Le Pr Bessaoud tire la sonnette d’alarme : «Le prix du blé risque de doubler dès cet été»

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/La Confédération algérienne du patronat citoyen a organisé, hier à l’hôtel El Aurassi, une rencontre sur la sécurité alimentaire au cours de laquelle le professeur Omar Bessaoud, enseignant à l’Institut agronomique méditerranéen de Montpellier (IAMM) a présenté une étude intitulée «de la sécurité à la souveraineté alimentaire».  Pour le conférencier, la souveraineté alimentaire est une dimension politique de la sécurité alimentaire.

Pour mettre en relief l’importance de la souveraineté alimentaire, le Pr Omar Bessaoud dira que la crise actuelle induite par le conflit armé russo-ukrainien interpelle les esprits, et appelle à se poser des questions sur le modèle de croissance agricole à suivre. Mieux encore, les enseignements de la crise alimentaire de 2008, la crise sanitaire actuelle et la volatilité des prix des produits agricoles de base confortent le nécessaire renforcement des capacités internes de production afin de «rééquilibrer une balance commerciale agricole structurellement déficitaire».   Avec 14% du PIB, une population active qui représente 20% de la population active nationale, soit 12,2 millions de personnes, l’agriculture a enregistré 6,6% de croissance jusqu’en 2020. Mais depuis 2021, l’ensemble des secteurs enregistrent une reprise, sauf l’agriculture. Pire encore, Omar Bessaoud se réfère au rapport de la Banque d’Algérie qui a révélé que l’inflation qui a atteint les 9,1% a été causée par la hausse des prix des produits alimentaires. Un constat qui révèle la fragilité de ce secteur, surtout que l’Algérie se caractérise par des terres, en grande partie, arides et semi-arides, et les changements climatiques qui s’opèrent ne sont pas pour arranger les choses sachant que dans le nord de l’Afrique, l’Algérie est le pays le moins gâté par la pluviométrie.

Très forte dépendance des importations

Le Pr Omar Bessaoud note la forte dépendance du pays de l’importation du blé tendre (72%), et qui doit interpeller dans la mesure où ce produit a enregistré une inflation extraordinaire. Une inflation qui a commencé en mai 2020, passant à plus de 400 dollars. «Et c’est à partir de juillet 2022 qu’il faudra s’inquiéter, puisque c’est le début de la campagne commerciale de ce produit, car les analystes estiment qu’il pourrait atteindre les 800 dollars si la crise russo-ukrainienne persiste, ces 2 pays représentent 30% des exportations mondiales», affirmera-t-il. A ce titre, il préconisera la mise en place d’un laboratoire qui suive l’évolution des productions mondiales, la climatologie et l’évolution des marchés pour anticiper sur les besoins et les achats. Affirmatif, il dira que «l’OAIC ne peut plus fonctionner en 2022 comme avant».

Les surfaces agricoles dédiées au blé représentent 70% des terres cultivées

Le conférencier rappellera que le pays dispose d’une surface agricole utile (SAU) de 8,5 millions d’hectares, mais le fait est que 250.000 hectares de terres fertiles ont été rongés par le béton dans le nord, et la plus grande partie de cette SAU se trouve dans des zones arides et semi-arides. Et d’ajouter que les SAU dédiées au blé représentent, pourtant, 70% des terres cultivées. Et là, il n’est pas question de surfaces, mais de rendements. Il précisera, à ce propos, que les dimensions des exploitations agricoles ont diminué, pour voir leur nombre augmenter. « La moyenne des superficies des exploitations agricoles est de 6,8 hectares, alors qu’elle est de 64 hectares dans les pays qui disposent d’une agriculture avancée dans la rive sud de la Méditerranée», révèlera-t-il pour expliquer la baisse des rendements. Le défi serait de substituer les semences importées par les semences locales et aller vers la reconquête de ce 1er maillon de la céréaliculture. Et selon lui, il faut, par contre,  trouver le moyen de se focaliser sur les produits agricoles de base que sont le blé, le lait et le sucre qu’il faut densifier, tout en diversifiant les cultures, mais en faisant en sorte de préserver les ressources naturelles (eaux souterraines), l’environnement…Et se focaliser sur les cultures sahariennes ne serait pas très réaliste à ses yeux. Tout comme l’estimation du coût économique de l’agriculture algérienne estimé à 25-30 milliards de dollars, ce qui serait subjectif

Effacer les mythes

Sur les potentialités de l’Algérie, l’enseignant en agronomie agricole réfutera le mythe qui a fait croire que l’Algérie était le grenier de Rome, «ce qui est faux au vu des archives, puisque l’Algérie n’a exporté que 230.000 tonnes de blé de 1740 à 1830». Se recentrer sur la réalité, c’est se réorienter vers une agriculture durables qu’il faut promouvoir, développer l’agriculture de proximité, l’intégration des enjeux climatiques, la décolonisation du système technique, l’établissement d’un équilibre entre les approvisionnements et la production. «Il faut un débat national pour tracer une véritable feuille de route, et non réagir selon les urgences de l’heure», affirmera le Pr Omar Bessaoud pour qui on ne peut envisager un développement agricole sans développement rural et sans développement territorial.