Mali, l’Algérie jouera pleinement son rôle

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/L’Algérie compte jouer pleinement son rôle et éviter une escalade dans le bras de fer engagé entre le Mali et la CEDEAO. Tout en appelant à la retenue et en formulant des propositions fermes et claires, notre pays, en sa double qualité de chef de file de la médiation internationale et président du comité de suivi de l’accord d’Alger pour la paix et la réconciliation au Mali, a exprimé sa « pleine disponibilité » à accompagner les deux parties « dans la voie salutaire de la compréhension mutuelle autour d’une vision solidaire qui sauvegarderait les intérêts supérieurs du peuple malien».

La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a décidé de fermer les frontières de ses États membres avec le Mali et d’imposer des sanctions économiques en réponse au retard pris par les militaires au pouvoir dans la tenue des élections après une transition de 18 mois. Une décision que le gouvernement malien a aussitôt dénoncée. En effet, le gouvernement malien a condamné ce qu’il a qualifié de sanctions «illégales et illégitimes» imposées au pays par la CEDEAO, le 9 janvier, en raison d’un retard potentiel dans le retour du pays à un régime civil. Ces sanctions consistent en le gel des avoirs maliens au sein de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), la fermeture des frontières entre le Mali et les États membres de l’organisation, mais aussi la suspension des transactions avec Bamako, à l’exception des produits médicaux et des produits de première nécessité. Les pays membres de la CEDEAO ont, également, décidé de retirer leurs ambassadeurs du Mali, ainsi que d’autres sanctions concernant l’aide financière.

Appel à la retenue

La Médiation internationale au Mali, dont l’Algérie est le chef de file, s’est dit «suivre de très près» les derniers développements de la crise malienne, à la suite de l’annonce de sanctions contre le Mali par la CEDEAO, et appelé toutes les parties à «la retenue», indiquait avant-hier un communiqué du ministère algérien des affaires étrangères et de la communauté nationale à l’étranger. Une réaction impulsée par sa double qualité de chef de file de la médiation internationale et président du comité de suivi de l’accord d’Alger pour la paix et la réconciliation au Mali. La réaction de l’Algérie est, aussi, motivée par son voisinage avec le Mali, pays avec lequel une longue frontière terrestre est partagée. A ce titre, l’Algérie qui suit de très près les derniers développements de la crise politico-sécuritaire en République du Mali, ainsi que le traitement qui lui est réservé par la CEDEAO, se dit agir «dans le respect des décisions pertinentes de l’Organisation de l’Unité africaine et de l’Union africaine sur les changements anticonstitutionnels de gouvernements, et n’a de cesse appelé au «retour à l’ordre constitutionnel au Mali» et d’œuvrer, conformément aux responsabilités qui sont les siennes «en vertu de l’Accord d’Alger, et en étroite collaboration avec les partenaires internationaux, à la réunion des conditions nécessaires pour favoriser une transition en douceur vers le rétablissement durable de l’ordre constitutionnel dans ce pays frère», poursuit le communiqué.

«Une période de transition d’une durée ferme d’une année»

A l’occasion de ses interactions récentes avec les autorités maliennes, l’Algérie a mis en garde contre les conséquences politiques, sécuritaires et économiques que peut avoir toute transition longue, telle que celle envisagée par la partie malienne, et plaidé pour un dialogue serein et réaliste avec la CEDEAO en vue de parvenir à un plan de sortie de crise. «C’est dans cet esprit que le président de la République, Abdelmadjid Tebboune a, durant l’audience qu’il a accordée, le 6 janvier dernier, à une délégation malienne de haut niveau, insisté sur la nécessité pour les autorités de la transition au Mali d’envisager de s’engager à faire de l’année 2022 celle de l’instauration d’un ordre constitutionnel malien rassembleur et consensuel ayant pour objectif de consacrer les acquis et les préconisations de l’Accord de paix et de réconciliation au Mali issu du processus d’Alger, ainsi que d’autres avancées d’un dialogue inter-malien fraternel». Le communiqué des Affaires étrangères algériennes rappelle que «le président Abdelmadjid Tebboune qui a fait valoir l’exigence d’une approche inclusive répondant à la complexité des problèmes structurels et conjoncturels, et aux défis que le Mali doit relever, y compris dans la lutte contre le terrorisme, a estimé raisonnable et justifiable une période de transition d’une durée ferme d’une année, que seules des considérations impérieuses d’ordre sécuritaire, financier ou matériel, pourraient étendre de quelques mois le cas échéant». Et de prévenir que «devant les risques graves et les épreuves que portent en elles la panoplie de sanctions massives annoncées par le sommet extraordinaire des chefs d’Etat de la CEDEAO ce 9 janvier à Accra-Ghana, ainsi que les contre-mesures annoncées par le gouvernement de la République du Mali, l’Algérie appelle toutes les parties à la retenue et au réengagement dans le dialogue en vue d’éviter à la région un engrenage de la tension et une exacerbation de la crise».

Fidèle au principe de la promotion de solutions africaines aux problèmes de l’Afrique, l’Algérie a exprimé sa «pleine disponibilité à accompagner activement le Mali et la CEDEAO dans la voie salutaire de la compréhension mutuelle autour d’une vision solidaire. La seule voie qui sauvegarderait les intérêts supérieurs du peuple malien, indique le communiqué.

La MINUSMA appelle le Conseil de sécurité à prêter attention à l’Accord de paix d’Alger

Le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU au Mali, El-Ghassim Wane a mis en garde, mardi, contre la détérioration de la situation humanitaire au Mali, appelant le Conseil de sécurité à prêter une attention particulière à la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger. Il rappellera que «les assises nationales de la refondation, organisées le mois dernier au Mali, ont souligné la nécessité d’améliorer la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger».  A ce titre, El-Ghassim Wane qui est également le chef de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) a indiqué, lors de la réunion du Conseil de sécurité sur la situation au Mali, que «le conflit au Mali a eu un impact dévastateur sur les civils et la situation humanitaire». Il a ajouté qu’«au-delà de la transition politique, il est crucial que le Conseil de sécurité continue à prêter la même attention à la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger». El-Ghassim Wane a, en outre, souligné que «la situation sécuritaire volatile au Mali a fortement inquiété les membres du Conseil, rappelant la série d’attaques coordonnées contre les camps de la MINUSMA, ainsi que la mort de 28 Casques bleus en 2021, démontrent l’environnement dangereux dans lequel la MINUSMA fonctionne». Le chef de la MINUSMA a, aussi, fait savoir que «le nombre de personnes déplacées est passé de 216.000 en 2020 à plus de 400.000 un an plus tard».  D’autre part, le chef de la MINUSMA s’est longuement attardé sur les dernières sanctions de la CEDEAO contre les autorités de transition au Mali.

La France se joint à la CEDEAO et sanctionne le Mali

La France a rejoint la CEDEAO dans ses sanctions contre le Mali à travers sa compagnie aérienne, Air France, qui a annoncé hier la suspension de ses liaisons avec le Mali «avec effet immédiat». L’information reprise par l’AFP précise que cette décision a été prise «en application des décisions des autorités françaises.» Mieux encore, la France a entrainé dans son sillage l’Union européenne dont elle assure la présidence tournante, le président Emmanuel Macron se félicitant de «la position très claire et ferme de la CEDEAO face aux dérives de la junte». Il en est de même pour les États-Unis qui lui ont emboité le pas.

B. A.