L’Algérie au chevet du Mali

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A peine les troupes françaises de la force Barkhane parties du Mali que l’Algérie, qui avait, encore une fois depuis d’ailleurs 1990, abrité les pourparlers intermaliens, est sollicitée en tant que leader de la médiation, pour poursuivre le processus de mise en œuvre de l’accord d’Alger, qui a accusé un long retard dans sa application, les deux parties s’accusant mutuellement d’entraves.

Le dossier est revenu sur le devant de la scène lors de la destitution du président Ibrahim Keita, lorsque les putschistes ont clairement affiché leur volonté de changer de politique, de trancher avec les anciennes pratiques en préconisant une réconciliation entre tous les Maliens. Parmi les premières décisions, l’intégration de soldats rebelles dans l’armée malienne, les FAma engagées d’ailleurs dans la lutte contre les terroristes. Un engagement qui, selon les bilans sécuritaires, s’est soldé par des résultats positifs avec la neutralisation de plusieurs éléments extrémistes. Les nouveaux maîtres de Bamako ont-ils vite fait de prendre leurs distances avec la Cédéao, considérée, selon eux, comme un tentacule de la France, surtout par ses décisions hostiles et restrictives à l’égard du Mali.

L’intervention d’Alger

L’intervention de l’Algérie, après le putsch, bien après les sanctions de la Cédéao, a ramené les nouvelles autorités de Bamako à accepter le «deal» d’Alger de raccourcir la durée du pouvoir des militaires pour aller vers une transition politique. Par-delà ce délai de 24 mois proposé par Alger et accepté par les putschistes, a été mis en avant la mise en œuvre de l’accord d’Alger consolidé par une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU qui a ressorti le dossier pour mettre au pied du mur les putschistes, déjà isolés par l’Union africaine. La junte de Bamako a clairement affiché sa préférence pour l’Algérie comme intermédiaire, s’éloignant ainsi de la Cédéao, considérée comme trop proche de la France. Alger avait abrité en 2015 les négociations entre le gouvernement de Bamako et les représentants des groupes rebelles du Nord qui ont débouché sur l’accord d’Alger. Cependant, son application dans l’immédiat a buté sur l’intransigeance de Bamako et parfois l’entêtement des groupes du Nord. Seules quelques clauses de l’accord ont connu un début d’application, notamment les troupes mixtes de suivi de l’arrêt des hostilités et de lutte contre groupes extrémistes. Mais sans grande avancée dans la mise en œuvre de toutes les dispositions de l’accord. L’arrivée des militaires au pouvoir à Bamako, par-delà le contestable procédé du coup d’Etat, a permis néanmoins de faire avancer la question de la paix et de la réconciliation au Mali.

Un rôle plus accru

Le retrait des forces françaises a induit un rôle plus accru de l’Algérie au Mali et par-delà dans toute la sous-région du Sahel. Raison, sans doute, pour laquelle le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté une résolution de soutien à l’Algérie pour poursuivre son œuvre dans le cadre de l’application de l’accord d’Alger ainsi que les partenaires de ce processus. La restauration de la paix au Mali va induire indubitablement, par effet de dominos, un apaisement des tensions dans toute la région du Sahel. Le Conseil de sécurité a également assorti la résolution d’une option de sanction contre quiconque entrave la mise en œuvre de l’accord. Ceci est valable autant pour les nouvelles autorités de Bamako, qui ont hérité du dossier de la paix et de la réconciliation, que pour les groupes rebelles du Nord, signataires de l’accord.

Dans le même cadre, les putschistes de la Guinée équatoriale ont pour leur part sollicité l’Algérie pour un soutien dans la gestion de la transition politique. En effet, après la médiation dans le conflit entre l’Ethiopie et l’Erythrée qui s’est soldée par un accord historique en 2018, les trois accords intermaliens, 1990, 2006 et 2015, l’Algérie a accédé ainsi au rang de pays médiateur dans les conflits et les crises qui minent le continent africain. Y compris par ses compétences au service de l’ONU, comme fut le cas de l’actuel chef de la diplomatie algérienne Ramtane Lamamra dans la gestion de la crise des Grands Lacs ou encore, plus récemment, ses offices auprès du Secrétaire général de l’ONU pour l’Afrique avant son rappel à Alger.