Mali : le HCI mandaté pour négocier avec Ag Ghaly et Kouffa

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Le gouvernement malien a chargé le Haut Conseil islamique (HCI) de négocier avec le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM) dirigé par Iyad Ag Ghaly et Amadou Kouffa.

Par Nawfal Abbas

«Le ministre malien des Affaires religieuses s’est entretenu la semaine dernière avec le Haut Conseil islamique pour l’informer du désir du gouvernement de négocier avec tous les groupes radicaux maliens, Iyad Ag Ghali et Amadou Koufa, a déclaré le porte-parole du ministère, Khalil Camara. Un responsable du HCI a tenu à préciser que l’institution avait été mandatée pour négocier avec les dirigeants maliens du GSIM, mais pas avec les djihadistes étrangers. Le HCI a donc dorénavant une mission bien plus large, expliquée par Moufa Haidara, chargé de ces négociations au sein du Haut Conseil : celle de «trouver un compromis, entre Maliens, pour que la guerre cesse» dans l’ensemble du pays. «Ce sont Iyad Ag Ghaly et Amadou Koufa qui occupent le terrain», rappelle le négociateur du HCI, qui souhaite que les futures négociations permettent «d’arrêter de faire couler le sang».

L’Etat malien ne s’en est jamais caché, les pourparlers ont toujours existé avec les différents groupes djihadistes mais cette fois-ci cela se passe à un niveau supérieur  et à travers une structure, le HCI en l’occurrence. C’est surtout la première initiative du nouveau pouvoir de transition malien. Avant, on négociait surtout localement des accords très vite dénoncés et non respectés par ces groupements. Comme c’était le cas à Niono en mars dernier dans la région de Ségou où une trêve a été conclue entre la milice dozo et les terroristes, sous l’égide du HCI. Accord aujourd’hui rompu et des discussions sont actuellement en cours pour tenter de le restaurer.

On change de négociateurs

Cette fois-ci, les Maliens ont aussi changé d’interlocuteur, ce n’est plus le ministère de la Réconciliation qui insuffle les négociations mais celui du Culte qui a mandaté la principale institution religieuse musulmane du Mali afin qu’elle négocie avec la branche locale d’Al-Qaïda pour tenter de mettre fin au conflit qui ensanglante le pays depuis une décennie. «Oui, bien sûr, nous avons été dépêchés par le ministre des Affaires religieuses pour aller rencontrer le Haut Conseil Islamique pour voir les voies et moyens d’entamer la négociation bel et bien avec nos frères détenteurs d’armes Amadou Kouffa et Iyad Ag Ghaly», a indiqué à l’Agence Anadolu Fayké Papus Sissoko, expert chargé de la stratégie de lutte contre l’extrémisme violent et le terrorisme au ministère des Affaires religieuses, du Culte et des coutumes. «Il s’agit d’engager un processus avec eux et étudier quelles sont leurs revendications et, sinon, commencer à étudier les éléments sur lesquels nous devons négocier. Il y a pas mal de revendications qui ne sont pas souvent clarifiées, tantôt indépendantistes, tantôt l’application de la charia parfois économique. Quand on engage un tel processus, nous devons nous donner le temps d’étudier un peu les paramètres. Les éléments sur lesquels nous devons nous mettre ensemble pour discuter», explique la même source. «Nous comptons beaucoup sur le Haut Conseil Islamique pour être au four et au moulin dans cette procédure, vu leur position, leur neutralité, ça nous permet de mener à bien cette mission. Notre stratégie, c’est d’utiliser le HCI pour pouvoir mener la négociation, mais sur la base des éléments que nous, gouvernement, nous allons soumettre», a-t-il souligné.

Lignes rouges

Quelles sont les lignes rouges désignées par le pouvoir malien ? Pour le moment, les futurs négociateurs refusent d’y répondre mais pour autant, la Charia n’est pas négociable, poursuit le même expert. «S’il s’agit de l’application de la Charia, le gouvernement a toujours été clair sur ce point. Nous ne sommes pas d’accord. Nous sommes une République laïque, ça, c’est un point non négociable », a-t-il déclaré. Les bases de ces discussions ne sont pas précisées à ce stade. Le contenu de l’accord de Niono peut toutefois en donner une idée. En résumé, les jihadistes avaient accordé la liberté de circulation pour tous les habitants et pour les chasseurs traditionnels dozos, même armés, en échange du port du voile obligatoire pour les femmes, de la perception de la zakat, et d’une justice traditionnelle assurée par les kadis de la katiba Macina. Pour autant, cet accord de Niono n’est pas officiellement présenté comme point de départ des discussions. «On verra cela quand on commencera à parler», répond Moufa Haidara, qui assure que les canaux pour l’ouverture des négociations existent déjà. Certains observateurs craignent aussi que les jihadistes ne se présentent à ces négociations en position de force, parce qu’ils s’étendent rapidement vers le sud, surtout vers la frontière ivoirienne, et ils s’attaquent à des routes commerciales importantes entre le Mali et ses voisins sénégalais et ivoirien, en mettant une pression maximale sur les forces maliennes. Le gouvernement malien est obligé de négocier avec ces groupes rebelles et au même temps faire avancer ces négociations de pair avec la pression militaire, en essayant de desserrer l’étau sur certains villages encerclés par les jihadsites.  

Quid de la France ?

Autre question évoquée, la France laissera-t-elle faire ? Alors que le torchon brûle entre Bamako et Paris sur fond de redéploiement de la force Barkhane et de rapprochement entre le pouvoir malien et la Russie, le président Emmanuel Macron a notamment affirmé en juin dernier que l’armée française ne mènerait pas d’opérations conjointes avec les forces de pays qui négocient avec les groupes terroristes internationaux. Mais la France a déjà mené des négociations sous couvert humanitaire, notamment pour obtenir la libération de quelques otages français, se défendent les Maliens. La présence militaire française sur le sol malien se veut comme une sorte de poste avancé pour défendre les intérêts français dans cette région du Sahel, stratégique à plus d’un titre, mais aussi pour éviter que la guerre ne s’exporte sur son sol. Grace à la pression militaire, les  Français ont obtenu par exemple qu’AQMI s’engage à ce qu’il n’y ait pas d’attentats en France.  Le levier, négociations pour la Paix reste une option, couplé à l’opération Barkhane qui se poursuit malgré tout. Pour Caroline Roussy, chercheuse à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) et docteur en histoire de l’Afrique contemporaine, la solution ne peut être que locale. «Je pense que l’avenir du Sahel appartient aux Sahéliens et c’est à eux de dire ce qu’ils souhaitent. Lorsqu’on entend la dernière déclaration d’Emmanuel Macron, on a l’impression que le Sahel est l’antichambre de la France. Il avance une feuille de route programmatique de la région», a-t-elle déclaré en répondant à une question sur la paix au Sahel. Macron l’entendra-t-il de cette oreille ? On attend la déclaration du Quai d’Orsay.

N. A.

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