Lutte contre le marché informel des devises : Les explications de Faïd

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Lutte contre le marché informel des devises : Les explications de Faïd

PAR R. AKLI

« L’éradication du marché informel des devises est un objectif qui requiert l’implication de nombreux départements ministériels et institutions de l’Etat pour asseoir des règles de marché, de transparence et de contrôle strict et rigoureux des transactions économiques et financières. »

C’est en effet ce qu’a fait valoir le ministre des finances Laâziz Faïd, en réponse à une question écrite adressée tout récemment au gouvernement par le député Ahmed Rabhi au sujet des mesures et actions à entreprendre en vue d’éliminer le marché noir des devises. Explicite et formel, le premier argentier du pays a tenu à préciser dans ce contexte qu’une éventuelle démarche visant l’éradication du marché noir des devises nécessite également l’orientation vers l’instauration d’une convertibilité totale du dinar qui permettrait à l’ensemble des citoyens d’échanger librement leurs avoirs en monnaie nationale contre des devises fortes librement convertibles.

Or, a-t-il averti, un tel régime de convertibilité totale serait de nature à créer « un grand problème pour l’économie nationale et pour la gestion de la politique de change dès lors, a-t-il dit, que « la nature et les circonstances actuelles de l’économie du pays ne permettent pas d’adopter un tel régime de change ». De fait, a souligné le ministre, « les risques inhérents à l’instauration d’un régime de convertibilité totale du dinar sont les fuites de capitaux et par conséquent la chute des réserves officielles de change, alors que les capacités de l’économie nationale à générer des recettes en devises fortes ne sont pas stables ».

En définitive, a-t-il plaidé, « l’un des facteurs-clés qui pourraient participer de façon efficace et substantielle à la concrétisation de l’objectif d’éradiquer le marché informel des devises consiste en la sensibilisation des citoyens à l’importance de recourir au marché officiel des
changes et des avantages qu’une telle adhésion pourrait induire tant pour eux-mêmes que pour l’économie nationale dans son ensemble ». En ce sens, le ministre a précisé qu’en vertu de la nouvelle loi monétaire et bancaire, entrée en vigueur en juin dernier, « l’organisation du marché des changes relève des prérogatives de la banque d’Algérie » qui, a-t-il rappelé, « a mis en place un nouveau règlement pour permettre l’ouverture de bureaux de change, de sorte à instaurer un cadre organisé et cohérent pour faciliter les opérations de change de façon graduelle ».

L’autorisation de ces bureaux de change, a-t-il assuré, « est une opération à la fois ouverte
et transparente qui constitue une première étape pour moderniser le cadre organisationnel relatif aux opérations de change et qui doit répondre aux conditions de croissance et de développement de l’économie nationale ».

Tel qu’édicté par la banque centrale à travers son nouveau règlement fixant les conditions d’autorisation et de constitution de bureaux de change, ces derniers auront notamment la possibilité de pratiquer des opérations de vente directe de devises étrangères contre la monnaie nationale au profit de personnes physiques résidentes, au titre du droit à l’allocation voyage, aux soins médicaux et aux frais d’études et de stage à l’étranger.

Des opérations qui pourront ainsi leur garantir une certaine marge de profit, ce qui pourrait favoriser à terme l’émergence d’un premier réseau de points de ventes officiels de devises, notamment à travers les ports et les aéroports, l’enjeu étant d’instaurer dans un premier temps de nouveaux usages au sein du paysage financier domestique.

L’instauration d’une convertibilité totale du dinar n’étant au demeurant pas à l’ordre du jour, comme l’a expliqué le ministre, la réduction du poids du marché noir des devises devra passer surtout par un rapprochement des taux de change officiel et informel, en favorisant la poursuite de la réévaluation progressive de la valeur de la monnaie nationale. Un objectif qui reste en définitive condition des efforts de diversification de l’économie nationale et des revenus du pays en devises fortes.

R. A.