Mohamed-Amokrane Nouad, expert en diversification industrielle et agro-alimentaire : «Les dernières mesures peuvent encourager»

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/L’expert en diversification industrielle et agroalimentaire, Mohamed Amokrane Nouad, commente pour l’Algérie Aujourd’hui les dernières mesures prises par le président de la République en direction des légumineuses et du lait. Pour lui, ces mesures sont encourageantes, certes, mais ne suffisent pas.

Après l’augmentation du prix d’achat des céréales auprès des agriculteurs, le président de la République vient de prendre une mesure similaire pour les légumineuses et légumes secs. Comment appréciez-vous cette démarche ?

L’augmentation des prix des céréales entre automatiquement dans la notation de ces produits et il fallait, donc les augmenter, d’autant que sur les marchés internationaux, les prix de ces produits ont subi le même sort que les céréales. Et puis, il fallait promouvoir ces cultures qui ne sont pas très en verve chez nous et les réhabiliter. Je pense que les légumes secs sont le parent pauvre de l’agriculture.

Et vous pensez que ce genre de mesures suffit à promouvoir une filière ?

Ça ne suffit pas mais ça peut encourager. Si on parle, aujourd’hui, de la jachère qui occupe pratiquement la moitié de notre surface agricole utile, faire en sorte que les gens recourent à ce genre de culture, c’est une partie de ces terres qui ne sont pas utilisées qui sont récupérées. C’est déjà une trajectoire pour substituer les terres en jachère aux légumineuses ou légumes secs.

Il y a aussi cette ambition d’aller vers des rendements, en matière de culture céréalières, de 40 quintaux à l’hectare. Pensez-vous cela réalisable aujourd’hui ?

Réalisable, si l’on se place dans les conditions de la culture. Pour l’exemple des céréales, nous sommes sur des œillettes de 400 mm avec des appoints en irrigation, oui on peut les faire. Mais on ne peut pas le faire en aléatoire, selon la nature. Si demain, on choisit de positionner les céréales dans un positionnement normatif, c’est-à-dire respecter l’itinéraire technique.

Le problème de disponibilité persiste toujours en matière de lait, et des mesures viennent d’être prises en augmentant les marges des producteurs et des distributeurs et arrêtant une nouvelle cartographie. Cela réglera-t-il le problème de la distribution de ce produit ?

Le problème du lait est spécifique, et il faut peut être revenir à la raison. On a deux problèmes : la disponibilité du lait et la surconsommation de ce produit par l’Algérien. Il faut, donc, raisonner l’équation. Aujourd’hui, l’Algérien consomme près de 150 litres/an alors que la norme préconisée par l’organisation mondiale de la santé est de 90 litres/an. Nos voisins tunisiens et marocains sont à 60-70 litres/habitant/an. Donc, si on veut stabiliser ou réguler la consommation du lait, je pense qu’il faut jouer sur le prix du lait. Historiquement, le choix de la consommation du lait avait été fait à une certaine époque où on avait un déficit en protéines animales et il fallait choisir sur quel type de protéine il fallait aller. On est parti sur la plus facile qu’est le lait. Les choses ont changé et l’alimentation de l’Algérien est plus diversifiée aujourd’hui avec le poulet, les viandes rouges, le poisson… Donc, l’ajustement du prix pourrait jouer dans la consommation du lait jusqu’à 50%.

Certains appellent à l’importation massive des vaches laitières pour booster la production locale. Serait-ce une solution ?

Importer la génisse, oui, mais la génisse a ses exigences. On ne peut pas ramener la génisse pour la ramener, il faut lui préparer le terrain, à savoir un emplacement où la mettre, est-ce qu’elle aura sa nourriture à côté ? Si on n’a pas la nourriture, on ne peut pas produire du lait. On a bien ramené des génisses depuis les années 70 à aujourd’hui, un chiffre qui dépasse le 1 million de génisses. Mais faute d’avoir la nourriture suffisante, et vu les prix de la viande rouge chez nous, le choix de l’éleveur est vite fait : on l’élimine du circuit. Il faut d’abord repositionner l’élevage dans sa grandeur, et surtout valoriser d’autres espèces parce qu’il n’y a pas que le lait de vache. Il y a le lait de chamelle, le lait de brebis, le lait de chèvre… Donc, il faut diversifier notre sourcing en la matière et réhabiliter la race locale de la génisse qui est là mais ne donne pas assez. Aussi, et au lieu d’aller importer des génisses, il faut améliorer le potentiel génétique qu’on a et l’amener à produire plus de lait et de viande.

B. A.