Placé au cœur du processus de la réindustrialisation du pays : Le secteur sidérurgique nourrit tous les espoirs

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PAR M. MANSOUR

L’ALGÉRIE s’engage résolument sur la voie de la diversification économique basée sur un secteur industriel fort, avec la sidérurgie en tant que pierre angulaire de cette stratégie. Pour ce faire, l’Algérie compte fructifier les partenariats qu’elle a scellés avec des géants du secteur avec lesquels elle compte relever un certain nombre de défis, grâce à leur expertise dans le domaine. L’objectif tracé n’ambitionne pas moins que de faire du pays un poids lourd dans ce domaine.

Pour appréhender de manière adéquate les enjeux, il importe en premier lieu d’établir un postulat fondamental selon lequel l’avènement d’une révolution économique et l’édification d’une industrie robuste passent inévitablement par Gara Djebilet. Ensuite, il convient de souligner que toute activité industrielle performante, quelle qu’elle soit, engendre des retombées bénéfiques tant pour l’économie locale que pour les recettes de l’Etat, à travers les exportations. Dans cette optique, l’exploitation de la gigantesque mine de Gara Djebilet est indubitablement porteuse de bénéfices tant pour l’économie locale que nationale. A terme, il est prévu que le potentiel minier atteigne, à partir de 2026 et jusqu’à l’horizon 2040, une production annuelle comprise entre 40 et 50 millions de tonnes grâce à la mise en service de la ligne ferroviaire reliant Gara Djebilet à Béchar.

Ce projet ferroviaire permettra de transporter quotidiennement près de 140 000 t de minerai de fer à bord de huit trains, revigorant ainsi le secteur minier et assurant
l’approvisionnement en matières premières des usines nationales de métallurgie et de sidérurgie de manière sûre et fiable. De surcroît, ce projet engendrera la création de quelque 25 000 emplois directs et 125 000 emplois indirects, constituant ainsi une opportunité bénéfique pour les populations des wilayas de Tindouf et Béchar. En sus des retombées positives sur ces deux wilayas, l’exploitation du minerai de fer provenant de ce gisement pourrait faire de l’Algérie un poids lourd dans le domaine. La récente annonce du démarrage des travaux de construction du complexe sidérurgique de Béchar, dans le cadre d’un partenariat entre Sonarem, le consortium chinois CMH et le groupe Sino Steel, revêt, dans ce contexte, une importance capitale pour le développement industriel du pays. En plus du concentré de fer, ce complexe produira des rails, des profilés en acier et des wagons de chemin de fer. Il est donc question d’une intégration verticale qui renforcera la compétitivité de l’industrie sidérurgique algérienne en lui conférant le contrôle total de la chaîne de valeurs, depuis l’extraction des matières premières jusqu’à la fabrication des produits finis, ce qui insufflera dans la région une dynamique favorable à l’émergence d’un tissu d’entreprises offrant une opportunité de consolider les secteurs étroitement liés à l’exploitation des ressources minières.

Une stratégie également tournée vers l’exportation

L’essor de l’industrie sidérurgique en Algérie ne se limite pas au marché intérieur. Grâce à des infrastructures qui ne cessent d’être modernisées et une capacité de production croissante, le pays est bien positionné pour devenir un exportateur majeur sur la scène internationale. La demande croissante de produits sidérurgiques en Afrique, en Europe et en Asie offre des opportunités significatives pour l’expansion des exportations algériennes. Jusqu’au mois de novembre 2023, les exportations hors hydrocarbures ont totalisé six milliards de dollars, parmi lesquelles une part significative était constituée de produits issus de l’industrie sidérurgique. Cette branche a ainsi réalisé des exportations dépassant les 900 millions de dollars cette même année, soit un volume de trois millions de tonnes de produits sidérurgiques écoulés à l’étranger.

Selon les estimations de l’expert Ali Bey Nasri, le secteur sidérurgique pourrait aisément atteindre un chiffre d’exportation oscillant entre 1,5 et 1,6 milliard de dollars annuellement. Pour illustrer les efforts continus déployés en vue d’accroître le volume des exportations, prenons l’exemple du complexe sidérurgique Algerian Qatari Steel (AQS) de Bellara, implanté dans la wilaya de Jijel. L’année dernière, ce complexe a exporté 700 000 t, comprenant du fer à béton et des bobines d’acier, pour une valeur de 400 millions de dollars, à destination de divers marchés internationaux. Cette performance représente une augmentation de plus de 150% par rapport à 2022, où l’exportation s’était élevée à 240 000 t, générant environ 160 millions de dollars. Dans la même dynamique, le complexe sidérurgique Tosyali Algérie, situé dans la zone industrielle de Béthioua (Oran), se développe très rapidement. Issu d’un partenariat algéro-turc, ce complexe prévoit de tripler ses revenus à l’exportation grâce à l’expansion de ses activités en 2024. La mise en service partielle du nouveau projet de production d’acier plat, programmée à partir du mois de juin prochain, permettra, selon les responsables de cette entreprise, de produire trois millions de tonnes d’acier.

A la fin, on notera que le secteur sidérurgique revêt une importance capitale pour l’Algérie, tant sur le plan économique que stratégique. Une attention particulière a été portée à ce secteur vital par les pouvoirs publics, notamment au long de ces deux dernières années, notamment pour moderniser les infrastructures. Cette focalisation témoigne de la volonté du gouvernement algérien de stimuler l’autosuffisance industrielle et de promouvoir un développement économique durable.

M. M.