La nomination de Séjourné au Quai d’Orsay inquiète le Maroc

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PAR AMAR R.

Rabat ne voit pas d’un bon œil la nomination de Stéphane Séjourné à la tête du ministère
français de l’Europe et des affaires étrangères, qui est considéré comme l’artisan de la fronde contre le royaume au parlement européen. Le choix de Stéphane Séjourné pour diriger la diplomatie française a été mal perçue par le régime alaouite qui y voit un nouveau coup porté dans la relation entre Paris et Rabat, en raison du rôle qui lui est attribué dans le vote par le parlement européen d’une résolution condamnant les atteintes à la liberté de la presse au Maroc.

Il est question aussi du vote, le 16 février de l’année dernière, par les eurodéputés d’un texte mettant en cause le Maroc pour son rôle dans le scandale de corruption et accusant le royaume d’avoir influé sur le vote de plusieurs eurodéputés, tel que dévoilé en décembre 2022 par la justice belge.

«La grande surprise»

Le choix de Stéphane Séjourné suscite le malaise du régime du makhzen, comme le
traduisent bien les médias qui lui sont inféodés. Exprimant sa « grande surprise », de la nouvelle réjouissante qu’a été le retour de la Rachida Dati, décrite comme « très proche du Maroc », et est considérée comme un soutien de Rabat et l’un de ses relais d’influence en France, à la tête du ministère de la culture, la presse marocaine se sent interpellée, toutefois, par un autre nom, celui de Stéphane Séjourné, président du groupe Renew au parlement européen. Le journal ‘Tel quel’ retient ainsi qu’il a été nommé « sans avoir jamais eu d’expérience diplomatique », et que cela « pourrait potentiellement inquiéter ».

Le président Emmanuel Macron nomme « un des hommes de sa garde rapprochée » à la tête de la diplomatie française. « La cheville ouvrière de la résolution du parlement européen hostile au Maroc », écrit pour sa part, ‘l’Opinion’. « Désormais, le nouveau ministre des affaires étrangères est dirigé par une personnalité perçue comme hostile au Maroc », ajoute le journal qui explique que Stéphane Séjourné « a été derrière la résolution, adoptée le 19 janvier 2023, qui a dénoncé des prétendues atteintes à la liberté de la presse au Maroc. Une résolution perçue comme une ingérence dans les affaires intérieures du royaume et une tentative d’acharnement ». « Son implication active dans cette démarche a exacerbé la
crise entre le Maroc et la France, dont les relations se sont visiblement dégradées depuis des années », poursuit le média marocain.

Le makhzen garde un œil sur Séjourné

A Rabat, on craint que cette nomination constitue un frein aux relations entre Rabat et Paris, mal en point depuis l’affaire Pegasus, en raison d’une succession d’évènements. D’abord, suite à l’implication des services marocains dans l’espionnage du téléphone
du président français via le logiciel israélien, ensuite à la révélation par l’écrivain Tahar
Benjelloun en juin selon lequel le président Emmanuel Macron a « manqué de respect » au roi Mohamed VI au cours d’une discussion qu’ils ont eue sur l’affaire Pegasus. Le refus par la France de céder aux pressions pour reconnaître la « souveraineté » du Maroc sur Sahara occidental a aussi exacerbé les tensions qui ont culminé vers le rappel par le Maroc de son
ambassadeur à Paris, jetant ainsi un froid dans les relations diplomatiques entre les deux pays.

En octobre 2023, l’annonce de la nomination de Samira Sitail comme ambassadrice du Maroc à Paris avait laissé entrevoir une amélioration des relations bilatérales, mais la nomination du secrétaire général de Renaissance est venue refroidir les ardeurs du
régime chérifien. Ainsi, pour s’assurer de l’orientation qu’il donnera à la diplomatie française a l’égard du Maghreb, Médias24 estime que « le comportement de Séjourné au parlement européen fait de lui, pour le moment, un responsable à qui il faudrait être attentif et dont il faut suivre le comportement à la loupe ».

A. R.