L'Algérie Aujourd'hui
Sports

Le roi Belaïli éblouit le monde

Pour marquer à jamais les esprits des Algériens, il y a des matches dans lesquels il faut s’illustrer. On pense aux confrontations avec nos rivaux de toujours les Egyptiens, mais plus particulièrement avec les voisins marocains. Youssef Belaïli en marquant un but venu d’ailleurs samedi, déjà adulé et aimé par les Algériens avant son chef-d’œuvre à Doha, sa cote de popularité en Algérie est depuis au zénith. Sur les réseaux sociaux, il n’y avait que lui, son but est tourné en boucle. Pour narguer les supporters des Lions de l’Atlas, les Algériens, qui ne manquent jamais d’idées dans ce jeu, ont baptisé Belaïli « roi du… Maroc ». Ce qui nous rappelle le sobriquet que lui ont donné  les supporters de l’USMA qui l’appelaient affectueusement « El Achour Achar » (série télévisée algérienne). D’autres ont repris l’image de l’attaquant oranais embrassant un joueur marocain à la fin du match : « Bon retour à Casablanca », imaginaient-ils Belaïli dire à son adversaire (allusion à l’élimination). Couvert d’éloges, Youssef Belaïli est devenu le temps d’un match l’homme le plus aimé des Algériens. Il le mérite bien pour la joie que lui et ses coéquipiers ont procurée à leurs citoyens qui étaient aux anges après la victoire sur le voisin marocain.

Du stade à l’hôpital

Quelques instants après la fin de la rencontre, une photo a montré Youssef Belaïli traverser la zone mixte, un peu affaibli et aidé par des accompagnateurs de la sélection nationale. Cette photo a suscité la frayeur des Algériens qui s’interrogeront sur l’état de santé de leur chouchou. Renseignements pris, le héros de samedi soir avait vomi à son retour au vestiaire, conséquence d’après notre interlocuteur, de la grosse débauche d’énergie qu’il déploya pendant 120 minutes et un coup porté sur l’arrière de son crâne.  Toutefois, il a repris ses forces quelques instants après et veilla tard la nuit en compagnie de son pote Baghdad Bounedjah, et des membres de sa famille présents sur place. Que les fans de l’EN soient rassurés, Youssef Belaïli ne souffre d’aucune blessure ou maladie, c’était juste un petit coup de pompe. Mercredi, il sera, sauf imprévu présent, pour la demi-finale contre le pays organisateur, le Qatar.

Un phénomène !

La carrière du surdoué attaquant formé au MCO a connu des hauts et des bas depuis qu’il a commencé dans le haut niveau, plus précisément au CABBA en 2009/2010, après une brève expérience à l’Entente de Sétif qu’il avait rejoint un an auparavant. Cette brève expérience dans les deux clubs de l’Est du pays lui a permis de découvrir pour la première fois la L1, alors qu’il n’avait pas encore 20 ans. Finalement, c’est au MCO qu’il se fera un nom l’été 2010, le club-phare de l’Ouest et son nouveau président Tayeb Mehiaoui, qui a pris le relais du défunt Kacem Elimam, qui était très malade.

Une vie comme un roman

Après son expérience au CABBA, Youssef Belaïli n’avait qu’une seule obsession : retourner à son club formateur, le MCO, et prouver qu’il a le talent de s’imposer malgré son jeune âge (il avait 18 ans). Tayeb Mehiaoui hésitait dans un premier temps à le recruter, car il craignait qu’à son âge, il ne supporterait pas la pression des Hamraoua qui réclamaient des joueurs connus et confirmés. Convaincu par des proches du MCO, le nouveau boss du club finira par lui proposer de signer au club. Tayeb Mehiaoui sera surpris par l’audace du jeune attaquant, lequel après avoir paraphé son contrat, lui promettra : « Président, dans peu de temps, tout le stade Ahmed-Zabana scandera mon nom, c’est ma promesse ! » C’est pour dire que très jeune, il était sûr de ses capacités. Un jour, un de ses anciens coéquipiers nous relatera une histoire qui montre bien que Belaïli n’est pas du genre à vendre du vent ; quand il promet quelque chose, il l’exécute. « Un jour, la veille d’un match très important pour le maintien à Bejaia, à l’hôtel après le dîner, il nous a dit : ‘’Je ferais moi seul l’équipe demain’’. Tout le monde était surpris par cet excès d’optimisme de sa part. Le jour du match, il a effectivement battu à lui seul la JSMB.»

«Gourcuff, donne-moi 15 minutes»

A propos de ses promesses, que dire du défi qu’il lança à Christian Gourcuff, alors sélectionneur national dans une interview accordée à Compétition : «Donne-moi juste une demi-heure et tu verras de quoi je suis capable.» Avant la demi-finale, dans une vidéo tournée en boucle sur les réseaux sociaux, il a déclaré dans le vestiaire : «Franchement, on ne craint aucune équipe. » Ce qui explique bien que la pression, il ne connaît pas. Sûr de son talent, pour lui, quand il rentre sur un terrain, peu importe l’enjeu du match, il reste serein et confiant. Ce qui fait la différence entre lui et les autres joueurs d’ailleurs. Quelqu’un d’autre à sa place, après sa suspension de 4 ans (finalement réduite de moitié) aurait certainement dit adieu à sa carrière. Mais lui, non seulement il est revenu très fort, aujourd’hui, il est devenu un élément indispensable en équipe nationale. Bien que sa carrière en club n’ait pas connu la trajectoire que son énorme talent autoriserait, faut-il le préciser, cependant, sa carrière en sélection connaît une réussite totale avec le titre de champion d’Afrique en 2019, dont il fut l’un des grands artisans, et c’est loin d’être fini. « Je veux remporter cette coupe arabe », a-t-il déclaré après la demi-finale contre le Maroc. Comme il a tiens toujours ses promesses, le rêve de voir les Verts rentrer au pays avec le trophée est permis.

Ce qu’il doit à Belmadi

Avant qu’il ne devienne le « faiseur de joie » des Algériens, personne ne l’imaginait atteindre un tel niveau. S’il est parvenu à rebondir dans le haut niveau, il faut rendre hommage à Djamel Belmadi. Le coach national avait, lors des négociations de son contrat avec l’ancien président de la FAF Kheiredine Zetchi, exigé le retour de Belaïli qui était banni en sélection nationale après sa suspension suite à un test antidopage. Sauf que Belmadi ne l’entendait pas de cette oreille ; il avait fait du retour de l’enfant prodige du football algérien sa condition sine qua none avant d’apposer sa signature sur le contrat que lui proposait la FAF. Finalement, il a eu le dernier mot. Avec le succès que connaît depuis Youssef Belaïli en équipe nationale, on imagine que Djamel Belmadi tire une grande satisfaction, car le temps lui a donné raison. Toujours reconnaissants envers le coach national, les Algériens n’exprimeront jamais assez leur gratitude pour Djamel Belmadi d’avoir récupéré un talent que ses prédécesseurs avant lui ont malheureusement ignoré. Comme dirait l’autre, il n’est jamais trop tard pour bien faire.

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