Marché du luxe en Algérie : le savoir-faire pour déceler le vrai du faux

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Marché du luxe en Algérie le savoir-faire pour déceler le vrai du faux

Se passionner pour le luxe dans la mode ne signifie pas seulement l’envie d’acquérir des articles de grandes marques. Hermès, Channel, Vuitton et bien d’autres prestigieuses maisons de luxe tiennent leur réputation d’un savoir-faire unique. Certains, comme Maya, sont fascinés par les détails de conception qui font la particularité de chaque création. Pour vivre pleinement cette passion, Maya se consacre à l’authentification et à la revente en seconde main des produits de luxe en Algérie.

PAR LATIFA ABADA

Une montre du joaillier italien Bulgari, une pochette Channel vintage, un sac Luis Vuitton, Maya a reçu ces articles de luxe de sa clientèle afin qu’elle les vende en seconde main. Mais avant de procéder à la vente, il faut authentifier chaque pièce.

« Cette pochette Channel est un vieux modèle matelassé. Son authentification passe par plusieurs étapes. Le nombre de coutures doit toujours être égal et régulier. Il change évidemment avec la dimension du matelassage, ce qu’on appelle chez Channel le dimant. La spécificité pour reconnaître un sac Channel, s’il y a une poche les coutures restent dans la continuité. Jamais de bavure. Les non-authentiques sont forcément en décalage. Le prix boutique est aux alentours de 4000 euros. Je la propose en seconde main à 700 euros », précise Maya.

Maya, la passion du métier

Maya se dit passionnée de luxe depuis son jeune âge. Dans les magasins de la grande maison de luxe, elle trouvait son bonheur parmi ces produits qu’elle considère comme des œuvres à part entière. Durant des années, Maya suit le parcours des maisons de luxe. Quand elle part à l’étranger, elle visite les magasins et observe minutieusement les produits. S’ajoutent à cela la documentation et la manipulation des produits.

« Des gens de mon entourage qui savent que je voue une réelle passion pour les produits de luxe me demandent souvent conseil avant d’acheter un sac ou autre article de luxe. Ce sont eux qui m’ont encouragé à me lancer dans ce domaine. Depuis quelques mois, j’ai créé la page Instagram Luxury-Loverdz où se font principalement les ventes.

Maya souligne qu’elle a eu la chance de se former, de manière informelle, par des amis qui travaillent dans de grandes maisons comme Dior.

« Il n’existe pas de formation diplômante dans l’authentification des produits de luxe dans
la mode. Des amis à moi m’ont donné des informations qui me sont précieuses et qui constituent pour moi une base de l’authentification. Cependant, il faut toujours mettre à niveau ces connaissances, et plus on manipule les produits de luxe plus on aiguise son sens de l’observation », informe-t-elle.

Qu’ils soient acheteurs ou revendeurs, les clients du luxe font appel à Maya. Sa réputation se construit sur sa capacité à reconnaître un produit de luxe dès le premier coup d’œil. En plus de maîtriser les caractéristiques du produit, elle fait aussi appel à ses sens comme l’odorat et le toucher.

Le sérieux et la confiance

Maya confie que c’est une activité très difficile. Beaucoup de contrefaçons circulent et elles
sont parfois troublantes. Elle cite une contrefaçon qui fait actuellement scandale, celle des montres Rolex. Les faussaires ont réussi à l’imiter au point de rendre la maison perplexe sur son authenticité.

En Algérie, il y a un petit marché de luxe selon Maya. Pour acheter en seconde main où revendre, il faut organiser cette relation. Son rôle est de faire le trait d’union entre les deux.

Au départ, ses clients étaient principalement des personnes de son entourage. Depuis quelque temps, elle commence à avoir des gens qui la contactent par le biais de la page.

« Je suis en train de vendre cette montre vintage Bulgari en acier avec index diamant. C’est une montre automatique, c’est-à-dire, si on n’est pas en mouvement, elle s’arrête. Le prix de boutique est de 6000 euros et le prix de revente est à 1200 euros. Moi, je prends 10% de marge. »

La jeune femme va prendre des photos montrant les moindres détails de la montre. Elle donne également l’état, pour celle-ci elle dit qu’elle est « proche du neuf ».

Pour déterminer le prix de revente Maya dit que comme les voitures les produits de luxe ont un argus.

« Les gens ne sont pas toujours réalistes sur les prix du marché en seconde main. Il y a seulement deux grandes marques qui ne perdent pas de leur valeur. Un article
Hermès, une fois sorti de la maison, il va valoir plus cher car il est rare. Par exemple un sac Birkin qui coute 7000 euros, il va se vendre entre 12.000 et 14.000 euros. Pour Channel, le prix d’achat se maintient en seconde main. Les groupes LVMH, c’est-à-dire Louis Vuitton, Dior, Céline, ils perdent de leur valeur. Ceux qui dégringolent sont les produits du groupe Kering, Balanciaga Saint-Laurent, Gucci », détaille Maya.

Déceler le vrai du faux

Maya informe que dans les sacs la contrefaçon la plus parfaite est celle de Vuitton dont la toile est en monogramme et damier. Elle indique que celle-ci est à la portée de tous. Toutefois, le cuir Épi de Vuitton est le cuir le plus résistant au monde est donc le plus difficile à imiter.

« La contrefaçon faillit toujours dans les détails. Si on prend Dior, il faut observer la calligraphie du nom. Le poids et la couleur des chaînes sont aussi déterminants, car elles sont faites en métal et c’est lourd. La contrefaçon utilise du plastique peint. La couleur de la bijouterie renseigne aussi sur l’authenticité du produit : ni trop dorée ni trop dans le bronze », indique Maya.

Par ailleurs, elle fait savoir que les anciens Channel ont un hologramme, c’est ce qui va déterminer où il a été fabriqué, d’où vient le cuir et comment il a été acheminé. Ces informations sont formulées dans le numéro de l’hologramme qu’il faut apprendre à déchiffrer.

« Depuis le 1er janvier 2022, il y a la micro-Sim dans les sacs Channel qu’on scanne et qui donnent toutes les informations de l’hologramme, et le petit plus est la capacité à retrouver le sac s’il est volé. La micro-Sim n’a pas encore été imitée. Elle est propre à la maison Channel. Les faussaires ne réussissent pas à la copier car il n’y a que Channel qui peut avoir les informations introduites dans la carte. C’est dire à quel point ces grandes marques investissement pour lutter contre les contrefaçons », souligne-t-elle.

Le luxe, un patrimoine

Pour Maya, acheter un produit de luxe est aussi un investissement. Elle donne l’exemple des articles Hermès. Elle estime que cette marque cultive la rareté depuis toujours. Pour acquérir un article il faut se mettre dans une liste d’attente et attendre des années.

« Le cuir de chez Hermès est resté d’excellente qualité et s’embellit avec le temps. Ce sont des cuirs résistants, triés sur le volet et assemblés par des spécialistes à la main. C’est pour ça qu’ils sont plus chers en seconde main. Avoir un produit Hermès c’est un investissement. »

Depuis le début de son activité, Maya a eu à revendre un portefeuille et une étole Hermès. Elle souligne que le portefeuille a été vendu à 90.000 DA, ce qui représente le quart du prix boutique.

Mais est-ce que les acheteurs des produits de luxe en Algérie sont motivés par ça ? Maya explique que les clients du luxe en Algérie sont des connaisseurs. Lorsqu’ils la contactent, ils ont déjà un produit en tête et affectionnent des marques en particulier. Maya souligne qu’ils savent forcément qu’un produit de luxe est un placement sachant que le petit marché de seconde main leur permet de revendre.

Cette clientèle est diverse et variée. Principalement dominé par la gent féminine à partir de 30 ans. Avec la baisse du pouvoir d’achat, Maya confie que ce qui se vend actuellement, ce sont les portefeuilles et les bijoux fantaisie. Ça permet, selon elle, de s’offrir une part de luxe à un prix raisonnable.

« Les Algériens sont friands de Louis Vuitton. Aujourd’hui et de par le monde les logos attirent énormément. Le summum du raffinement est de porter du luxe sans que ça se voie. Aujourd’hui, les grandes maisons mettant de plus en plus le logo en avant, car c’est ce qui vend. On peut observer le changement sur les produits Dior qui autrefois était dans
la discrétion et la subtilité », conclut-elle.

L. A.