Malek Abdesselam, docteur en hydrogéologie : «Les dernières précipitations n’ont presque aucun impact sur le remplissage des barrages»

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Malek Abdesselam, docteur en hydrogéologie : «Les dernières précipitations n’ont presque aucun impact sur le remplissage des barrages»

Par Abdellah B.

Les chutes de neige et de pluie qu’enregistrent plusieurs régions du pays durant ces derniers jours ont allumé une lueur d’espoir au sein des citoyens qui ont connu des difficultés en matière d’approvisionnement en eau, notamment dans les grandes villes.

Le docteur en hydrogéologie Malek Abdesselam de l’université Mouloud-Mammeri à Tizi Ouzou nous explique la situation hydrique du pays, après les dernières pluies qui sont tombées dans le pays et évoque le taux de remplissage des barrages qui, selon lui, n’est pas impacté.

Sur ce point, le professeur Malek Abdesselam a un avis tranché en affirmant que «ce n’est pas parce que c’est spectaculaire que ça aura un impact important sur le taux de remplissage des barrages».

En allant un peu plus dans le détail, le directeur de laboratoire de recherche à l’université de Mouloud-Mammeri affirme que le taux de précipitation de ces derniers jours aura un impact «minime pour ne pas dire insignifiant» sur le taux de remplissage des barrages qui a bougé seulement de 1% pour atteindre une moyenne 33% selon les chiffres officiels.

En effet, selon ce dernier, «le taux de précipitations se concentre dans le littoral, contrairement aux régions intérieures du pays, ce qui fait qu’il n’y a pas un impact important sur le taux de remplissage des barrages», explique-t-il.

Avant d’enchainer : «Si on prend à titre d’exemple le barrage de Taksebt à Tizi Ouzou, il y a la moitié de ce que a été enregistré l’année dernière. On avait à fin janvier 52 millions m3 dans le barrage de Taksebt, cette année, nous sommes entre 27 et 28 millions.»

L’autre exemple qui est aussi inquiétant est celui du barrage de Koudiet Acerdoune à Bouira qui est «le deuxième barrage au niveau national avec une capacité de stockage de 640 millions de m3 avec un taux de remplissage de 4%».

Autrement dit, on commence déjà l’année avec un déficit énorme par rapport à la même période de l’année dernière.

Pour ce qui est de scénarios plausibles pour l’année en cours, Dr Abdesselam fournit trois suppositions.

«Si on fait un scénario moyen, il y aura moins de manque que l’année dernière, et si on est pessimiste, on ferait beaucoup moins. Et si on s’attache à l’espoir de l’amélioration de taux de précipitation et de pluviométrie dans les mois de mars, avril et mai, comme c’était bien le cas de l’année dernière, on atteindrait le même niveau que celui de l’année dernière», explique-t-il.

 «Transférer l’eau vers d’autres régions par bateau»

Selon ce dernier, tous les scénarios mènent à un seul point de raccordement, celui de dire que la situation est préoccupante.

«L’année dernière, les chutes de pluie durant les mois de janvier et février ont été très faibles, c’est durant le mois de mars que le taux de précipitation s’était un peu amélioré, même si ce n’était pas grand-chose, et cette année encore, le taux des barrages n’est qu’à 57% à l’est du pays et 17% pour les barrages à l’ouest.»

En évoquant le débordement de certains barrages à l’est du pays comme celui de Tablout (wilaya de Jijel) ces derniers jours, et qui fait près de 300 millions m3, Dr Abdesselam affirme que «ce barrage n’est pas utilisé, donc il est plein en permanence, dès qu’il pleut ça déborde».

Pour ce qui est de la récupération de cette eau, Dr Abdesselam affirme qu’il existe une solution qui est utilisée dans plusieurs pays de la Méditerranée comme la Grèce, l’Espagne, l’Italie et d’autres qui recourent au transfert des eaux par bateau.

«Il est possible de faire des lâchers et récupérer l’eau juste au port de Djendjen et la mettre dans des bateaux et la transférer d’une région à une autre, ce qui se fait dans plusieurs pays du monde, comme l’Espagne, la Grèce, l’Italie, au lieu de l’importer de l’étranger», propose-t-il.

Détournement des lits de rivière pour alimenter des barrages

L’amélioration de taux de remplissage des barrages passe inéluctablement par «le détournement des lits de rivières» pour alimenter les barrages.

«D’importantes quantités sont perdues dans la mer, alors que des solutions non coûteuses existent et feront profiter à la fois les citoyens et les agriculteurs et permettront également la préservation des eaux de nappes», affirme-t-il.

Dr Abdesselam cite à titre d’exemple le barrage de Keddara qui alimente la capitale en eau. «On a un exemple qui date de 1988, c’est le barrage de Keddara qui alimente Alger, son bassin versant est très petit par contre, on lui importe de l’eau. Une galerie souterraine y amène le surplus du Hamiz et de Beni Amrane.

Comme il y a oued El-Hachem détourné vers le barrage de Boukerdane à Tipaza. Et celui qu’on suit de près, c’est celui de Sebaou vers Taksebt malheureusement le projet traîne, on peut transférer des millions de mètres cubes.»