seulement ravivé ce patrimoine national mais l’a également porté vers un public universel, contribuant ainsi à sa préservation. Sa chanson « Avava Inouva » en est un parfait exemple. Ce chef-d’œuvre, empreint de poésie, a propulsé le chanteur sur le devant de la scène et lui a valu une reconnaissance internationale.

L’heureux hasard

Né en 1949 dans le village d’Aït Lahcène près de Tizi Ouzou, Hamid Cheriet, de son vrai nom, s’est intéressé à la musique dès son jeune âge, ce qui l’a poussé à s’initier à la guitare. Destiné à une carrière de géologue, c’est par hasard que le chanteur se retrouve à la radio en 1973. La chanteuse Nouara est malade et ne peut assurer sa prestation. Pour la remplacer au pied levé, on fait appel à un jeune inconnu du nom d’Idir. La mission est simple, interpréter une berceuse qu’il a lui-même composée pour l’occasion. Loin de se douter du bouleversement que cet événement allait provoquer dans sa vie, Idir livre une interprétation poignante de sa chanson. « Rsed A Yidess » (Que vienne le sommeil) touche immédiatement le cœur du public et devient son premier succès radiophonique.

Une consécration planétaire

C’est en 1976 qu’Idir sort l’album « Avava Inouva » avec la chanson éponyme qui allait faire le tour de la planète. Diffusée dans 77 pays et traduite dans une vingtaine de langues, ce titre devient un phénomène musical mondial. Plus qu’une simple chanson, « Avava Inouva » est un hymne qui célèbre la culture et la langue chères au cœur de l’artiste. Généreux et ouvert aux autres, Idir a partagé son amour de la musique avec une multitude d’artistes algériens et internationaux. Il a notamment collaboré avec des figures emblématiques de la chanson comme Khaled, Mami, Charles Aznavour, Francis Cabrel, Maxime Le Forestier et Bernard Lavilliers.

Préserver la culture orale

Comptant une dizaine d’albums à son actif, Idir a également contribué à la préservation du patrimoine oral transmis par les femmes de son village natal, et ce, en leur rendant hommage dans plusieurs de ses chansons. Dans l’une de ses déclarations, l’artiste dit : “J’ai eu la chance d’avoir une grand-mère et une mère poétesses”, avant d’enchaîner : “J’ai baigné dans l’atmosphère magique des veillées où l’on racontait des contes et des énigmes. Dans une société de culture orale, la valeur du mot est immense.  La capacité à ciseler les mots, à inventer des images est aujourd’hui encore très prisée chez nous.” Tout au long de sa carrière, il a inlassablement œuvré pour faire connaître la richesse et la beauté de la culture algérienne au-delà des frontières. Ses compositions, inspirées par des poèmes ancestraux et des mélodies traditionnelles, ont permis à un large public de découvrir et d’apprécier cet héritage kabyle.

La disparition d’Idir le 2 mai 2020 à Paris, à l’âge de 70 ans, a été une perte immense. Ses chansons continuent de résonner à travers le monde, touchant et inspirant des millions de personnes.

D.M.