Mahboub Bati, monument du chaâbi moderne

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Mahboub Bati

Il a révolutionné la chanson chaâbi avec son approche audacieuse. Nous lui devons plusieurs titres à succès, tels que « El Bareh » d’El-Hachemi Guerouabi, « Rah el-ghali » de
Boudjemâa El-Ankis, « Mali hadja » de Amar Ezzahi ou encore « Nesthel el-kiya » de Amar
El-Achab. Lui, c’est Mahboub Bati, un auteur- compositeur au talent singulier.

PAR DELLOULA MORSLI

Né en 1919 à Médéa, Safar Bati Mohamed El-Mahboub, de son vrai nom, a révélé dès son plus jeune âge un penchant pour la musique et la poésie. Issu d’un milieu humble, il a reçu un premier enseignement dans une école coranique avant de travailler comme apprenti-coiffeur.

Autodidacte, Bati s’est initié à divers instruments de musique, de la mandole aux percussions, en passant par le violon, le banjo, la cithare et la flûte. Son talent naturel et sa persévérance lui ont permis de devenir un musicien accompli. En 1940, son ami et cousin Mahboub Stambouli l’invite à rejoindre la première troupe de jazz d’Alger qu’il vient de créer et où Bati joue du saxophone et de la clarinette. Rapidement, son talent se fait
remarquer dans le milieu artistique algérois. Dès le début des années 1950, il est sollicité par de nombreux chanteurs pour composer et écrire des chansons.

Au lendemain de l’indépendance, il se consacre à revisiter la chanson chaâbi, à laquelle il
donne un nouveau souffle en introduisant des paroles simples et bouleversantes sur des compositions mélodieuses. Les conservateurs du genre musical ne voyaient pas le projet de Bati d’un bon œil. Ils lui reprochaient notamment de s’éloigner des textes traditionnels du melhoun.

Peu importe, cette aventure musicale lui tenait à cœur et il l’a mènera jusqu’au bout. Mahboub Bati n’était pas un simple compositeur, il était un véritable dénicheur de talents.
Doté d’une intuition rare, il cernait immédiatement le potentiel de chaque chanteur et composait pour lui des chansons sur mesure. Sa connaissance du solfège et des musiques du pays lui permettait de créer des mélodies parfaitement adaptées à la voix et au style de chaque interprète. Il a joué un rôle crucial dans le succès de nombreux artistes de renom, en leur offrant des chansons devenues des classiques, à l’instar de Boudjemâa ElAnkis, Guerouabi, Amar Ezzahi, Chaou Abdelkader, Seloua et tant d’autres. Il s’éteint le 21 février 2000, à l’âge de 81 ans, laissant derrière lui un héritage musical inestimable.