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Lamamra : «L’entité sioniste est à nos frontières»

/Le ministre des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger, Ramtane Lamamra, a dénoncé la poursuite de la « série de complots » contre l’Algérie pour la faire dévier de son rôle historique depuis l’indépendance en soutien aux mouvements de libération en Afrique et en Asie, et ce, en lui créant des problèmes de l’extérieur comme de l’intérieur.

Dans un entretien exclusif avec «Al-Quds Al-Arabi» qui a duré plus d’une heure au siège du ministère algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra a déclaré que l’Algérie est consciente de son rôle historique qui repose sur le principe du soutien aux peuples opprimés, au premier rang desquels se trouve le peuple palestinien frère. La cause palestinienne n’est pas seulement une politique rationnelle menée par le gouvernement, mais elle fait partie intégrante des composantes de la prise de conscience du peuple algérien et de son attachement réel au droit des peuples à se débarrasser du colonialisme et de l’occupation étrangère, comme son peuple l’a démontré par sa grande révolution contre le colonialisme français. Le ministre algérien pense qu’il faut aujourd’hui relire certains points importants de l’histoire de l’Algérie après l’indépendance et le rôle qu’elle a joué dans le soutien aux mouvements de libération en Afrique et en Asie jusqu’à ce qu’elle devienne un modèle pour le monde en développement. Mais la série de complots contre l’Algérie pour la détourner de son rôle historique et créer des troubles de l’extérieur des frontières ou de l’intérieur ne s’est jamais arrêtée.

Il a ajouté que l’Algérie s’est éloignée depuis des années de la scène arabe et internationale, notamment pendant la décennie noire, mais après le récent mouvement populaire et la venue de nouveaux dirigeants après des  élections équitables, elle a remis le pays sur la voie de l’efficacité et de l’influence régionale et internationale. Cependant, les complots n’ont pas cessé, et l’Algérie ressent désormais qu’elle est en état de confrontation avec l’entité sioniste, contre laquelle nous envoyions nos forces pour la combattre aux côtés de nos frères arabes. Aujourd’hui, elle est à nos frontières après avoir signé des accords militaire et sécuritaire ainsi que des accords de renseignement avec le voisin, le frère et l’ami. Néanmoins, nous cherchons à réunir les Arabes lors du prochain sommet pour parvenir à une position commune sur le soutien des droits du peuple palestinien et à la réactivation de  l’Initiative de paix arabe de 2002, sans interférer dans les affaires intérieures des pays qui ont préféré que  la normalisation précède la création d’un État palestinien indépendant avec Jérusalem-Est pour capitale.

La genèse du conflit sahraoui

Le chef de la diplomatie algérienne a  abordé ensuite le problème du Sahara-Occidental pour rappeler quelques vérités historiques. «Les relations entre l’Algérie et ses voisins étaient excellentes jusqu’en 1975. Le regretté Président Houari Boumediene a présenté lors de la session extraordinaire de l’Assemblée générale en 1974 sa vision du nouveau système économique qui reforme les relations entre les pays du Nord et du Sud. Et l’Algérie est devenue le leader incontesté du Tiers-Monde. La diplomatie algérienne de l’époque a également pu inviter le leader palestinien Yasser Arafat, chef de l’Organisation de libération de la Palestine, à s’adresser à la communauté internationale en 1974, durant le mandat l’Algérie qui assumait la présidence de l’Assemblée générale et qui a adopté d’importantes résolutions appuyant les droits légitimes du peuple palestinien, y compris son droit à l’autodétermination et son droit d’établir son État indépendant. L’OLP est devenue membre observateur des Nations Unies pour la première fois. La même année, notre pays a réussi à expulser l’État d’apartheid en Afrique du Sud, ce qui a renforcé les relations de l’Algérie avec le continent africain», avait-il commencé à expliquer.

Giscard d’Estaing et Kissinger voulaient punir Boumediene

Avant de poursuivre que «l’Algérie s’est attachée à ses principes, auxquels elle ne déroge pas, en soutenant les mouvements des peuples pour leur indépendance, même si le prix à payer était élevé. En 1975, le président français Giscard d’Estaing et le secrétaire d’État américain Henry Kissinger voulaient punir Boumediene, surtout après sa nationalisation du pétrole, et le président français de l’époque détestait l’Algérie et évitait tout contact avec le peuple algérien et son gouvernement», a-t-il déclaré.

Pour Ramtane Lamamra le problème du Sahara Occidental est le résultat direct de la confortation est-ouest et de sa logique de guerre froide, en expliquant que «Kissinger pensait que l’Algérie était soutenue par l’Union soviétique. À l’époque, ils ont essayé de changer le système. En créant des mouvements séparatistes, mais cette tentative n’a pas abouti, c’est ainsi que le dossier du Sahara occidental a été ouvert, avec la conviction que l’Algérie, fondée sur ses principes, n’abandonnera pas son soutien au droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. Il voulait que le Sahara soit un bourbier dans lequel l’Algérie tombe et ne puisse en sortir. Le but est d’affaiblir l’Algérie d’une part et de renforcer les relations de la France et de l’Amérique avec le Maroc pour qu’elle obéisse à tout ce que la France ou l’Amérique veulent. Le Maroc a envoyé des soldats au Zaïre pour protéger le régime de Mobutu, avec le soutien de l’Amérique et de la France, et a contribué aux négociations de paix de Camp David entre l’Egypte et Israël, et a reçu à plusieurs reprises des dirigeants sionistes».

Poursuivant la genèse de cette affaire qui dure depuis plus de 40 ans, le chef de la diplomatie algérienne a rappelé que «l’idée d’un rôle des Nations Unies dans la tenue d’un référendum pour la population indigène du Sahara a été acceptée. Mais il s’avère que pour le Maroc  le but  était de gagner du temps. Même le plan de règlement et de cessez-le-feu en 1991 et l’envoi d’une mission de surveillance du référendum au Sahara occidental (MINURSO) visaient à gagner du temps pour créer des faits sur le terrain avec lesquels un règlement juste serait difficile à réaliser. Le plan James Baker de 2003 était la plus grande opportunité pour tous de parvenir à un règlement global et juste. C’était un plan équilibré et raisonnable, mais les États-Unis n’ont pas soutenu Baker, alors il a démissionné après plus de six ans d’efforts.»

Il reste une forteresse inébranlable, l’Algérie

Pour Lamamra le vieux plan pour déstabiliser l’Algérie à travers le problème sahraoui continue. Pour lui,  «l’idée d’utiliser la carte du Sahara occidental pour renforcer le Maroc et affaiblir l’Algérie est toujours présente. La question est revenue avec la décennie noire et du mouvement populaire en Algérie. Cette question a été soulevée à nouveau dans la conviction que l’Algérie est préoccupée par ses affaires internes. Ils sont également convaincus que l’ONU s’est pliée aux diktats de la France et de l’Amérique à cet égard et a abandonné l’idée de classer la crise comme liée à la décolonisation, mais plutôt comme une question liée à des conflits locaux pouvant être résolus en accordant l’autonomie aux habitants du Sahara, ce qui constitue une régression dangereuse de l’Organisation des Nations Unies par rapport à l’un de ses principes les plus importants dans l’octroi de l’indépendance aux peuples et aux terres soumis au colonialisme, comme stipulé dans la résolution 1514 de 1960. Mais le Maroc sait qu’il est incapable d’imposer sa vision sur l’avenir du Sahara Occidental. Il reste une forteresse inébranlable, qui est l’Algérie, qui soutient le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination, tout comme il soutient le peuple palestinien. Il n’est pas dans l’intention de l’Algérie d’abandonner ce principe. C’est pourquoi le plan visant à cibler l’Algérie a recommencé en priorité, car la réalité ne peut être imposée au Sahara Occidental, même avec la reconnaissance de Trump  tant que l’Algérie est aux côtés du peuple sahraoui dans sa lutte pour le droit à l’autodétermination. De ce point de vue, on comprend l’enjeu de la normalisation avec Israël, et il est certain qu’Israël est le plus grand bénéficiaire de la normalisation».

Le sommet arabe

Abordant ensuite le prochain sommet de la ligue arabe qui se tiendra à Alger en mars prochain, Ramtane Lamamra pense que l’Algérie a beaucoup plus de crédibilité auprès des peuples arabes et qu’elle est restée sur une position équilibrée pour la paix avec Israël. «Nous pensons qu’une paix raisonnable doit être basée sur l’Initiative de paix arabe, le principe de la terre contre la paix et la création d’un État palestinien avec Jérusalem-Est comme capitale», a-t-il expliqué. Pour Lamamra, «la relation du Maroc avec Israël, et son impact sur la question du Sahara et la relation d’Israël avec la cause palestinienne à la lumière de la normalisation arabe, redessineront les contours du nouveau monde arabe. Et si l’Algérie est assiégée et que sa sécurité intérieure est déstabilisée, les adeptes de la normalisation et ceux qui attendent à la gare le train de la normalisation se feront un plaisir de voir l’obstacle Algérie enfin disparu. De là, nous voyons que les choses sont très précises. Contrairement à ce qui s’est passé en 1975, et le plan qui visait le régime, ils visent maintenant l’Algérie en tant que nation, en tant qu’unité nationale, souveraineté, indépendance nationale et intégrité territoriale. Maintenant, les choses sont plus dangereuses. Nous sentons qu’une guerre totale est menée contre nous. Toutes les mesures que nous avons prises sont des mesures défensives pour maintenir la sécurité de notre patrie», a conclu le chef de la diplomatie algérienne. Et pour la réussite du prochain sommet arabe, le ministre algérien des affaires étrangères a révélé que le président palestinien, Mahmoud Abbas, effectuera une visite de travail à Alger, avant la fin de l’année.

N. A.

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