L’Algérie marque son retour au conseil de sécurité de l’ONU

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Conseil de sécurité de l’ONU :

PAR AMAR R.

L’Algérie, qui a entamé en ce début de janvier le quatrième mandat de son histoire au conseil de sécurité de l’ONU, avec la détermination de porter la voix du monde arabe et de l’Afrique jusque dans l’arène mondiale, vient d’accomplir une importante action en faveur des deux millions d’habitants de la bande de Ghaza qui encourent le risque de déportation vers le Congo.

En sa qualité de membre élu du conseil de sécurité, l’Algérie, qui a porté une initiative du groupe arabe à l’ONU, a réussi l’exploit de faire l’unanimité des 15 membres de cette instance autour d’une résolution visant à dénoncer et à empêcher le projet israélien de déplacer les populations palestiniennes.

En effet, l’appel de son représentant permanent auprès des nations unies à New York, l’ambassadeur Amar Bendjama, à la communauté internationale, à rejeter d’une « seule voix » le déplacement des Palestiniens, a trouvé écho auprès des membres du conseil de sécurité, y compris les alliés inconditionnels de l’entité sioniste. Matthew Miller, porteparole du département d’Etat américain, a dénoncé des « déclarations incendiaires et irresponsables » des ministres extrémistes de l’entité sioniste.

L’Algérie a souligné par la voix de l’ambassadeur Bendjama que le plan de déplacement forcé est mis en œuvre sur l’ensemble des terres palestiniennes à travers les bombardements, la colonisation et l’annexion des terres, affirmant que ces plans sont voués à l’échec.

« Notre position doit être claire. Nous devons rejeter le déplacement forcé des Palestiniens. Tout le monde doit comprendre que les Palestiniens n’ont d’autre lieu que leur terre. Tout déplacement forcé est une violation flagrante du droit international, en particulier de l’article 49 de la 4e convention de Genève », a-t-il ajouté. Aussi, lors de son premier vote sur la résolution présentée par le Japon et les Etats-Unis, qui exige des houthis, de mettre fin immédiatement à leurs attaques en mer Rouge, l’Algérie a préféré s’abstenir de voter, afin de se démarquer de cette résolution qui a finalement été adoptée par 11 votes pour, zéro vote contre et 4 abstentions.

Ces prises de position de l’Algérie témoignent de la détermination de l’Algérie à user de son outil diplomatique pour le soutien aux causes justes, notamment palestinienne et sahraouie, comme l’a affirmé le 12 juin 2023 le ministre des affaires étrangères Ahmed Attaf. Cependant, ces décisions audacieuses placent l’Algérie au cœur d’un bras de fer
diplomatique de haute importance, estiment les observateurs.

Le mandat de l’Algérie dans l’œil du Washington Institute

Le Washington Institute, qui analyse le retour de l’Algérie au conseil de sécurité de l’ONU,
indique que « vingt ans après son dernier mandat, Alger revient pour faire sa marque, affectant potentiellement les efforts américains sur Ghaza, l’Ukraine, le différend sur le Sahara occidental, etc. ». L’Algérie, qui commence en ce mois-ci son quatrième mandat de l’Algérie au conseil depuis son dernier mandat il y a 20 ans, « veut s’affirmer comme un acteur mondial et régional plus important », souligne la même source.

Si, a priori, l’influence de tout membre non permanent du conseil de sécurité de l’ONU est limitée par sa conception, en ce sens que les membres élus n’ont pas le pouvoir de bloquer les décisions, par un veto, le think tank américain estime toutefois que les méthodes de travail formelles et informelles du conseil apparaissent donner aux membres non permanents une certaine influence.

Par exemple, ils peuvent se coordonner pour agir comme leur propre veto, étant donné que
toute résolution a besoin de neuf votes oui pour être adoptée, précise-t-il. « Compte tenu des tensions potentielles entre la représentation régionale et les intérêts nationaux, l’Algérie sera un membre non permanent particulièrement intéressant à surveiller », estime l’auteur de l’analyse sur le Washington institute. En énumérant les questions complexes qui pourraient être soumises au conseil pendant le mandat de l’Algérie, notamment la question du conflit au MoyenOrient, pour laquelle l’Algérie cherchera à démontrer son attachement à la cause palestinienne, le think tank américain estime qu' »un tel activisme est susceptible de remettre en cause les relations avec Washington, avec lesquelles l’Algérie a traditionnellement eu une relation cordiale, mais pas nécessairement chaleureuse ».

La question de Palestine pourrait donc être un autre exemple du défi d’équilibrer les intérêts régionaux avec les alliances bilatérales. Pour le Washington Institute, « l’adhésion de l’Algérie au conseil offrira très probablement des possibilités de renforcer sa stature diplomatique et de renforcer les messages sur les questions d’importance nationale ».

A. R.