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Les banques face à leurs responsabilités

/Le Premier ministre, ministre des Finances, Aïmene Benabderrahmane, qui s’exprimait, samedi dernier, lors de la journée d’information organisée par l’Association des banques et établissements financiers (ABEF), a appelé les institutions financières et bancaires à développer davantage les produits d’épargne pour attirer la masse monétaire qui circule dans le circuit informel.  

L’occasion de la Journée mondiale de l’épargne qui a coïncidé avec l’installation de l’Observatoire national de l’épargne aura été l’occasion pour le Premier ministre d’insister pour que «les produits bancaires soient adaptés à la demande de la clientèle afin de capter l’épargne au maximum et assurer des produits bancaires attractifs et un vecteur de la bancarisation». Pour y arriver, il préconisera de mettre en place des campagnes de sensibilisation et un plan de communication efficace qui promeut l’épargne et conforte la culture de l’inclusion financière, à même «d’attirer les fonds thésaurisés et la masse monétaire circulant dans le circuit informel» estimée par le président de la République à près de 10.000 milliards de dinars, soit l’équivalent de 90 milliards de dollars. Abdelmadjid Tebboune, avait, fin septembre dernier, jeté un véritable pavé dans la mare avec l’annonce de ce chiffre qui révélait l’ampleur prise par ce phénomène de thésaurisation en un temps aussi court.  Il est utile de rappeler que l’argent circulant hors banques a été évalué, par la banque d’Algérie, à 6.140,7 milliards de dinars à fin 2020 (près de 60 milliards de dollars).

34,73% de la masse monétaire

L’argent thésaurisé et qui alimente le secteur de l’informel a, ainsi, atteint 34,73% de la masse monétaire à fin 2020. La monnaie fiduciaire en circulation est, ainsi, passée de 4.629 milliards de dinars en janvier 2017 à 4.842 milliards de dinars en janvier 2018 et à 5.047 milliards de dinars en janvier 2019. Mais pour Aïmene Abderrahmane, il s’agit de capter cette masse fiduciaire, dont l’essentiel relève de l’argent issu d’activités légales mais non déclarées, sans toutefois qu’il y ait confusion avec le blanchiment d’argent que «nous continuerons à combattre», précisera-t-il.  On se rappelle qu’en 2017, alors qu’il était premier ministre, Abdelmadjid Tebboune avait, en ce sens, déclaré à l’occasion de la présentation du plan d’action au Sénat, que son gouvernement comptait drainer tout l’argent de l’informel pour éviter l’endettement extérieur. Son prédécesseur qui a tenté de traquer l’argent de l’informel par le biais de l’opération de conformité fiscale et le lancement d’un emprunt obligataire avait échoué, considérant que les résultats de ces deux opérations se sont avérés très modestes, très loin de drainer cette manne estimée à 40 milliards de dollars. Plusieurs facteurs avaient, à l’époque, empêché que cette mobilisation de ressources du marché parallèle soit couronnée de succès : le manque de confiance à l’égard des autorités chargées de ces opérations, des modalités guères attractives pour les détenteurs de «chkaras», et la non-prise en considération du critère religieux.

«L’épargne pour aider à financer l’économie nationale»

Le Premier ministre qui se trouve, aussi, être ministre des Finances soulignera que l’épargne nationale est passée de 2.623 milliards de DA à la fin de l’année 2018 à 2.860 milliards de DA à la fin juin 2021. Il estime que ce niveau était «correct pour le volume de l’économie algérienne, mais reste faible par rapport aux objectifs tracés».

Lors de cette journée d’information qui coïncide avec la journée mondiale de l’épargne, le Premier ministre a installé l’Observatoire national de l’épargne. Celui-ci qui se compose de représentants des banques et des sociétés d’assurances, de l’Office national des statistiques (ONS), du Conseil national économique, social et environnemental (CNESE), ainsi que d’experts du secteur représente, selon le Premier ministre, «un outil au service de la communauté bancaire et de tous les acteurs intéressés par l’épargne et ses enjeux économiques». Et d’ajouter que «c’est également une force de proposition en terme d’innovation en matière de produits destinés au marché en couvrant les aspects conceptuels, réglementaires et fiscaux». Il en appellera, d’ailleurs, aux responsables des institutions bancaires et autres organismes financiers de «suivre avec attention toutes les études et enquêtes de l’observatoire national de l’épargne qui aura à analyser la situation de l’épargne en Algérie».

Pourquoi l’Algérien n’épargne-t-il plus ?

Pour Saïd Kahoul, consultant en management, «la masse en banque était de 2.500 milliards de dinars avec un taux de réserves obligatoires de 9% en 2010». Celui-ci qui intervenait sur les colonnes d’un quotidien national indique qu’«en 10 ans, le TRO a chuté de 7% pour être réduit à 2% et une masse de 612 mds de DA en banque», en notant au passage que l’Etat a imprimé dans le cadre du financement non conventionnel, près de 6000 milliards de DA. Mais selon cet expert, «on ne peut pas dire que l’Etat a échoué à domestiquer l’économie informelle, mais plutôt qu’il n’a rien fait pour bancariser la grande partie de l’informel». M. Kahoul a, aussi, estimé que «l’inflation et l’érosion du pouvoir d’achat des ménages accéléreront la pression sur les banques et les CCP par les besoins des ménages qui verront leur épargne se réduire». Toutefois, il a expliqué que «ce n’est pas avec la dépréciation du dinar, la baisse du TRO, l’élargissement de l’assiette fiscale et une hypothétique appréciation du prix du baril qu’on arrivera à des solutions pérennes». Toutefois, il a considéré que «la solution pérenne est de trouver une issue à l’économie informelle qui a une corrélation élevée avec la corruption pour la réduire à un niveau marginal».  

B. A.

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