Le mensonge odieux du ministre espagnol de l’Intérieur sur Melilla

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Des députés espagnols ont accusé le ministre de l’Intérieur de couvrir le massacre des migrants à Melilla et le Maroc dont les agents ont tué 37 migrants soudanais. Fernando Grande-Marlaska a nié ce drame en affirmant devant le parlement qu’«il n’y a pas eu de massacre à Melilla ni des personnes qui voulaient entrer pacifiquement sur le territoire national». Un propos qui «disculpe» le Maroc et contredit les rapports des organisations des droits de l’homme et les faits rapportés par les médias. Fernando Grande-Marlaska a été malmené par les députés de différentes tendances hormis ceux de l’extrême droite qui l’ont soutenu. Et il n’est pas arrivé à convaincre avec sa version douteuse du déroulement des faits ce 24 juin 2022. Il a aussi étalé sa complicité avec des autorités marocaines en défendant l’intervention brutale et violente des services de sécurité de sa majesté qui s’est soldée par la mort de 23 migrants, selon le Maroc, et 37, selon une ONG qui les a dénombrés.

Le Maroc empêche une enquête des parlementaires européens

Cette version du premier policier espagnol a eu un écho du côté de Rabat par l’interdiction d’une délégation de parlementaires européens d’entrée à Nador pour enquêter sur cette tragédie. «Les autorités marocaines ont empêché, ce mardi, une délégation de parlementaires européens d’entrer dans la ville de Nador pour enquêter sur la tragédie ayant conduit à la mort de dizaines de migrants tués par la police marocaine alors qu’ils tentaient d’entrer dans l’enclave espagnole de Melilla», a indiqué l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH). Les autorités qui les ont informés de ce refus n’ont fourni aucune raison.

Des députés réclament la tête de Grande-Marlaska

L’eurodéputé Miguel Urban, qui conduisait la délégation, était le matin de la même journée à Melilla et a demandé la démission ou la révocation du ministre de l’Intérieur espagnol pour sa co-responsabilité dans cette tragédie, selon Europa Press. Le député a également pointé du doigt la responsabilité du Maroc et a évoqué «la responsabilité pénale des forces de sécurité marocaines comme leur gendarmerie et le gouvernement marocain lui-même». «Nous parlons de l’assassinat d’au moins quarante personnes et de la disparition de soixante-dix autres (…), il s’agit d’un acte criminel qui doit rendre des comptes car, sinon, la loi de l’anarchie et la loi de l’impunité prévaudront, précisément sur le territoire européen, et cela ne peut être autorisé», a martelé le député devant les journalistes. Il a bien entendu réclamé sa démission ou son limogeage en estimant son attitude honteuse, sachant que l’UE participe au financement de la lutte du Maroc contre l’immigration clandestine. L’eurodéputé a rappelé au ministre de l’Intérieur qu’il devra comparaître devant le parlement européen pour s’expliquer sur ce drame et sa sanglante gestion.

Un député du parti populaire, le PP, a dénoncé les propos de Fernando Grande-Marlaska qui ont déformé les faits survenus ce jour-là et réclamé les images et les vidéos qui ont été prises sur les lieux du drame pour prouver que la force utilisée par les forces de sécurité marocaines était «disproportionnée», contrairement à ce qu’il avançait. En effet, des vidéos et images ont circulé sur les réseaux sociaux montrant des dizaines de migrants au sol, quasiment inertes. Certaines montraient également les forces de sécurité marocaines en train de tabasser des migrants. Les corps de blessés ont été entassés, sans soins, pendant des heures. Fernando Grande-Marlaska prétend le contraire et des députés craignent que les images soient manipulées avant de les rendre publiques. Surtout que ce dernier accuse les migrants d’avoir usé de violence pour accéder à l’enclave espagnole de Melilla. Plus grave encore, les autorités des deux pays ayant eu vent du déferlement des migrants au moins une journée à l’avance n’ont rien fait pour éviter le drame. Bien au contraire, elles ont laissé les migrants s’engouffrer dans «l’entonnoir» qui sert d’entrée dans l’enclave avant que s’abatte sur eux la répression.

Plusieurs pays et ONG ont exigé l’ouverture d’une enquête indépendante, afin de faire la lumière sur ce qui s’est réellement passé ce 24 juin à Melilla et sanctionner les auteurs. Rabat et Madrid, alliés dans cette affaire, ne semblent nullement disposés à laisser l’enquête se faire.

D. B.