L’Algérie veut réactiver l’axe Alger-Abuja-Pretoria

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/Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a présidé lundi   à Alger, la Conférence des chefs de missions diplomatiques et consulaires algériennes, l’occasion pour l’Algérie de remettre son curseur diplomatique sur le bon endroit.

Cette grande messe diplomatique et inédite dans le fonctionnement de l’Etat algérien a été rendue possible d’abord par la volonté de notre pays de revenir au-devant de la scène internationale mais elles est aussi dictée par une situation régionale instable. L’Algérie partage ses frontières avec un Sahel explosif, une Libye divisée, et un voisin belliqueux, qui nous a signifié le 1er novembre dernier toute l’animosité qu’il nous porte. Il faut dire aussi que beaucoup de lignes ont bougé depuis décembre 2020 qui a vu le Maroc normaliser ses relations avec Israël, et Trump reconnaitre  la marocanité du Sahara Occidental dans un accord triangulaire plus que douteux. Si l’on ajoute à tout ça la sortie malheureuse de Macron, on s’accorde à dire que notre pays fait face à des enjeux originaux dictés par des bouleversements politiques à l’échelle de la planète qui sort à peine d’une guerre froide et se cherche un autre équilibre des forces. Entre un monde unipolaire, bipolaire ou multipolaire, on fait face à une géopolitique incertaine. Pays maghrébin, africain et arabe, l’Algérie appartient à un vaste ensemble d’entités qui depuis l’ère coloniale, et singulièrement depuis la conférence de Bandung, ont pris conscience de leur communauté de destin. L’Algérie se sent naturellement et directement concernée par tout ce qui se déroule dans cet ensemble. La diplomatie algérienne, qui a toujours milité pour la paix et le bon voisinage, a intensifié son déploiement à la faveur des contacts et concertations avec plusieurs pays, réaffirmant son attachement à jouer pleinement son rôle sur les plans régional et international.  Les actions de la diplomatie algérienne sont inspirées de la doctrine rappelée maintes fois par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, qui a toujours réaffirmé que l’Algérie s’opposait « fermement » à toute tentative d’ingérence dans ses affaires nationales, réitérant « les  principes sous-tendant ses engagements en faveur de la paix et de la sécurité dans notre région et à travers le monde ». A travers une telle orientation, l’Etat algérien reste attaché à ses traditions et son rôle sur les plans régional et international reposant sur une présence constante dans le concert des nations, tout en s’engageant en faveur de la paix et de la sécurité. Aujourd’hui, et depuis la grande conférence diplomatique de lundi, il s’agit de booster cette doctrine pour sortir avec une feuille de route claire pour chaque diplomate algérien à la lumière des derniers événements qui ont secoué la région et les bouleversements internationaux.  

L’Afrique, un terrain de prédilection pour la diplomatie algérienne

Dans cet esprit, l’Algérie se doit de revenir dans son giron africain et retrouver un rôle actif au sein de la communauté africaine à travers, d’abord, la renaissance de l’axe Alger-Abuja-Pretoria. Cet axe a   longuement été discuté lors de cette réunion.  «Le Nigeria et l’Afrique du Sud ont toujours constitué des partenaires de choix avec lesquels nous partageons des intérêts, des pays amis sur lesquels nous comptons pour promouvoir des principes», a répondu Ramtane Lamamra à une question sur l’une des recommandations du président de République qui a insisté dans son discours d’ouverture sur la nécessité de renforcer nos relations avec ces deux pays, qui sont le Nigeria et l’Afrique du sud.  Le Nigeria et l’Afrique du Sud sont deux locomotives africaines et surtout deux puissances économiques. Le Nigeria peut même revendiquer, depuis deux ans, son statut de première économie d’Afrique devançant ainsi… l’Afrique du Sud. Cet axe ne doit pas se suffire à son aspect politique qui n’a souffert jusqu’ici d’aucune ambigüité entre les trois partenaires, malgré toutes les tentatives de déstabilisation et les «fritures» envoyées  épisodiquement sur la ligne Alger-Abuja-Pretoria. Il faut aussi profiter de cette aubaine politique pour dynamiser les échanges économiques avec ces deux pays et avec le reste de l’Afrique. Ça passe d’abord par le dépoussiérage des vieux projets chers au NEPAD, mais restés lettres mortes comme le Gazoduc trans-saharien, appelé aussi le NIGAL, la transsaharienne Alger-Lagos et la liaison par fibre optique Alger-Abuja. Tous ces projets doivent ressortir à travers une politique algérienne volontariste menée par nos diplomates et des managers conscients des enjeux de l’heure. Ça passe aussi par une diplomatie économique offensive pour aider les hommes d’affaires algériens à conquérir un continent en pleine mutation et qui affirme ses possibilités sur la scène internationale.   

Une réalité appelée ZLECAF

Depuis le 1er janvier 2021, la zone de libre-échange africaine, ZLECAF, est devenue une réalité, promettant de faciliter les affaires sur tout le continent. Le lancement de la zone de libre-échange continentale africaine fait suite à des années de négociations et de préparatifs, et plus récemment à des mois de retard en raison de la pandémie mondiale de coronavirus. Dans le cadre de l’accord commercial, les droits de douane sur 90 % des marchandises seront progressivement supprimés dans un délai de dix ans, et davantage pour les 10% restants.  Pour le moment, les échanges commerciaux interafricains restent minimes, Sur l’ensemble du continent, seuls 2% des échanges commerciaux ont été réalisés avec d’autres pays africains au cours de la période 2015-17, contre 47% en Amérique, 61% en Asie, 67% en Europe et 7% en Océanie, selon l’agence commerciale des Nations unies, la Cnuced. Cette zone de libre échange africaine ambitionne de renverser cette donne et l’Algérie, qui a ratifié cet accord, veut prendre sa part dans cet énorme échange et s’attèle actuellement à l’élaboration d’une stratégie nationale adéquate devant être présentée pour l’entrée effective à  cette zone. Le ministre du Commerce, Kamel Rezig, a appelé, il y a quelques mois, les opérateurs économiques algériens à redoubler d’efforts dans l’objectif de bénéficier des avantages accordés dans le cadre de la ZLECAF qui devrait créer un marché de 3000 milliards USD.

« Il est impératif d’œuvrer à décrocher une part de ce marché eu égard à la position stratégique de l’Algérie considérée comme portail d’accès aux pays africains dont les pays du voisinage (Mali, Niger, Mauritanie, Libye et Tunisie), et ce, à travers nombre de postes frontaliers à l’image de Talab Larbi, Bouchabka, Oum Teboul avec la Tunisie et de Mostapha Ben Boulaid (Mauritanie), Deb Deb (Libye) et de Tin Zaouatine et In Guezzam (Niger) qui ont été rouverts », soutient M. Rezig. L’Algérie peut aussi faire valoir son réseau routier, renforcé par la transsaharienne, et ces ports qui peuvent acheminer les marchandises des pays africains enclavés  vers le vieux continent.  Les diplomates algériens, qui vont repartir d’Alger avec une feuille de route précise, savent que désormais, ils ont un cahier des charges à respecter pour réussir ce véritable redéploiement sur l’avenir. Débureaucratiser définitivement l’acte diplomatique et faire des ambassades et consulats algériens de véritables postes avancés pour l’Algérie, feront désormais partie du lexique du parfait diplomate algérien.

N. A.

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