Pr M’hamed Hamidouche, docteur en analyse économique : «On peut augmenter le PIB dans 2 ou 3 ans et voilà comment»

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Hamidouche
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Le président de la République vient fixer l’objectif de faire passer l’apport de l’industrie dans le PIB, de 5-6% actuellement, à 10-15%. Qu’en pensez-vous ?

Je pense que nous sommes nostalgiques des années 70 où l’apport de l’industrie dans le PIB tournait autour de 15%, sauf qu’à cette période 45% du PIB était réinvesti dans l’industrie. Cela dit, avec notre croissance qui tourne autour de 4% et sachant que 1% de croissance génère 2 milliards de dollars de revenus national, ou de richesses nationales créées et comptabilisées, on se retrouve donc avec  8 milliards de dollars de revenus. Je pense que c’est jouable, mais sur le moyen terme. Je ne pense pas que cela puisse se faire sur le court terme.

Pourquoi ne pensez-vous pas que cela puisse se faire ?  

Parce que là il faudra aller carrément vers l’entreprise. Et en ce moment, l’Algérie est 149e au classement Doing Business qui est établi en fonction, entre autres critères, du climat des affaires.

Justement, le Président a donné instruction pour libérer les projets bloqués et encourager le financement des projets porteurs, ceci d’autant que le premier ministre avait annoncé depuis peu que 2500 dossiers d’investissement étaient en attente au niveau du CNI.

D’accord. Mais est-ce qu’on connait le niveau des investissements ? Je reste convaincu que dans le court terme, cela est impossible, mais sur le moyen terme cela peut être possible. Il faut commencer par améliorer notre classement dans le Doing Business.

Si on arrive à se hisser parmi les 50 premiers, on donne déjà un signal fort à l’international.

Donc, vous voyez cette projection comme utopique ?

Non, mais cela demande des actions fortes. D’abord, le climat des affaires qui doit s’améliorer. Ensuite le problème du foncier qu’il faut régler. Et, enfin, revoir la loi sur la monnaie et le crédit pour donner plus de facilitations au crédit. Vous avez le secteur bancaire qui est dominé par les banques publiques, et il faudrait les faire passer par les bourses et ouvrir leurs capitaux. Avec tout cela, l’objectif de faire passer l’apport de l’industrie à 10% du PIB et plus devient possible sur 2 à 3 ans.

Là aussi, le problème du foncier devrait être réglé avec la création de l’Agence nationale du foncier industriel. Avec toutes les instructions données pour faciliter l’émergence de nouvelles industries et l’augmentation de la productivité des entreprises existantes, y aurait-il des chances pour que cet objectif de 10-15% d’apport de l’industrie dans le PIB soit atteint à court terme ?

Le temps que cette agence se mette en place et commence à prospecter les terrains libres ou clôturés sans aucune activité, et qu’elle entame les négociations pour l’acquisition de ces terrains pour ensuite les revendre, il faudra du temps. Vous savez, pour atteindre cet objectif, il faut que les entreprises réalisent entre 850 millions de dollars et 1,3 milliard de dollars de valeur ajoutée par rapport à l’année précédente. De plus, il faut la création de 22.400 à 34.200 emplois et l’apport de 3,4 à 5,2 milliards de dollars d’investissements. Maintenant, est-ce que le discours politique peut aller au fond de toutes ces questions ?

B. A.

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