Ils sacrifient l’information sur l’autel de la propagande pro-israélienne : L’honneur perdu des médias français

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Ils sacrifient l'information sur l'autel de la propagande pro-israélienne : L'honneur perdu des médias français

PAR DJILALI B.

Malgré les pressions du gouvernement britannique, la BBC a refusé d’obéir et de changer sa ligne. Sa réponse est simple : poursuivre sa mission d’informer. Un exemple de résistance qui a disparu des « écrans » français où les chaînes sont alignées comme des soldats derrière le mot d’ordre du climat politique ambiant. L’information est sacrifiée sur l’autel de la propagande.

La diversité de façade du champ médiatique français a pris un sérieux coup cette fois-ci. Amenuisée par l’emprise des patrons qui ont racheté plusieurs titres et chaînes qu’ils ont métamorphosés en outils de propagande – à l’exception de quelques titres et sites d’information – cette diversité, fierté de la France et de sa démocratie, s’est affaissée lorsqu’elle a été rattrapée par la réalité.

La guerre en Palestine a fini par révéler l’unicité des médias français, arrimés aux idées du
courant dominant, des responsables gouvernementaux pour ne servir finalement que d’écho aux vociférateurs, panégyriques de la solution finale et partisans de leur vérité unique. Un pan de la société, l’opinion opposée, les militants pour la paix sont soudainement devenus invisibles et inaudibles dans ces médias ouverts à un seul son de cloche quand bien même il ferait dans l’apologie du crime.

On s’acharne sur Benzema et on laisse Macias qui appelle au meurtre

Passons les insultes racistes, les attaques et les manœuvres de stigmatisation. Il est compréhensible qu’un certain Enrico Macias appelle à tuer Mélenchon et à exécuter tous les militants de la France Insoumise, un tweet humaniste a valu à Benzema, Ballon d’or, une « riposte » – et le terme est valable en ces temps de riposte israélienne disproportionnée et injustifiée et qui trouve des défenseurs – du ministre de l’intérieur G. Darmanin qui l’accuse de rouler pour les Frères musulmans.

Une grave accusation qui devrait valoir, dans une véritable démocratie, l’ouverture d’une enquête et d’une information judiciaire contre lui. Si les chaînes privées et leurs filiales d’informations en boucle (bouclées) sont connues pour leur penchant pour le futile mué en événement sensationnel en s’écartant de l’information pour consacrer leur temps d’antenne à la distillation de l’opinion dans tous ses formats et langages et aux conjectures pour dompter et intoxiquer le téléspectateur à la pavlovienne, le cas des médias publics est plus déplorable.

Il est remarquable d’ailleurs qu’aucun média français n’a parlé de résistance palestinienne, ni évoqué le long blocus de Ghaza. Il n’y a que « terrorisme » depuis ce samedi 7 octobre, orchestré dans une symphonie reprise en chœur par les médias de l’Hexagone. Et depuis, aucune voix raisonnable n’a eu droit au chapitre ou encore un acteur de la scène arabe ou palestinienne pour apporter « sa vérité » comme cette vérité qui tourne en boucle sur les LCI, CNews, BFM TV, TF1… reprise à l’unisson dans une pathétique chorale d’idéologues et influenceurs élevés à l’occasion au rang de journalistes, analystes et autres spécialistes.

Seuls les responsables israéliens, de Benjamin Netanyahu dont le programme gouvernemental incluait invariablement le bombardement de Ghaza, aux responsables militaires et même quelques gentils militants de l’extrême droite israélienne, qui devient fréquentable subitement, se relaient sur les chaînes françaises.

Les « propagandistes des pires idées »

Ce « pro-israélisme » aveugle a atteint même les médias publics, censés faire dans l’information. Ils ont rejoint le chœur de Bolloré et consorts pour légitimer les crimes injustifiés, les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, commis à Ghaza. Ce qui a d’ailleurs fait réagir le journaliste Edwy Plenel, fondateur du journal en ligne Mediapart, qui, dans une vidéo postée sur Tiktok, s’insurge contre cette pratique des médias qui diffusent les pires opinions.

« Des opinions de virulence, de racisme, de haine et de xénophobie et cela en toute liberté »,
dit-il, ajoutant que « le gouvernement laisse faire ». Le président Macron n’est pas épargné en raison de son attitude. « Quand on voit le président donner des consignes à ses ministres d’y aller alors qu’il est censé combattre l’extrême droite, et on voit quelqu’un comme Praud (Pascal Praud) qui compare les migrants à des punaises de lit, est reçu comme un interlocuteur crédible, un journaliste crédible à l’Elysée ! Non c’est un propagandiste des pires idées, antidémocratiques », a-t-il dénoncé.

« Quand vous diffusez des horreurs, vous habituez le public à l’horreur », a-t-il conclu en citant ces chaînes. Plus grave encore est l’aveuglement de ces médias qui n’ont eu aucun mot de compassion à l’endroit des dix-sept professionnels des médias tués par l’armée israélienne à Ghaza et au Sud Liban. Pas un mot. Parce que, semble-t-il, cela peut desservir leur propagande.

Et maintenant que la riposte d’Israël prend des allures de génocide, alors que ces mêmes chaines répercutaient, avant-hier, la douteuse version de l’armée israélienne sur les auteurs du bombardement de l’hôpital et de l’école qui a fait 800 morts, BFMTV rétropédale un chouia en programmant un plateau intitulé « Netanyahu est-il l’homme de la situation ? ». Un titre qui invite à la fois à voir, en la personne du chef du gouvernement, le sulfureux et controversé Netanyahu, le sauveur d’Israël de l’holocauste et aussi un personnage excessivement extrémiste pour croire à la paix avec la Palestine. Une légère nuance qui laisse une marge d’erreur facile à rattraper dans les deux cas.

Ce qui n’est pas le cas de CNews, qui reste chevillée sur le pauvre Israël persécuté par les terroristes palestiniens, qui rajoute une couche en ouvrant la rubrique des horreurs. Au programme d’hier, un débat sur « la peur s’installe en France, une victoire du terrorisme ». Le but est de créer un climat de terreur qui va provoquer chez la population une réaction de repli et de méfiance vis-àvis de l’autre. De façonner une opinion de la terreur de ses vecteurs.

D. B.