Lutte anti-Covid : Un nouveau plan s’impose

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Lutte Covid

/Tous les indicateurs laissent penser que la campagne de vaccination lancée en Algérie est loin, voire très loin de ses objectifs. Les résultats sont là pour confirmer cette réalité qui est appuyée par les données du ministère de la Santé et de la population. Ce dernier (MSP) parle de plus de 11 millions de personnes vaccinées, ce qui nous amène à plus de 10% de la population ciblée, alors qu’il était question d’atteindre les 70% avant la fin de l’année en cours.

Du coup, les spécialistes de la santé s’accordent à préconiser une nouvelle stratégie pour inciter les citoyens à se faire vacciner, quand bien même le premier magistrat du pays s’est interdit d’obliger les gens à le faire. Et pourtant, le spectre d’une 4e vague plane de plus en plus, ceci d’autant que les pays qui ont atteint l’immunité collective n’ont pas échappé à la 4e vague.  La vaccination contre la Covid-19 en Algérie patine. Malgré toutes les campagnes et les dispositifs mis en place, le niveau taux de vaccination peine à dépasser les 50% de la population ciblée. La baisse des contaminations et du nombre de décès ont fini par dissuader les Algériens d’aller se faire vacciner. Pire encore, la baisse de la vigilance est largement constatée dans nos rues, les mesures sanitaires, tel que le port du masque et la distanciation, ne sont presque plus appliqués.  Avec les faibles niveaux de vaccination, le pire est à craindre par les spécialistes qui pointent du doigt le manque d’agressivité des pouvoirs publics en matière de sensibilisation quant à la dangerosité du virus, et d’incitation à la vaccination.

Mieux encore, la 3e dose qui était recommandée à une certaine catégorie de personnes (plus de 60 ans et celles présentant des comorbidités) est, aujourd’hui, fortement recommandée pour l’ensemble des personnes vaccinées depuis 6 mois et plus. Les recherches ont démontré qu’après 6 mois, le vaccin commence à perdre de son efficacité.

Epidémiologistes, immunologistes et préventologues s’accordent à mettre en avant l’impératif d’élaborer une nouvelle stratégie de communication afin d’inciter les citoyens à se faire vacciner contre la Covid-19.

Des mesures plus incitatives

Le professeur Abderrazak Bouamra, spécialiste et chef de service épidémiologique à l’hôpital de Tipaza a estimé, dans une déclaration à l’APS, que le ministère de la Santé est appelé à dévoiler les raisons qui se cachent derrière la réticence des citoyens face à la vaccination, et à prendre les mesures nécessaires pour gagner leur confiance et les encourager à se faire vacciner, d’autant plus que les doses sont disponibles. Il incitera à «prendre des mesures urgentes» au profit des catégories ciblées, les invitant à se faire vacciner, d’abord pour éviter les grands risques en cas de 4e vague, et ensuite pour éviter de revivre «la pression qu’ont connue les hôpitaux et diminuer au maximum le nombre de contaminations et de décès», a-t-il recommandé, craignant de ne pouvoir maitriser la situation épidémiologique si la réticence persiste, notamment avec la grippe saisonnière qui se pointe à l’horizon.  L’unanimité sur la complication de la situation pandémique avec l’arrivée du froid et la grippe saisonnière fait craindre le pire avec les faibles taux de vaccination enregistrés jusque-là. Et à ce sujet, le Pr Bouamra est catégorique quant à «l’obligation du pass sanitaire» qui demeure, selon le spécialiste, une option incitant les citoyens à se faire vacciner afin d’atteindre le taux de 70%. Celui-ci (pass sanitaire) n’est, pour l’heure, imposé que pour l’accès aux stades de football.  Le Pr. Kamel Djenouhat, immunologiste et président du conseil scientifique du CHU de Rouiba, partage cet avis en affirmant que «l’hésitation constatée chez de nombreux citoyens face à la vaccination est un comportement irresponsable qui exposerait la société à d’autres vagues encore plus dangereuses».

Une «trêve» qui augmente les réticences

Invité à commenter le recul des cas de contaminations (moins de 100 cas/jour) et de décès (moins de 5) ces dernières semaines, et qui peut laisser croire au «début de la fin du virus»,  l’immunologiste incite à la vigilance face à un virus qui circule toujours. Les exemples à travers le monde sont là pour appuyer ses dires. Il est vrai que, passé le pic de la 3e vague, l’affluence des Algériens vers les centres et points de vaccination a commencé à baisser drastiquement, alors que les mesures de prévention (distanciation physique et port du masque) ont pratiquement disparues.Pour lui, les personnes ayant attrapé la Covid-19 et qui refusent le vaccin au motif d’une immunité qu’ils auraient eue suite à leur contamination, commettent «une grave erreur». Le virus circule toujours et les scientifiques n’ont pas encore défini la durée de cette immunité, a-t-il dit. Ceci est valable même pour les personnes vaccinées tant «une immunité totale et à long terme n’est pas garantie», ajoute t-il, soulignant l’importance d’observer les mesures préventives, notamment le port du masque et la distanciation physique, pour freiner la propagation du virus. Pour le Pr Djenouhat, ces mesures s’avèrent d’autant plus nécessaires à l’approche de la saison du froid, le risque d’attraper la grippe saisonnière, dont les symptômes sont similaires à ceux du Covid, pouvant, selon lui, «compliquer la campagne de prévention et de prise en charge médicale, en particulier des personnes non vaccinées et des catégories défavorisées». De son côté, le Dr Mohamed Yousfi, président de la société algérienne d’infectiologie, met en garde contre cette «trêve», qui se traduit par la stabilité en termes des cas de contamination et la baisse du taux de mortalité, n’écartant point l’apparition d’une quatrième vague de pandémie, comme ce fut le cas dans certains pays occidentaux.

«Une 4e vague dans les prochaines semaines»

Le professeur Reda Djidjik, président de la Fédération algérienne de pharmacie et chef de service immunologie du CHU Beni Messous partage cette crainte. Ce dernier a déclaré à l’Algérie Aujourd’hui qu’il «craint une 4e vague pour les semaines à venir». Pour lui, avec la conjugaison de plusieurs facteurs tels la faiblesse du niveau de vaccination, la baisse de la vigilance et l’inobservation des mesures préventives avec l’approche de l’hiver et la grippe saisonnière, l’Algérie devrait entamer sa 4e vague vers la fin décembre début janvier.

Pire encore, cette appréhension se confirme avec cette directive du ministère de la Santé et de la population adressée, la fin de semaine dernière, aux directeurs de la santé et chef d’établissements hospitaliers, leur demandant d’entamer le rappel des personnes ayant reçu leur 2e dose depuis 6 et plus, pour une 3e dose. Faut-il attendre la 4e vague pour passer aux mesures incitatives ?

B. A.

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