La sécurité alimentaire en Algérie au centre d’un débat organisé par le CREAD : «L’Algérie seul pays d’Afrique qui ne souffre pas de la famine»

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/Le contexte mondial actuel, et même bien avant, impose aux différents Etats la sécurisation alimentaire de leurs territoires et populations. Et l’Algérie n’y échappe, surtout que le pays reste très dépendant des importations en matière de produits alimentaires.

Les enjeux actuels et défis à venir en matière de sécurité alimentaire de l’Algérie étaient au centre des débats du séminaire organisé, hier, par le Cread au niveau de l’école nationale d’administration. Une approche scientifique qui sera suivie samedi prochain par un autre type d’approche de la question, mais d’un point de vue plus opérationnel cette fois-ci puisque c’est la Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC) qui l’abordera. L’analyse de l’état de la sécurité alimentaire en Algérie fera remonter Amel Bouzid (maître recherche au Cread) à la période postindépendance pour dire que si le concept prévalant jusqu’au début des années 80 était l’autosuffisance alimentaire, aujourd’hui, il est question de sécurité alimentaire. Et de rappeler que la sécurité alimentaire ne dépend pas uniquement de l’agriculture et la pêche. En ce sens, les pouvoirs publics étaient passés, alors, à une économie planifiée qui a permis d’augmenter la production et la productivité. Seulement, cette politique a montré ses limites avec le premier choc pétrolier et la chute des prix du pétrole qui a révéler bien des carences.  De 1986 à 2004, l’Etat avait adopté un programme de relance économique qui a permis de rétablir certains équilibres. Et cela s’est traduit sur les populations par l’augmentation de l’espérance de vie qui est passée à 77 ans en 2019, la baisse de la fécondité et des décès. Aujourd’hui, l’Algérie est classée 54e sur 113 pays par le Global Food Security Index en matière de sécurité alimentaire avec 63,9 points sur 100, et 31e sur 113 pays par le Global Hunder Index. Mieux encore, «l’Algérie est le seul pays d’Afrique qui ne souffre pas de la famine», nous révèlera Amel Bouzid. «Mais est-ce durable ?» s’interrogera-t-elle. La réponse est non. Car 50% de notre alimentation est importée. Dans sa présentation, la maître de conférences a bien pris le soin de préciser la définition du concept «sécurité alimentaire», et qui consiste en la disponibilité, la durabilité, l’accessibilité et la stabilité. Et nombre de ces paramètres risquent d’être, tôt ou tard, remis en cause par les conflits géopolitiques, les crises sanitaires, les chutes des prix du pétrole, la levée des subventions et autres transferts sociaux…

«Il est temps d’avoir une vraie vision sur le foncier agricole»

L’agriculture étant un volet crucial dans la sécurité alimentaire, le Pr Ali Daoudi de l’ENSA a abordé un chapitre influent sur l’évolution de ce secteur : le foncier agricole au centre des enjeux alimentaires en Algérie. Après avoir donné une vision globale des différents types de superficies agricoles disponibles en Algérie et leur statut juridique, le conférencier rappellera que l’Etat est le plus grand propriétaire en Algérie. Pour lui, la révolution agraire a au moins permis à l’Etat de reconstituer le domaine agricole. Mais c’était sans l’invasion du béton qui a avalé plus de 250.000 hectares de terres agricoles. Revenant sur la répartition géographique des surfaces agricoles, Ali Daoudi abordera la conséquence du régime foncier sur l’agriculture, et dont l’influence est très palpable. «Un agriculteur n’investit pas sur un terrain qui ne lui appartient pas», dira-t-il en affirmant que la nature du foncier agit sur le niveau de l’investissement. Sur un autre volet, le démembrement des terres privées à travers le morcellement (héritages, ventes…) affecte la productivité à travers la baisse des rendements. A ce propos, l’enseignant-chercheur à l’école nationale supérieure d’agronomie notera que l’augmentation des exploitations agricoles a conduit à la baisse des dimensions de ces exploitations. Mais pour lui, il est indispensable de revoir les lois sur le foncier agricole du domaine public. «Il est temps d’avoir une vraie vision sur le foncier agricole».

B. A.